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théâtre : LE ROI NU


Texte d'Evguéni Schwartz ; mise en scène de Laurent Pelly.
Théâtre de la Croix Rousse. Du 7 au 18 décembre 2005.

Des tiroirs enchanteurs

Des tiroirs, rien que des tiroirs sur scène ; oui, mais des tiroirs magiques ! A leur ouverture, des personnages hauts en couleur surgissent et le spectacle prend place. Un spectacle avec lequel le théâtre de la Croix Rousse finit l'année 2005 en beauté. Le Roi nu, écrit en 1934 par Evguéni Schwartz, relève de ces grandes mises en scène populaires et réjouissantes. Le dramaturge russe convoque trois contes d'Andersen : Les Habits neufs de l'empereur, La Princesse et le porcher et La Princesse au petit pois. De cet étrange mélange, il tire une oeuvre originale, à mi-chemin entre le conte de fées et la satire politique.

La Princesse Henriette est amoureuse du porcher Henri (!) mais doit être mariée au roi du pays voisin. Voilà pour le conte de fées. Le roi du pays voisin est un « méchant » dictateur aux faux airs de Staline, Hitler ou autre Mussolini (Schwartz pensait apparemment à Hitler, porté au pouvoir un an avant l'écriture du texte), qui impose la tonte des chats et les petits pâtés au déjeuner. Voilà pour la satire politique. Comment le gentil porcher arrivera-t-il à soustraire la belle et naïve princesse à ses obligations matrimoniales ? C'est encore une autre histoire. Suspense ! Relisez bien le titre et peut-être devinerez-vous le stratagème d'Henri...

Mais, si vous tremblez déjà pour la princesse et que vous ne pouvez plus soutenir ce suspense terrible, courez au théâtre assister au dénouement de cette formidable histoire. Elle est mise en scène de manière remarquable par Laurent Pelly, directeur du Centre dramatique national des Alpes. Du décor aux costumes, en passant par les lumières et la musique, tout est parfait. Les comédiens aussi. Leur jeu, sur le mode burlesque, déclenche des vagues de rires incessantes pendant les deux heures de représentation. La magie opère et nous transporte dans un univers féerique et grotesque à la fois. Cependant, nous n'en dirons pas plus sur le grotesque. Il faut voir de ses propres yeux les accoutrements des dames de compagnie, courtisans, chambellans, gouvernantes, cochons et, surtout, les atours du Roi... A moins que vous ne soyez trop bêtes pour les contempler !... Suspense...
                                       
 Caroline Vernisse       (en partenariat avec le site www.theatrotheque.com)





Publié le 09 décembre 2005 à 11:55:55 dans Concert, culture, cinéma | Commentaires (0) |

LES AMOURS


 Textes de Stacy Doris et Anne Portugal.
Mise en scène d'Eric Vautrin.
Théâtre des Ateliers. Du 2 au 17 décembre.


                    Désamours

Vous aimez l'art contemporain ? Vous aimez, plus précisément, la poésie contemporaine ? Vous appréciez
également le théâtre d'avant-garde et la musique expérimentale ? N'hésitez pas une seconde : allez au théâtre des Ateliers voir Les Amours ! Le spectacle possède tous ces ingrédients à la fois. Présenté en résonance avec la Biennale d'art contemporain, il se présente en deux parties, toutes deux fondées sur des textes poétiques qui traitent de l'amour. Dans la première, Gaël Leveugle et Raphaël Defour disent des extraits de Paramour de Stacy Doris,
poétesse américaine. Les poèmes, tirés du « livre des garçons » et de « comment aimer », abordent les thèmes
de la rencontre amoureuse, du désir et de l'acte sexuel. De manière fragmentaire et disparate, les textes s'enchaînent sur fond de batterie électronique. Les deux comédiens prononcent les mots de la poétesse
avec légèreté, sur un ton parfois burlesque, parfois plus sensuel. 

