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“Ils sont beaux mes journaux!”


On ne le répétera jamais assez : la presse payante est en crise. Reste à savoir qui en sont les premières victimes...

A Lyon, ils sont au nombre de sept. A Marseille, l'on en dénombre plus de soixante. Quant à notre chère capitale, il y en aurait près de 280. Tour à tour marchands de canards et acteurs de quartier, il s'agit bien sûr des....kiosquiers. Quelque soit leur implantation, un constat les rassemble : la difficulté de tenir, d'être tout simplement rentable.

Place de la république, le kiosque d'Armand Rodet bénéficie d'un emplacement de choix. Malheureusement, le lieu, qui voit défiler chaque jour des centaines de badauds, n'est pas synonyme de gloire commerciale. “Depuis que la presse se porte mal c'est de plus en plus dur” Kiosquier depuis l'âge de 17 ans, Armand a suivi les traces de ses parents. Cela fait aujourd'hui près de 24 ans qu'il exerce sa profession dans le quartier Cordelier-République. En duo avec son épouse, le couple réalise des horaires contraignants. Le métier est ainsi. Le commerce doit être ouvert dès 5h30 pour fermer quatorze heures plus tard, aux alentours de 19h. Qu'il pleuve ou qu'il vente, les commerçants répondent présents toute l'année. “Nous tenons le coup mais après, qui prendra notre place? Ce n'est pas un métier d'avenir pour les jeunes.” Actuellement en contrat avec le groupe publicitaire de presse AAP (administration d'affichage et de publicité) Armand ne se fait guère d'illusion sur l'avenir. Difficile pour lui de trouver encore des avantages à son métier, même si, dans un regain d'optimisme, l'homme souligne les bons côtés du contact avec la population. “Contrairement au buraliste, nous ne sommes pas enfermés.” ajoute t-il. Les inconvénients se sont logiquement les horaires, le climat, l'irrespect de certains passants à leur égard. “Nous sommes un vrai syndicat d'initiatives. Et si l'on était payé 50 centimes pour chaque renseignement donné, les fins de mois seraient plus confortables. Mais bon, quand c'est demandé gentiment, nous répondons avec plaisir.” explique Armand, avec un soupçon d'ironie.

Au-delà de ses conditions professionnelles, Armand Rodet pose un regard éclairé sur l'univers de la presse. Pour lui, le doute n'est plus permis : la presse gratuite plombe la vente des quotidiens payants. “Certains ont beau affirmer le contraire, je peux vous dire que l'arrivée de ces titres gratuits a eu un véritable impact. Auparavant, j'avais des clients qui m'achetaient le journal juste pour les gros titres. Aujourd'hui, le contenu d'un Métro ou d'un Lyon+ leur suffit largement.” Quelque peu désabusé, le kiosquier avance des chiffres édifiants. “En quelques années, les ventes du quotidien national Le Monde sont passés, à Lyon, de 6000 à 2000!” 

Entre deux coup de gueule, habitués ou gens de passage sortent quelques euros de leur portes monnaies pour acheter leur titre favori. Ce matin là, Le Progrès et Le Figaro semblent figurer en tête du classement. Notons cependant la vente d'un “Hockey magazine”. Et soulignons que “non”, les kiosquiers ne distribuent pas le guide 2006 du “Petit paumé”. “Actuellement, les meilleures ventes sont Le Progrès, les magazines Télé et people, et puis la presse féminines et les news comme Le Point, l'Express...” Parmi le florilège de titres que compte son kiosque, certains ne seront jamais vendus. “Nous sommes livrés par la SAD (société de diffusion de presse) qui nous impose les titres.”, rend compte Armand. Bilan des opérations : pour les clients qui savent ce qu'ils veulent, cette multiplication de papiers n'est pas un handicap. En revanche, pour les gens qui n'ont pas fais leur choix, le temps de réflexion peut être fatal. “ Aujourd'hui, ça pullule de nouveaux magazines.”

Mais le vrai défi pour la presse ne serait -il pas de séduire les consommateurs de demain? Sans être réactionnaire, Armand a son petit avis sur la question. “Les jeunes d'aujourd'hui aiment le “vite fait, le vite jeté”. Ils n'ont pas appris à conserver les choses. Et puis, il y a internet...”
Le temps de la lecture au petit déjeuner est-il révolu dans les foyers français? Pourtant, quel parent n'a jamais observé son rejeton lire le dos de sa boite de céréales devant son bol de chocolat chaud...

