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Entreprendre la cuisine


On imagine habituellement qu'un jeune homme de 23 ans suit encore ses études, ou bien accumule les petits boulots. Ce n'est pas le cas de Sébastien Porchy qui a choisi un tout autre chemin, non sans difficultés.




     Sébastien Porchy n'a pas échappé aux difficultés que notre jeunesse rencontre dans le milieu professionnel, mais ce jeune homme ambitieux est arrivé malgré tout à venir à bout des épines jetées sur son chemin, motivé par un énorme et étonnant désir d'être tout simplement son propre patron. Un pari fou ? Oui, certainement. Un jeune garçon de 23 ans, qui vient tout juste de quitter le milieu familial, et qui, il y a un an de ça, a été propulsé dans le milieu impitoyable des affaires. Mais quand on rencontre l'énergumène, on prend confiance, confiance en son projet, confiance en sa persévérance et en son pragmatisme. Il ne laisse rien au hasard.

Rares sont les personnes animées d'une telle passion. La sienne : la Cuisine. Il débute son apprentissage à l'école d'hôtellerie lyonnaise Jeanne de France où il décrochera son BEP. Mais au delà du diplôme, l'école lui a surtout permis de participer, en 2001, à un concours prestigieux de jeunes talents cuisiniers, le Cordons d'Or, à Monaco. Et c‘est parmi 50 000 challengers qu'il terminera lauréat. Dans le cadre d'un stage, il intégrera les cuisines du réputé palace Louis XV d'Alain Ducasse, grand chef étoilé internationalement reconnu.

Les propositions s'enchaînent mais Sébastien n'a toujours qu'une seule idée en tête, ouvrir son propre restaurant. Il lui faudra attendre cinq ans avant que l'opportunité ne se présente. Alors qu'il commence à se faire sa place dans l'univers de la gastronomie lyonnaise, on lui propose le rachat d'un restaurant.
Son rêve fou devient enfin réalité.

Mais le plus dur reste à venir. L'ouverture d'un restaurant demande de la motivation certes mais aussi de l'argent, beaucoup d'argent. Les démarches vers les établissements financiers commencent. Sébastien ne demande qu'à ce qu'une banque le soutienne et lui accorde un prêt. Les réponses négatives s'enchaînent malgré un dossier solide mais peut être trop audacieux pour nos grandes banques françaises. Les délais pour une réponse sont longs, trop longs pour Sébastien : «  la France est un des rares pays qui demandent autant de garanties. Le système français à tendance à  mettre des bâtons dans les roues surtout quand on est jeune et sans argent. Dans certains pays, il m'aurait fallu un mois pour ouvrir mon  restaurant, mais je suis en France et cela fait 1 an que je galère. »

     Les propos de Sébastien reflète bien la complexité pour un jeune d'investir dans un projet, quel que soit le domaine. Le système français devrait-il changer, faire plus confiance aux jeunes, faire en sorte d'accélérer le processus ?  Pour Sébastien, la question s'est posée, mais ne se pose plus car son prêt a été accordé par une banque il y a moins d'un mois. Il pourra donc concrétiser son projet au coeur de St Jean, place Enmond Fousseret (5ème), dans son restaurant La Maison qui ouvrira ses portes début juin.

Anais Sainz


Publié le 27 mars 2006 à 08:14:28 dans Métiers, emploi | Commentaires (0) |

ZITTO

. Spectacle de Christiane Véricel ; compagnie
Image aiguë.
Théâtre des Célestins. Du 22 au 26 mars 2006.




Théâtre de l'école ou école du théâtre ?