Jamais ils ne prennent complètement au sérieux. Ils passent sans complexe du manteau de fourrure féminin et du costume blanc un peu ringard au slip kangourou, toujours égrenant des chapelets de mots décousus. Le public s'en trouve amusé... et dépité. Difficile d'entrer dans l'univers d'un tel texte. Difficile de rester attentif à un flux de paroles dont le sens ne se livre pas facilement. Et plus rude encore est la tâche du spectateur dans la deuxième partie. Pascale Nandillon, seule en scène, ou plutôt seule au-dessus de la scène, récite un texte d'Anne Portugal, « la formule flirt », spécialement écrit pour le spectacle. La comédienne, suspendue dans les airs et auréolée de lumière verte, s'active au-dessus un tapis de scène gonflé d'air : l'effet est assez spectaculaire.

 Mais, hélas, là s'arrête l'intérêt de cette seconde partie. Le texte, soi-disant composé autour du personnage de Marguerite de Faust, est incompréhensible. Il est quasiment impossible, à la simple écoute, de saisir le sens des mots. Non, ce n'est pas « plus clair », comme le dit la comédienne alors qu'elle mentionne « canal plus » ! Le public se trouve égaré dès le début et la petite fée verte monologue en vain. L'art contemporain ne s'offre décidément pas à tout le monde !

    Vous aimez donc la poésie contemporaine, le théâtre d'avant-garde, la musique expérimentale... et, surtout,
vous pensez faire partie du happy few à qui s'adresse cet art ? N'hésitez vraiment plus : courez au théâtre des Ateliers !

                                    Caroline Vernisse



Publié le 05 décembre 2005 à 20:30:08 dans Concert, culture, cinéma | Commentaires (0) |

THE NIGHT HERON

. Texte de Butterworth ; mise en scène d'Emmanuel Meirieu.
Théâtre de la Croix Rousse. Du 22 novembre au 10 décembre 2005.


L'Arlésienne

The Night Heron, c'est l'Arlésienne de la pièce de Jez Butterworth, le « corbeau de nuit » qu'on ne verra jamais. Le problème, c'est que l'intrigue, elle aussi est une Arlésienne dans The Night Heron. Le texte de Jez Butterworth, auteur londonien contemporain, mis en scène par Emmanuel Meirieu, jeune metteur en scène autodidacte, se situe entre polar noir et théâtre de l'absurde. Du polar noir, il a l'atmosphère et les personnages inquiétants. Du théâtre de l'absurde, il a l'absence d'intrigue et les mêmes personnages, inquiétants certes, mais aussi paumés, sans but et sans véritable projet. Un vague concours de poésie est bien évoqué ; à la clé : deux mille livres qui permettraient de vivre quelques mois à ces chômeurs psychopathes ( ?) ; mais l'idée est vite oubliée et le kidnapping d'un étudiant en Lettres, chargé de l'écriture du poème, seul rebondissement de l'histoire, survient un peu tard.

Nous passons les trois quarts de la représentation à attendre... en vain. Les deux héros, Griffin et Wattmore, parlent dans le vide. Une confuse inculpation de Wattmore pour pédophilie est évoquée, ainsi que le renvoi des deux hommes de leurs postes de jardiniers à la faculté et leur vie dans le marais, où des inconnus viennent en quête du « night heron ». La visite de leurs prétendus amis et l'hébergement de l'étrange Fiona nous laissent espérer un temps une quelconque péripétie ; mais toujours rien. Fiona a bien un passé de criminelle ; elle se comporte de façon agressive... Rien à faire, nous n'arrivons pas à entrer dans cet univers ; pas l'ombre d'un soupçon de crainte sur notre front, pas le moindre sursaut.

