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Prisons sous surveillance




Samedi, la mairie de Lyon accueillait le collectif Tropc'estTrop, organisateur de la campagne nationale pour le respect du numérus clausus en prison.

Le “numérus clausus”?Quesako?
En terme légal, il s'agit simplement d'un nombre arrêté, censé réguler de façon efficace la démographie médicale en France. En terme d'admistration pénitentiaire, ça donne ça : “Partant que le code de procédure pénale indique qu'il ne peut être dérogé à l'encellulement individuel que de façon temporaire et que la circulaire ministérielle en vigueur définit le nombre de m2 au sol correspondant à une place (moins de 11 m2 : une place ; de 11 à 14 m2 : deux places ; de 14 à 19 m2 : trois places ; etc...), la notion de « nombre arrêté » que nous défendons est celle d'un strict respect de la loi en vigueur : là où il y a une place, est installée une personne. Dit autrement : là où il n'y a qu'une place, nous ne pouvons installer qu'une personne.” source TropCest Trop http://www.prison.eu.org/article.php3?id_article=7541

Et c'est bien là que le bat blasse. En France comme dans tous la majorité des pays du monde, les régles de placement des détenus sont loin d'être respectées. Résultat  : une surpopulation criante, cause de nombreux maux au sein de l'univers carcéral.
Un univers à part où, selon Emmanuel Dockès, professeur en droit, " les droits sont les plus bafoués”

Le propos peut déranger, tout comme le réalité des chiffres. Fin 2005, l'effectif de la population française incarcérée était de 59 241. Le nombre de places n'était lui que de 51 195. (source Université Paris I, Pierre V Tournier, directeur de  recherches au CNRS) Sans tomber dans la généralisation, le rapport indique la diversités des situations selon les types d'établissements. “Si la majorité des maisons d'arrêt sont en état de surpopulation, la densité pouvant atteindre 238 détenus pour 100 places (Montluc), certaines possèdent des places inocupées. A l'inverse, si la majorité des établissements pour peine ont une densité inféreiure à 100 détenus pour cent places, certains d'entre eux accueillent plus de détenus qu'il n'y a de places (essentiellements dans les DOM TOM)
En bref, seulement 59% des établissements sont sujets au surpeuplement. Et tout particulièrement les Maisons d'arrêts, (prévues pour les personnes condamnées à des peines de un an maximum).


Dès lors, l'on comprend mieux quelques unes des propositions inscrites dans la recommandation du Conseil de l'Europe sur le “Surpeuplement carcéral” telles :
-le remplacement des courtes peines par des sanctions et des mesures appliqués dans la communauté
-l'adoption de peines privatives de liberté sans sursis, suivies d'un travail d'intérêt général, d'une surveillance intensive au sein de la communauté, de l'obligation de se soumettre à un traitement si necessaire
-les procureurs et les juges devraient s'efforcer de tenir compte des ressources disponibles, notamment sur le plan de la capacité carcérale.

Lors de la table ronde “Des arguments pour l'action”, magistrat, avocat, juriste...sont venus corroborer ces angles d'action. “Les magistrats de demain doivent être former complètement différemment. Ils doivent être former aux réalités du monde pénitentiaire” a souligné le magistrat,Serge Portelli. S'accordant sur le fait que la sanction doit être préservée, les intervenants ont mis en avant le droit au respect et à l'humanité dans les prisons.

ILS L'ONT DIT  :
Philippe Meirieu; professeur et rapporteur des débat
“Si la faute exclue, la punition réhabilite.” “Tout a été dit, tout reste à faire”

François de Vargas, représentant de Penal Reform International aux Nations Unis : “L'un des pires pays en terme de système pénitentiaire est les Etats Unis

Serge Portelli : ‘Mettre quelqu'un en prison est un acte grave, réfléchi, pesé. Un acte chirurgical. On est dans tout sauf dans l'improvisation et le réflex.”