P.L



Publié le 26 octobre 2005 à 10:43:28 dans Portrait de quartier | Commentaires (0) |

COURT SUCRE OU LONG SANS SUCRE ?


Comédie de Sylvie Audcoeur, David Basant, Bruno Chapelle et Olivier Yeni
 mise en scène par Michel Bernini.
Théâtre de Lulu sur la colline. Du 12 octobre 2005 à
fin janvier 2006.

Court et salé...
... voilà plutôt comment on pourrait définir le nouveau spectacle présenté au théâtre de Lulu sur la colline.Cette comédie avait déjà fait ses preuves à Paris où la troupe du Splendid l'avait jouée pendant plusieurs mois avec succès au café de la gare. Les avis étaient alors unanimes : Court sucré ou long sans sucre ? était une pièce très drôle, servie par de très bons comédiens. Le texte, sans conteste très salé, n'avait donc plus qu'à trouver de nouveaux interprètes à la hauteur. Voilà le défi que devaient relever Michel Bernini et son équipe. Pari réussi. La troupe de Lulu sur la colline nous fait passer une heure vingt de gaieté et de franc rire. Dans une boîte de communication événementielle, Patrick, Chloé et Aldo sont en effervescence : ils sont sur le point de signer un gros contrat avec « Flossel » pour l'organisation de sa convention. Le problème, ou plutôt les problèmes : Thierry, le responsable de la communication du géant de la charcuterie Flossel, est amoureux de Chloé, qui, elle, aime Patrick, qui est marié et qui est également convoité par Nancy Killigan, la nouvelle « adjointe » envoyée pour superviser le travail de Patrick. Une situation quasi racinienne ! A cela près qu'un certain Aldo, gaffeur de service, électron libre au sein du groupe, est là pour dynamiter toute l'organisation de ce petit monde. Patrick ne veut pas coucher avec Nancy pour assurer la signature de la convention ? Qu'à cela ne tienne, Aldo s'en chargera ! Le même Patrick ne veut pas avouer à Chloé, sa maîtresse, qu'il a renoué avec sa femme ; ça n'est pas un problème : Aldo prendra la faute à son compte... Voilà comment créer des situations de comédie complètement loufoques (voir la scène de la fessée !). Les intrigues se superposent et s'entremêlent pour notre plus grand plaisir. Quiproquos, travestissement, dissimulation, mensonges, trahisons (et plus si affinités), tout est réuni pour nous faire passer un savoureux moment, dans la plus pure tradition de la farce. Les acteurs eux-mêmes semblent s'amuser sur scène. Ils nous communiquent très vite leur enthousiasme. Avant même la représentation, Michel Bernini, formidable Aldo, déclenche l'hilarité générale  en se transformant en chauffeur de public. Et il continue à chacune de ses apparitions sur scène : qu'il joue les Cyrano, caché derrière le canapé, où il souffle la réplique à un Patrick mortifié par Nancy la killeuse, ou qu'il devienne compositeur de musique de pub (« les rillettes c'est très chouette ! »), il séduit tous les spectateurs de Lulu. Mais n'oublions pas qu'il est très bien entouré : Kaddour Dorgham campe un Patrick lâche et stressé à souhait, Stéphane Dispirito (remplaçant exceptionnellement Julien Testard) s'en sort très bien en Thierry coincé (voire sa chorégraphie terrible sur une musique de Cloclo) ; Carole Benhamou fait une très bonne commerciale, sans scrupule, préoccupée uniquement de son futur intérieur ; quant à Laurence Thinot, elle incarne une consultante nymphomane, dévouée corps et âme à son cabinet, « Touch and burns ».  Le petit monde de l'entreprise est ainsi représenté et caricaturé sur un ton léger. Alors, si vous êtesresponsable commercial, consultant ou encoreconseiller en communication, n'hésitez pas à aller vous regarder dans ce miroir déformant. 