Et pourtant les comédiens sont bons, à commencer par l'interprète de Griffin. Leur jeu n'est pas théâtral ; au contraire, très naturels, ils apparaissent presque comme des acteurs de cinéma. L'intention est bonne, le résultat moins convaincant : tous parlent d'une voix très basse, à peine audible parfois ; si bien que le public, au lieu de sentir introduit dans leur intimité, s'en trouve exclu. C'est bien dommage car la salle du studio, maquillée en hangar, extrêmement glauque (moisissures peintes au plafond et légère fuite d'eau au-dessus de la scène), nous plongeait dans une atmosphère inquiétante et semblait promettre une sombre histoire, de celles qui angoissent sans qu'on sache vraiment pourquoi, de celles qui fascinent et tiennent en haleine. Mais du polar noir, nous n'aurons eu que les héros névrosés, pas les frissons.
Caroline Vernisse

Publié le 03 décembre 2005 à 08:40:50 dans Concert, culture, cinéma | Commentaires (0) |

En t'chat avec le Maire



Ce matin, durant une heure, Gérard Collomb a ouvert le débat sur le web. Une initiative sympathique, déjà testée en avril 2004 et qui mériterait d'être renouvelée au plus vite.


Il est un peu plus de 11h. Sur la page “Lyon” du portail wanadoo, 61 personnes attendent pour t'chater. Non pas avec le dernier éliminé d'une quelconque émission de téléréalité, mais bien avec le Maire de la ville.. .
11h15. Premier bonjour de Monsieur Collomb. Contrairement à certaines conférences de presse, la ponctualité est de mise. Le modérateur nous annonce l'ouverture du t'chat. La durée de la discussion étant limitée à une petite heure, difficile pour chacun des participants de faire entendre sa voix. La règle du jeu est ainsi faite : seule une poignée d'internautes auront la chance d'obtenir une réponse à leurs interrogations. Sans perdre de temps, Gérard Collomb se “jette dans le bain”. Et à première vue, l'élu semble être tout à fait à l'aise avec les ficelles du web.
Réponses claires, fautes de frappes minimes, propos mesurés... L'on est loin du langage SMS, si cher aux tchateurs. Mais malgré la convenance de la discussion et le filtrage des messages, Collomb ne tombe pas dans le piège de l'auto promotion, particulièrement réprouvé sur la toile.
Preuve en est, ce commentaire ironique d'un internaute, à propos des relations entre la ville et le club de l'Olympique Lyonnais (et notamment la construction d'un nouveau stade de 60 000 places. “Aulas vous invite à ces folles soirées d''avant match...vous dilapidez notre fric...”  Réponse du Maire, qui ne se laisse pas démonter. “Votre remarque n'est pas pertinente. La construction de ce stade ne relèverait que d'investissement privé.”
Outre les commentaires footballistiques, les participants ont aussi interrogés Gérard Collomb sur les impôts locaux, l'emploi des jeunes, la politique d'urbanisation, la fête des lumières, la sécurité, les gens du voyage, les transports, les velo'v...Espérons maintenant pour les absents que l'intégralité de la discussion sera disponible sur le site de la Mairie...

Extraits des réponses de Gérard Collomb.


ECONOMIE
“Lyon est la ville où il y a les plus de création d'entreprises. Les investissements sont passés de 200 millions d'euros à 570 millions en six ans”
“Nous avons décidé de recréer au coeur de la ville un monoprix”

SOCIETE
“Nous menons une politique volontariste pour avoir une mixité sociale dans l'agglomération”
“La véritable solution c'est de faire en sorte qu'il n'y ait pas de coupure entre les quartiers riches et les quartiers qui se marginalisent”
“Ce n'est pas la politique sécuritaire qui résoudra à elle seule les problèmes de violence.
“Mon fils travaille dans la police donc je ne suis pas un anti-flic primaire”

VÉLO
“Il y aura 1000 vélo'v de plus  en 2006 et 1000 supplémentaires en 2007.”
“Vélo'v ne coûte pas d'argent au grand Lyon.