POUR PLUS D'INFORMATIONS
www.prison.eu.org
www.tropctrop.fr
www.ohchr.org
http://demo.plurimedia.fr/parismatch/final
www.irinnews.org/FrenchReport.asp?ReportID=6650&SelectRegion=Afrique_de_l'ouest&SelectCountry=Nigeria
www.monde-diplomatique.fr/2003/06/COMFORT/10207





Publié le 16 janvier 2006 à 15:26:13 dans Reportages | Commentaires (0) |

Universités : un long chemin à parcourir



    S'agit-il du chemin séparant le bout de la file d'attente au secrétariat, ou bien plutôt des progrès indispensables que devraient entreprendre l'administration des facultés ?


    Les quatre universités de Lyon ont-elles gagné leur pari ? Sont-elles effectivement capables de gérer plus de 20 000 étudiants ? A l'université Lyon 3, le directeur Guy Lavorel parle de l' « effort optimum » réalisé
par les 450 membres du personnel administratif. Ce chiffre vient d'ailleurs d'être revu à la baisse : une façon plus économique de voir les choses pour une augmentation récente de 60€ des frais d'inscriptions... « Vous voulez
un quatre étoiles en payant un deux chambres ! » avait lancé Mr Kervevan, secrétaire général des filières de droit.

Rappelons que cet « effort optimum » s'élève tout de même à 150€ de frais d'inscriptions en moyenne, contre 98€ en 1992. Depuis la réforme LMD (Licence Master Doctorat), réforme « d'harmonisation des diplômes », ces
chiffres ne peuvent cependant être fixes : ils varient selon les filières, les années et les universités, renforçant par là l'inégalité des droits. Ce prix comprenant ou non, d'ailleurs, l'accès à la bibliothèque, aux outils informatiques, au service des sports etc. La loi est claire : « elle autorise les universités à appliquer des frais d'inscription
supplémentaires à condition qu'ils correspondent à des prestations facultatives... », explique « le mag' des lycéens et étudiants lyonnais », A Venir Lyon (numérod'octobre).


Mais que se passe t-il concrètement intra muros ? Sur les quais, à la Manufacture, le constat est accablant : venir pour des renseignements et constater que des gens susceptibles d'être informés le sont encore moins que vous, téléphoner une dizaine de fois avant que l'on daigne décrocher...Quel étudiant ne s'est jamais déplacé pour rien, faute d'avoir été prévenu d'un changement d'horaires ou de tout autre soucis ? « L'année dernière, ils ont réussi à afficher un déplacement de travaux dirigés [TD] sur le mauvais panneau. Donc, dans mon TD, on ignorait le
changement et la prof pensant qu'on était au courant est venue pour rien. Tout le monde est venu pour rien.  Mais le premier prix revient à l'affichage de l'absence d'un prof une semaine APRES qu'il
ait été absent», peut-on lire sur le forum de l'université.* 
C'est à qui obtiendra la palme d'or de l'ironie ; les internautes allant jusqu'à se demander quelle année doit être élue «millésime de l'administration »... 