Le thème fédérateur de Zitto, dernier spectacle de
Christiane Véricel, c'est l'école. La metteuse en
scène parle essentiellement de réflexion autour de la
« transmission », mais l'on pourrait ajouter que Zitto
traite de l'éducation, de la communication et de
l'échange en général. Les saynètes éparses qui
composent la représentation abordent tous ces thèmes à
la fois de manière suggestive. Ce n'est aucunement un
théâtre didactique (même s'il met en scène l'école).
Il s'agit plutôt, pour la compagnie Image aiguë, de
présenter des « images » évocatrices à partir
desquelles chaque spectateur peut laisser courir son
imagination ; tantôt de se remémorer des souvenirs
d'enfance (« va te laver les mains ! »), tantôt de
s'interroger. Il est, ainsi, sollicité en permanence
par le défilé de personnages.
Ces personnages, ce sont les acteurs eux-mêmes :
chacun conserve son propre prénom, sa nationalité et
sa langue maternelle. C'est l'un des intérêts de ce
théâtre. Car, depuis qu'elle a fondé sa compagnie en
1983, Christiane Véricel parcourt le monde, à la
recherche de thèmes, d'acteurs, d'images, de musiques,
bref, de tout ce qui peut nourrir son inspiration. Ses
pièces, et Zitto la première, réunissent donc des
comédiens de tous âges et de toutes nationalités.
C'est bel et bien un théâtre de l'échange et de la «
transmission » : les grands enseignent le jeu aux
petits, qui, eux, apportent leur enthousiasme. Chacun
apprend de l'autre au sein de cette « école du théâtre
». La traditionnelle gérontocratie explose : il n'y a
plus d'enfants ni d'adultes, d'enseignant ni d'«
apprenant » mais seulement des individus qui partagent
leurs savoirs. Exit l'autorité à sens unique. C'est ce
que symbolise l'inversion des rôles : le « petit »
joue le grand-père radoteur, le « grand » incarne
l'élève indiscipliné... Un symbole humoristique.
Voilà donc une manière originale et légère de
reconstituer sur scène la fameuse tour de Babel. Cette
réunion des âges et des races possède le mérite de
construire une belle petite utopie, celle d'un monde
harmonieux où les hommes cohabitent dans la bonne
humeur. L'harmonie des êtres est d'ailleurs redoublée
par celle de la scénographie : les corps se meuvent
avec agilité devant un écran aux couleurs chatoyantes.
Scintillement de l'onde, tableaux impressionnistes ou
surréalistes se succèdent dans le film du décor.
Devant eux s'agitent vêtements colorés et draps blancs
au son d'une musique aux multiples influences. Le
spectacle est total.
Reste à savoir si c'est le spectacle de l'école ou une
école du spectacle. Car le fil directeur (le thème de
l'éducation) est souvent perdu de vue au profit de
scènes incongrues, d'exercices corporels qui
rappellent les cours de théâtre. L'ensemble est
finalement assez disparate et décousu (de fil rouge
!). On est interloqué, intéressé, voire charmé par ces
enfants qui jouent (dans les deux sens du terme), mais
pas pleinement convaincu. Peut-être nous faudrait-il
un cours sur cette démarche théâtrale...
Caroline Vernisse








Publié le 24 mars 2006 à 22:14:24 dans Concert, culture, cinéma | Commentaires (0) |

LYON, VILLE DU MONDE

Lyon, jadis capitale des Gaules, est aujourd'hui, au XXIème, partenaires de nombreuses villes européennes. Elle tente de faire partager ses compétences et son expérience dans un échange bilatéral.



       Depuis ces dernières années, la construction d'une Europe puissante et solidaire se concrétise au niveau de la diplomatie internationale mais également à l'échelle des communautés territoriales. Lyon, deuxième ville française, placée dans les 15 premières villes européennes, s'est engagée et ce depuis une quarantaine d'années à ce que ses atouts, qu'ils soient culturels, architecturaux, éducatifs et touristiques, rayonnent au-delà des frontières.

        Mais quels sont les intérêts communs de deux villes partenaires ( anciennement appelé « villes jumelées » ) ? 
Il s'agissait dans les années 70 simplement d'échanges culturels et sportifs. Les partenariats de la Ville de Lyon ont beaucoup évolué depuis. En effet, les pactes d'amitié signés entre Lyon et certaines grandes villes européennes s'exercent dans des domaines divers et variés. Ils dépendent néanmoins des spécificités de la ville partenaire. Le but est donc d'échanger une expérience, un savoir-faire économique et administratif et des relations privilégiées entre élus. En d'autres termes, l'objectif est d'établir une réelle interactivité entre les deux communes afin d'apporter à chacune d'entre elle une richesse, un patrimoine.