Caroline Vernisse (en partenariat avec le site Theatrotheques.com)



Publié le 22 octobre 2005 à 18:41:13 dans Concert, culture, cinéma | Commentaires (0) |

Chirac à Lyon



“Tout ça pour ça...”, pouvait-on entendre dans la bouche de certains passants, ce midi, grande rue de la Guillotière. D'autres, au contraire, se réjouissaient d'un événement assez rare pour être souligné : la venue à Lyon de notre Président de la République. Après une visite matinale à l'Institut Français du Pétrole, Jacques Chirac s'est fait longuement attendre à la plateforme des Vocations, récent dispositif de l'ANPE mis en place en juin dernier. Et ils étaient nombreux à s'être déplacés pour apercevoir le Chef d'Etat. Badauds, journalistes accrédités ou refoulés, service de sécurité...chacun a pris son mal en patience dans l'espoir d'un autographe, d'une photo ou d'une main serrée. Ce n'est qu'à midi, et durant une poignée de seconde, que les Lyonnais ont pu enfin approcher Jacques Chirac. Après de larges sourires et un bref remerciement “pour cet accueil chaleureux”, le “grand” homme est allé à la rencontre des quelques jeunes, tout spécialement invités par la plateforme des vocations. Pour tout ceux qui n'ont pas pu franchir la porte, la satisfaction était tout de même palpable. “J'ai un  autographe”, annonce fièrement Yassine. Une petite euphorie donc mais aussi quelques surprises déconcertantes. “Moi aussi, j'attend pour voir le Président. Mais, j'avais surtout rendez vous ce matin avec une conseillère de la plateforme. Personne ne m'avait prévenu de la venue du Président et lorsque je suis arrivée ce matin, l'on m'a dit que mon rendez vous était annulé et qu'il fallait que je rappelle.”raconte Naima. La jeune femme devait faire un point sur son avenir professionnel, suite à des tests réussis dans le secteur des métiers de la vente.  Quelque peu heurtée mais néanmoins bonne joueuse, Naima se demande, avec humour,  “Si Chirac aurait un poste à lui proposer...”
A voir.
Pascale  Lagahe




Publié le 20 octobre 2005 à 13:34:57 dans Concert, culture, cinéma | Commentaires (0) |

Les Noces funèbres


Film d'animation de Tim Burton avec Johnny Deep

Un couple d'aristocrates acariâtres cachent derrière une apparence hautaine un secret lourd de conséquence : celui d'une fortune familiale disparue. Pour sauver leur honneur et le prestige de leur Nom, les Everglot n'ont plus qu'une solution : marier leur fille unique  à Victor, un fils de nouveaux riches, patrons d'une conserverie de poissons. Cet union forcée, qui satisfait pleinement les parents, emplis d'embarras le coeur et l'esprits des deux enfants. La première rencontre entre Victor et Victoria aura lieu lors de la préparation des noces. Timide et gêné par la situation, le fils Van Dort accumule gaffes e maladresses sous le regard dubitatif mais néanmoins attendris de sa future épouse. Rongé par la honte, Victor s'enfuit dans la foret et tente désespérément d'apprendre ses serments en vue du mariage. A force d'acharnement, le jeune garçon parvient à réciter sans fautes les quelques phrases des voeux rituels. Soudain, un étrange événement se produit. Sous ses pieds, la terre se fend et laisse apparaître une jeune femme défunte au corps décomposé. Prénommée Emily, cette “morte vivante” mignonnette est convaincue qu'elle vient d'épouser Victor... Un malentendu fatal!

Tim Burton ravit petits et grands une nouvelle fois en 2005

Après son très réussi “Charlie et la Chocolaterie”, le réalisateur au coeur d'enfant, nous offre son dernier chef d'oeuvre d'animation “Les noces funèbres”. Quelle surprise pour les yeux! Ici, pas question d'images 3D. Non, surtout pas. Burton revient au source et prend en exemple “L'étrange Noël de monsieur Jack” en utilisant la technique du “Stop motion” (voir définition). Tirée d'un vieux conte russe, l'histoire de Victor et Victoria est sublimée par l'expression si particulière et réaliste des marionnettes animées. On raffole donc des personnages (principaux et secondaires, comme le pasteur Galsweels interprété par Christopher Lee) au caractère onirique et à l'allure presque sexy. Mais pas seulement. Dans ce long métrage où rien n'est laissé au hasard, chacun se délectera des décors, remarquablement travaillés. Plus encore ; l'équipe  de Tim Burton assure un savant mélange d'esthétisme et d'émotions en promenant le spectateur dans deux univers parallèles : celui des morts et celui des vivants. Respectivement, celui des fêtards et celui des cafardeux. Le tout avec une horreur sympathique (petit clin d'oeil au personnage de Bettle juice) et dans une ambiance comédie musicale, chorégraphies de squelettes en plus...
Comment ne pas être aussi dithyrambique avec les acteurs des “Noces funèbres”. En version originale (celle à ne pas manquer!) c'est évidemment Johnny Depp qui s'y colle sans fausse note. Accompagné à merveille par Emily Watson, Héléna Bonham Carter et Paul Whitehouse, entre autre.