Mais ces étudiants ne s'expriment pas seulement dans l'ombre. A l'initiative du CVSE, Collectif national pour un Vrai Syndicat Etudiant (cvse.lyon@caramail.com), les étudiants en droit prennent actuellement les choses en main.
Témoignant de la présence d'un conflit bien réel, ils ont ainsi décidé de présenter une pétition au doyen de droit et au conseil d'administration de Lyon 3 :
« Qu'on ne nous fasse pas croire que le personnel est responsable ! Jamais une rentrée n'a été aussi catastrophique à Lyon-3 ! (...) Il y a un Conseil d'Administration où nous sommes sensés être représentés par des élus étudiants. Ils savent ce qui se passent. Pourquoi ce silence ? Ne doivent-ils pas exiger qu'on arrête de nous entasser dans des TD toujours plus bondés, qu'on arrête de supprimer des heures de cours (plus qu'une vingtaine d'heures pour les Licence 1 droit contre 33h il y a 4 ans) », voit-on écrit noir sur blanc. Une large case blanche propose : « Indiquez ici vos
remarques, revendications, problèmes et questions. Nous les communiquerons en délégation ».
 Ces étudiants seront-ils pris au sérieux, gagneront-ils en crédibilité ?
En effet, c'est malheureusement bien souvent que les membres du personnel ont le préjugé de considérer l'étudiant comme un éternel râleur insatisfait. Mais la part des choses doit être faite entre les critiques constructives et
ceux qui ne sont jamais contents. De plus comment raisonner autrement s'il n'y a jamais aucun écho positif du travail fourni ?  Le site de l'université vient par exemple d'être revu et éclairci, avec un accès à l'intranet : « Vous aurez à disposition toutes les pages publiques du site mais surtout vous aurez accès à toutes les ressources privées sans avoir à vous authentifier de multiples fois  (...). Naviguez sur les sites  : allez consulter les encyclopédies sur le site de la bibliothèque, consultez votre bureau virtuel ... », indique le site de Lyon 3. De même, depuis le 11 octobre, des bornes Wi-Fi sont progressivement mises en place sur l'ensemble des bâtiments de la Manufacture des Tabacs, permettant une connexion gratuite à Internet pour ceux qui ont la chance d'avoir un ordinateur portable. Ces perfectionnements sont passés sous silence.


Qu'en est-il de l'opinion du corps enseignant ? 
Tout comme l'administration, le professorat n'ayant répondu aux offres de libre expression proposées, leur avis ne pourra être exposé qu' indirectement : « L'un de mes profs (*anonyme) n'arrête pas de se plaindre et critiquer toute
l'administration, et notamment les services des salles et informatique. Il parle de fonder un Lyon 4 où tout le travail aussi bien pédagogique qu'administratif serait fait par des juristes. C'est une idée géniale je pense », avoue un
étudiant.*
D'autres ajoutent : « L'un de nos professeurs (*anonyme) se plaint que l'université soit aux mains des ordinateurs... Il enrage car si l'ordinateur dit qu il n'y pas de salle de libre c'est parole d'évangile... Dans cette fac ce sont les ordinateurs qui dirigent tout ! Même si physiquement on peut prouver qu'il y a une salle vide... elle ne l'est pas si l'ordinateur l'a décidé ! » *



Cette rentrée 2006, marquée par l'application du plan LMD dans toutes les universités de France et donc par la liquidation des diplômes et programmes nationaux, se veut particulièrement agitée. Les syndicats étudiants mettent tout en oeuvre pour se faire entendre. Les problèmes administratifs rencontrés ne sont pas nouveaux ou récents.
Mais comme le résume parfaitement une étudiante : « (...) Je ne mettrai pas tout sur le dos [des secrétaires], (...) je me doute que ça ne doit pas être toujours facile de tout concilier, mais du point de vue des étudiants,
c'est insupportable et comme je suis étudiante, je ne peux que protester! »*
A l'heure du jour, le Collectif national pour un Vrai Syndicat Etudiant a obtenu d'être reçu en délégation par Mr Kervevan.
Et la suite ?


* www.forumlyon3.com


Emilie Drugeon

Illustration: un long chemin, de Florian Piento



Publié le 30 novembre 2005 à 19:14:30 dans Reportages | Commentaires (0) |

Greenpeace contre-attaque


Vous avez jusqu'à samedi après-midi pour profiter d'une exposition originale sur les dangers du nucléaire, à la Mairie du 4ème.