URBANISME
“Dans quelques milieux nationaux et internationaux d'architecture, il se dit que Lyon a, aujourd'hui, la commande architecturale la plus audacieuse”
Il y a un plan de construction d'aires pour les gens du voyage mis au point par le grand Lyon”


FETE DES LUMIERES
A propos du fiasco de 2004 “Vous pourrez constater cela par vous même. Si tout va bien, ce ne sera pas un pitch mais un boom”






Publié le 02 décembre 2005 à 14:30:23 dans Toute l'info decalée | Commentaires (0) |

RICHARD III


Texte de Shakespeare ; mise en scène de
Philippe Calvario.
Théâtre des Célestins. Du 23 novembre au 10 décembre
2005.

« Mon royaume pour un cheval ! » Telle sera la dernière et célèbre réplique de Richard III (« The last but not the least » !). Shakespeare retrace l'ascension de ce roi éphémère, du début de son complot à sa chute de cheval... et du trône, puisqu'il périt sur le champ de bataille. C'est donc d'une page bien sombre de l'histoire d'Angleterre que l'auteur tire son drame historique. Richard III est l'histoire d'un monstre, le duc de Gloucester, prêt à tout pour
accéder au pouvoir ; il veut s'offrir une revanche sur la nature, qui l'a fait hideux, difforme et cadet d'une famille de trois princes. Il ne renonce à aucun moyen pour mener sa quête, pas même au fratricide. Après la mort de ses deux frères, il s'attaque à ses neveux et au reste de son entourage, dès l'instant où il devient gênant. Ses projets sont machiavéliques et d'autant plus noirs qu'ils se dressent contre des innocents. Il apparaît ainsi comme entièrement tourné du côté du mal, presque diabolique... Avec lui, Shakespeare a offert au théâtre un de ses rôles les plus fascinants et les plus sombres. Et Philippe Torreton de l'incarner à la perfection !


Il excelle dans l'ironie cynique caractéristique de Richard III. Il joue extrêmement bien le froid calculateur, misogyne et misanthrope, sans aucun scrupule. Il fait même de nous, spectateurs, les complices de ses pensées les plus perverses. Il nous rend témoins de ses agissements les pires, telle que la séduction de Lady Anne, veuve éplorée à cause de lui. Son brio finit par nous séduire, nous aussi. L'humour, très noir, des propos de Richard III ressort
admirablement de son jeu et nous fait rire. Nous sommes sous le charme de l'acteur, devenu pourtant incarnation du mal. 

Et comme le reste de la distribution lui donne parfaitement la réplique, nous assistons à une très belle version du drame de Shakespeare. Il est remarquablement mis en scène par Philippe Calvario. Celui-ci reste fidèle à l'esprit de
Shakespeare qui ne lésinait pas sur le spectaculaire ; on voit donc beaucoup de sang, de meurtres, de spectres et autres faits singuliers sur scène. Le jeu des comédiens, lui, à l'instar des décors, demeure sobre, mais ménage quelques moments inattendus, telle la sortie de Richard III sur fond de « Sweet dreams » d'Eurythmics. C'est là que Calvario ajoute sa touche personnelle. Ces clins d'oeil anachroniques à l'univers du spectateur contemporain ont un effet heureux, ne dénaturant en rien l'intrigue shakespearienne. Les costumes, qui participent de cette touche personnelle, sont très réussis ; soulignons donc le talent de la costumière, Aurore Popineau. Les gardes royaux,
habillés par elle, prennent des allures de « guerriers des étoiles » et les petits brigands soudoyés par Richard III, des airs de blues brothers. Le spectacle fait ainsi preuve d'une grande recherche esthétique. Et si Richard ne fait finalement pas de « sweet dream», le public, lui, apprécie le défilé de spectres qui lui est offert et ressort ébahi par la beauté de la mise en scène.
                                                                     
Caroline Vernisse (avec www.theatrotheque.com)






Publié le 02 décembre 2005 à 08:47:11 dans Concert, culture, cinéma | Commentaires (0) |

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