Définition du “Stop motion” (source dossier de presse)
C'est un art singulier reposant sur l'utilisation en dur de marionnettes qu'il faut vêtir, coiffer, éclairer avec autant de soins que des acteurs de chair et de sang. La manipulation est d'une extrême délicatesse, l'écart entre deux positions étant de l'ordre du millimètre. Chaque position est photographiée le temps d'une seule image. L'animateur retourne ensuite au personnage, lui imprime un mouvement millimétrique, fixe l'image suivante et ainsi de suite. Le rendement est dérisoire : à la fin de la journée, une équipe n'aura guère engrangé qu'une à deux secondes utiles.






Publié le 18 octobre 2005 à 13:50:42 dans Concert, culture, cinéma | Commentaires (0) |

L'enfant

Un film de Jean-Pierre et Luc Dardenne avec Jérémie Rénier et Déborah François

Sonia n'a que dix huit ans et connaît déjà la galère. Elle vient de donner naissance à un petit garçon Jimmy. Sans travail, ni sécurité financière, elle compte sur le soutien et l'amour du père de son enfant. Malheureusement, Bruno est loin de posséder les qualités d'un mari idéal. Sans attache et sans contrainte, le jeune homme vit  de petits et gros larcins. Sonia accepte et pardonne, jusqu'au jour où Bruno commettra le geste le plus insensé : vendre son fils pour une poignée d'euros.

Deuxième palme d'or pour les frères Dardenne.

En 2004, le jury du festival de Cannes récompensait pour la première fois un documentaire. Il s'agissait bien sûr de “Fahrenheit 911” de Michael Moore . Un an plus tard, la palme d'or revenait aux frères Dardenne pour “L'enfant”. Une fiction cette fois ci me direz vous. Juste. Mais pas totalement. Car lorsque l'on encaisse “L'enfant” comme l'on encaisse une claque en plein visage, l'on se rend vite compte de sa puissance “documentaire”. Dans la forme d'abord, avec une musique inexistante (et oui dans la vraie vie, les moments de galère ou de bonheur ne sont pas enveloppés d'un tube de Springsteen ou Lennon) et des prises de vues sans fioriture, tournées dans l'atmosphère grisâtre et mélancolique de Seraing en Belgique. Dans le fond ensuite, avec une histoire imaginée à partir d'une simple vision des réalisateurs. “Lors d'un tournage, nous avons vu passer et repasser une jeune fille poussant un landau dans lequel dormait un nouveau-né. Elle semblait ne pas avoir de destination.” Cette femme anonyme prend alors le visage de Sonia, interprétée par Déborah François. Fragile et forte à la fois, Sonia veut confronter Bruno à sa toute nouvelle paternité. En vain. Dans un besoin irrépressible de réalisme, les frères Dardenne ne tombent jamais dans le misérabilisme et l'absurde. Comment? Tout simplement, en recourant à des choses familières. C'est dur, parfois choquant mais toujours juste. L'on regrette alors que l'émotion, la vraie, celle qui laisse couler de nos yeux une larme, tarde à nous prendre les tripes. Mais l'essentiel est là : l'amour et le pardon entre deux êtres plus qu'imparfaits mais tellement vrais.
P.L 
Si vous ne connaissez pas les frères Dardenne et que vous avez aimé ce film, n'hésitez pas à prendre connaissance de leur filmographie en visionnant “Rosetta”, “Le fils” ou “La promesse”. A défaut d'être exhaustif, cela sera instructif...


Publié le 18 octobre 2005 à 13:48:50 dans Concert, culture, cinéma | Commentaires (1) |

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