“EDF, grâce à toi l'Empire Atomique a encore des longs jours devant lui”, “Le pouvoir du côté obscur de l'énergie est immense”...Le texte des douze panneaux présentés lors de l'exposition Greenpeace  sur les dangers du nucléaire attire l'oeil et fait naître les sourires. En s'inspirant de la trilogie Star Wars, l'association internationale a pris le parti de jouer la carte de l'humour. Et cela afin de mieux capter l'intérêt du visiteur.
Au détour de deux dessins, réalisés par Steven Lejeune, le public peut découvrir des containers de plutonium, des canisters * ainsi que des petits films retraçants l'histoire du nucléaire et les actions de Greenpeace en France. L'ensemble est décalé, instructif et non-conventionnel. Le message est, quant à lui, sans équivoque : “Prévenir sur les dangers des déchets nucléaires et sur la sécurité des centrales.” Saviez vous, par exemple, que 23% de la production nationale d'énergie provient du nucléaire, que la France importe son uranium de pays comme le Niger, et qu'en 2006, une loi sera votée sur les déchets nucléaires?
P.L

*Containers pour stocker les déchets nucléaires les plus dangereux. (environ 3%)         
Ces poubelles sont actuellement conservées à La Hague, et ne sont pas enfouies dans le sol.

www.rebellion-energetique.org
www.greenpeace.fr




Publié le 28 octobre 2005 à 18:11:30 dans Reportages | Commentaires (0) |

Attention aux chiens!


Il y a ceux qui en ont peur, ceux qui en sont gagas... même si les chiens ont leur place parmi nous depuis toujours, il n'est pas forcément évident de les intégrer à la vie en communauté urbaine. Qu'en est-il de leur bien être en ville?
Propriétaires non-citoyens s'abstenir...

Dans le Vésinet, en Ile de France, de petits cornets en carton sont distribués à la mairie, chez les vétérinaires, en animalerie... A Lyon, ce sont des sacs noirs en plastique qui sont destinés à ramasser les crottes de nos chers toutous : le site de la mairie décompte une cinquantaine de distributeurs et environ 12 espaces d'hygiène éparpillés dans la ville. Au goût de chacun, ces lieux mériteraient d'être multipliés, de façon à ne plus faire des pattes et des mains pour conserver la propreté de sa peau et surtout, des trottoirs. Pour exemple, ce témoignage de Wonderkiki (paru sur le blog de i-canut) qui en dit long sur l'exaspération des habitants : « je propose la nomination des rues au concours de Laquelle est la plus sale ? Pour la place de 1e dauphine, je propose la rue de Cuire. Je la parcours régulièrement pour aller faire trois courses à Monoprix et aller à la bibliothèque municipale et je constate que cette rue ne semble ne jamais avoir été nettoyée. Autant dire qu'elle pue (désolée mais il n'y a pas d'autre mot) : la pisse et la crotte (...). »
Certains objecteront immédiatement qu'il ne suffit pas d'avoir le fameux sac sous les yeux pour s'en servir... Et pour preuve, qui n'a jamais mis le mauvais pied dedans [ .....], de bon matin ? Vous l'aurez compris, les déjections canines sont l'une des préoccupations majeures des communautés urbaines et la première cause de « dérapage » des habitants... Chaque année,   40 000 tonnes de déjections pour 180 000 chiens environ, sont ramassées par la ville de Lyon.
Mais le chien ne se réduit pas à ses crottes. L'animal est aussi essentiel au paysage urbain que nos braves pigeons, contribuant à la biodiversité.
« Sans animaux, la ville meurt. », précise à ce propos Geneviève Bernardin, Chargée de mission Animalité Urbaine*.
Par ailleurs, le chien sait se faire apprécier des humains grâce à ses nombreux service rendus : guide pour aveugles, bien souvent médiateur des exclus, intimidateur de cambrioleurs... Il est donc de notre devoir de veiller à leur bien être dans ce milieu urbain agressif qui n'est pas le leur. Or un chien qui ne court pas, ne joue pas, ne renifle pas, ne jappe pas, ne mordille pas, ne s'ébroue pas, est un chien dénaturé.

En ville, l'idéal semble être ces espaces réservés à leurs ébats, à leur détente, lieux également propices à la conversation, à la socialisation de leurs propriétaires. Près du vélodrome, dans le parc de la Tête d'or, les habitués ont leurs heures. Polly, Smorky, Artic, Junior, Youni,Tempête, Lally, Husk et tellement d'autres se retrouvent. Mais comme le rappelle G. Bernardin, la signalétique concernant ces espaces doit être absolument développée : une grande majorité sait bien qu'il est interdit de lâcher son chien partout... mais finalement, où peut-on le faire ?  Il s'agit aussi d'une signalétique de rencontre possible entre l'homme et l'animal ; où peut-on l'observer, le découvrir ? Un support fort de communication, médiatique et de proximité, s'avère donc nécessaire, tout comme la construction d'autres espaces. La Croix-Rousse fait partie de ces quartiers qui n'en possèdent aucun. Paradoxalement, des cours gratuits d'éducation canine et des balades y ont été organisés depuis avril. Des chiens vivent donc dans ce 4ème arrondissement... A l'issu de ces journées, 60 diplômes ont été remis aux participants, dans un esprit de pédagogie et d'encouragement.. La collectivité témoigne ainsi de sa reconnaissance pour l'effort fourni, tout en incitant le participant à devenir une référence et un interlocuteur. Car le citoyen responsable, celui qui sait gérer son chien (propreté, conduite, bien-être...), doit être entendu. L'une des organisatrices, Madame Bernardin, envisage de faire évoluer ces diplômes en autorisations d'accès aux transports en commun. Pour le moment, on voit naître un début de tolérance en dehors des heures de pointe. Mais par exemple, pourquoi ne pas autoriser les lignes de bus rejoignant le parc de Miribel Jonage, ou celles menant aux espaces réservés ? Mme Bernardin s'appuie sur l'exemple de la ville de Turin qui a fait cette démarche de formation des maîtres. Or, en quelques mois le taux d'insécurité dans les transports a visiblement diminué : « Lorsqu'il y a des chiens bien conduits, présents sur l'espace public ou dans les transports, on est plus détendu, les choses se passent mieux et la sécurité est plus grande. Pourquoi se passer d'une chose aussi simple ? »
Actuellement c'est le 6ème arrondissement qui profite des cours d'éducation canine, encadrés par des spécialistes, tel l'éducateur Marc Meunier: « Le Grand Lyon, la Ville de Lyon et la Mairie du 6ème proposent ces rendez-vous pour faciliter la cohabitation homme-animal en ville et améliorer notre cadre de vie », explique le prospectus. La mission animalité urbaine a aussi pour projet la création de modules interactifs en direction des enfants. Trois intervenants humains et trois canins se présenteront devant des demi-classes d'une quinzaine d'élèves afin de les informer des démarches effectuées. Objectifs de la démarche : laisser les enfnats s'exprimer face à l'animal tout en leur expliquant comment prévenir un accident.

    Le premier octobre a été inauguré la fête mondiale des animaux. Parmi eux, le chien.
« On se réclame d'espaces publics partagés, de lien social, de cohésion... Il faut faire en sorte qu'ils soient réellement partageables », rappelle G. Bernardin. En effet, respect et tolérance réciproques sont primordiaux, face à la présence du chien en ville, qui pose bien trop de questions pour ne pas être entendues. Il est essentiel de sécuriser le passant, de responsabiliser le propriétaire, et de veiller au bien-être de nos compagnons à quatre pattes. De cette façon, les balades canines deviendront peut-être bientôt aussi simples et évidentes que les rando-rollers.
Emilie Drugeon
RDV le 3 décembre pour le spectacle « chien lumière », avec la Fédération Nationale des chiens guides...  (renseignement au centre d'animalité urbaine)


*Animalité urbaine
83 cours de la liberté –69003 Lyon
tel 04 78 95 67 79
fax 04 78 95 88 26
port. : 06 67 17 44 60
gbernardin@grandlyon.org




Publié le 27 octobre 2005 à 20:47:41 dans Reportages | Commentaires (6) |

Réaménagement en pente douce


Colline religieuse au Moyen-âge, puis travailleuse à l'époque moderne, les pentes de la Croix-Rousse ont subi de nombreuses mutations siècle après siècle. Urbanisation, turnover des habitants, destruction, réhabilitation....En ce début de XXIème siècle, l'équipe municipale a décidé d'agir sur trois axes de développement pour rendre le quartier plus agréable : la réhabilitation de l'habitat, les espaces verts, le stationnement et la circulation.



Des rues étroites, une histoire forte, berceau des révoltes ouvrières, une identité particulière, une antre culturelle, un patchwork d'associations...voilà ce qui peut caractériser le quartier des pentes de la Croix-Rousse, quartier qui donne du fil à retordre quant à son mode de réaménagement. « Nous devons composer avec quatre facteurs sur les pentes de la Croix-Rousse, explique Gilles Buna, ancien maire Vert du 1er arrondissement et actuel adjoint à l'urbanisme : une topographie particulière de fait de sa déclivité, un bâti dense, une population importante et des rues étroites. » Ces éléments font que les politiques successives en matière d'urbanisme n'ont pas toujours été un succès. Bâtis en 50 ans au XIXème siècle, les immeubles des pentes ont eu pour vocation d'abriter les ateliers-logements des canuts, trop à l'étroit dans le Vieux-Lyon. Ce sont des immeubles sans fioritures et conçus pour être pratiques : hauts pour les métiers à tisser et lumineux pour les tissus et augmenter le temps de travail. Edouard Herriot et Tony Garnier ont oeuvré pour améliorer les conditions d'habitat et l'hygiène. Au milieu du XXème, Louis Pradel (maire de 1957 à 1976) a entrepris une politique de destruction du haut des pentes pour aérer la montée de la grande côte. Un comité de résistance des habitants avait été crée pour lutter contre la destruction d'une partie du quartier. « J'ai été un de ceux qui ont lutté contre la période barbare du temps de Louis Pradel et j'ai milité contre la destruction de la grande côte et nous avons gagné. Une ré-appréciation du centre historique et des quartiers anciens est ensuite survenue notamment par la loi Malraux de 1962 qui vise à la conservation du patrimoine architectural et historique en facilitant la restauration immobilière. Une première phase d'amélioration du bâti a débuté sous Michel Noir (maire de 1989 à 1995), dans le quartier St Vincent par exemple. » Désormais classé en ZPPAUP (zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager) en 1994, les pentes voient 80% de son bâti, datant d'avant le XXème siècle, protégé. Mais du fait de ses grands appartements lumineux et du panorama sur la ville qu'il offre, le quartier est devenu très prisé. « Des problèmes de spéculation apparurent. Les tentatives de rénovateurs pour évacuer les habitants afin de réhabiliter les immeubles sans les contraintes de la loi de 1948 (ndlr : loi fixant les loyers) se multiplièrent. C'était un scandale, ils cassaient les fenêtres. Noir a réagi en encadrant la réhabilitation par des conventions. »



Conserver la mixité sociale

L'attrait du quartier a eu pour effet d'entamer un processus de diversification sociale. Après la révolution française, les biens du clergé confisqués par l'Etat ont été rachetés par des entrepreneurs privés, dont de nombreux négociants en soierie. Ils y ont logés les canuts. C'est à cette époque, au milieu du XIXème siècle que s'est accélérée l'urbanisation du quartier. C'était l'un des quartiers les plus denses d'Europe mais sa population a diminué et il compte actuellement près de 25 000 habitants. Au XXème siècle, les canuts ont laissé place à une population d'immigrés, puis dans les années 80 aux « bobos ». Mais la population des pentes ne se résume pas aux bobos attirés par l'esprit du quartier ou aux cadres par les grands appartements ensoleillés. « Nous observons un phénomène classique de stratification. La mixité sociale, contrairement au siècle dernier, a tendance à s'effectuer non plus par étages, mais par immeuble. La population aisée côtoie ses voisins issus d'une classe populaire inférieure qui vit dans des appartements moins lumineux et plus bruyants. Cette hétérogénéité fait tomber les peurs ; le FN, par exemple, n'a jamais réussi à s'implanter dans le 1er. » La mairie souhaite poursuivre la réhabilitation du quartier en gardant ses habitants, et améliorer le logement par les systèmes de convention en évitant la vente ou le loyer libre.



Stationnement et circulation, les bêtes noires des pentes
Difficile de circuler et encore plus de se garer dans ce quartier fortement peuplé. D'autant plus que les pouvoirs publics ont pour objectif de réorganiser la circulation et le stationnement. La place aux piétons. Cela passe par la conservation et l'amélioration des espaces verts. Le but est d'améliorer le confort des piétons par une reconfiguration de l'espace, par exemple, l'agrandissement des trottoirs. Des travaux de voirie sont actuellement en cours rue des Capucins. Un projet similaire aura lieu rue St Polycarpe. L'axe piéton de la montée de la grande côte, ainsi que le terrassement, ont déjà été réalisés sous le précédent mandat, de même que l'espace Croix-Paquet. Ce réaménagement s'effectue au détriment des places de stationnement. Le troisième axe est justement de créer des poches de stationnement, notamment pour les résidents. Mais l'équilibre n'est pas maintenu, le nombre de places supprimées étant plus élevé que celui de places créées...et pour un tarif de stationnement qui ne sera sans doute pas le même. Vue la topographie des pentes, les parkings crées le seront en hauteur. Plusieurs études ont eu lieu ou sont en cours pour définir des sites adéquats. « Nous sommes dans un marché de définition, où il faut repenser les sites possibles. Celui rue du thou a été abandonné, car trop onéreux. Restent deux projets en lice. Celui du parking de 140 places pour les résidents des Tables claudiennes, dont les pré-fouilles vont commencer prochainement. Et celui rue Burdeau, à l'ancienne centrale télécom. Des discussions pour un parking clos St Benoît seront à venir. Il n'a jamais été question de supprimer les voitures, et encore moins de les attirer. Un quartier sans voiture est mort, mais il faut réorganiser l'espace alloué à chacun. » Les transports collectifs ont par ailleurs été développés : la navette, les ligne 13 et 18, le métro, ainsi que les vélovs...plus utilisés pour descendre que pour monter, ils seront prochainement dispachés de manière plus efficace depuis Caluire.



Un quartier agréable à vivre ?
Entre crottes de chien et poubelles, il est vrai que la propreté des rues laisse parfois à désirer. « Les rues sont difficiles d'accès parfois, et cela entraîne des problèmes de ramassage. Il faut également faire appel à la citoyenneté des gens qui viennent la nuit. Il y a une nécessité de réguler la vie nocturne et de permettre une meilleure coexistence des habitants et des lieux de vie nocturne. » Moins de licence IV seront accordées et elles le seront à condition que l'établissement se situe à plus de 100 mètres d'un autre. Mis à part les bistrots, on observe une diminution des commerces, comme dans de nombreux quartiers. « La zone de chalandise concerne la moyenne surface, l'évasion est donc plus importante vers les autres quartiers, les pentes étant trop étroites pour héberger des magasins et assurer les déchargements. Les activités qui s'y développent sont plutôt du secteur tertiaire (architecture, galeries...) Ici, les habitants ont la ville a portée de main ; ils disposent d'un tissu culturel et associatif dense. C'est une chance d'y vivre pour ceux qui l'ont choisi. »

Jasmine Sorgues

Publié le 12 octobre 2005 à 12:33:14 dans Reportages | Commentaires (1) |

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