Les villes partenaires de Lyon

       La ville de Lyon est partenaire de nombreuses villes du sud et du nord de l'europe telles Barcelone, Turin, Birmingham, Leipzig (Allemagne), Francfort, Lodz (Pologne), Göteborg ( Suède). Mais son plus ancien jumelage a été créé avec la commune de Birmingham. Débuté en 1951, il représente aujourd'hui une coopération exemplaire. La ville britannique a d'ailleurs fondé une association lyonnaise afin de developper les coopérations dans des projets européens, les alliances dasn la recherche contre le cancer, les échanges universitaires...

Ces partenariats entre Lyon et les grandes villes internationales s'établissent dans un cadre plus large au travers de réseaux mondiaux qui lient les grandes agglomérations entre elles. Ils visent aussi à parrainer des villes défavorisées grâce à des organismes comme le CGLU (Cités et Gouvernements Locaux Unis, 400 maires du monde entier représentent leur ville auprès des Nations Unies) et Eurocities (121 villes de 32 pays européens).

Lyon est incontestablement la ville de province française la plus présente sur la scène internationale. Elle s'y investit activement afin d'être un acteur de premier plan dans l'évolution du monde.


Sources :                                                                                           Anaïs Sainz
HYPERLINK "http://www.lyon.fr" www.lyon.fr
HYPERLINK "http://www.Eurocities.org" www.Eurocities.org
HYPERLINK "http://www.lyon-France.com" www.lyon-France.com
HYPERLINK "http://www.birmingham.gov.uk" www.birmingham.gov.uk




Publié le 21 mars 2006 à 21:35:01 dans Toute l'info decalée | Commentaires (0) |

Contrat de Précarité Extrême ?

« ON NE SE LAISSERA PAS FAIRE

Parce qu'ils pensent qu'on va la fermer et marcher au pas

Parce que nous avons le droit de rêver à de vraies carrières

Parce qu'il y en a marre que les jeunes soient toujours la cible du gouvernement

DEMANDONS TOUS ENSEMBLE LE RETRAIT DU CPE »*





L' UNEF [Union Nationale des Etudiants de France] expose ironiquement une jeune femme « en solde », un « jeune jetable » corvéable à merci que les entreprises peuvent désormais s'offrir. Le ...., De Villepin a fait passer sa proposition de Contrat Première Embauche. Mais de quoi s'agit-il finalement ? Pourquoi ce déferlement de mouvements contestataires ? Revenons sur ce qu' Hélène Pasquier, présidente de l'UNEF à Lyon, juge être « une affaire de tous les salariés ».



On ne cessera pas de le rappeler : le taux de chômage chez les jeunes est de 23% en France (11% en Allemagne). La durée moyenne pour entrer et s'ancrer dans le marché du travail est de 8 à 11 ans. Pour le reste de l'Europe, c'est deux fois moins. Tels sont les premiers arguments mis en avant par le gouvernement : « il y a quelque chose qui s'impose à nous tous, c'est l'urgence de la situation à laquelle les jeunes sont confrontés » déclare De Villepin le 31 janvier, sur France 2. Personne ne peut le nier effectivement. Mais pour le Premier Ministre la réponse semble passer par l'autorisation du travail de nuit chez les jeunes dès 15 ans, l'apprentissage dès 14 ans au lieu de 16 et... par le CPE. Pour beaucoup, cette réponse est inacceptable. Plusieurs mesures ont été présentées dans le projet de loi sur l'égalité des chances, pour lutter contre le chômage des jeunes :



promouvoir l'alternance : « la première étape d'un vrai parcours d'embauche »
la mise en place d'un Contrat Première Embauche qui concerne les jeunes de plus de 20ans et de moins de 26ans, dans une entreprise de plus de 20 salariés.
l'exonération des charges patronales pendant trois ans pour les entreprises qui décident un CDI (classique ou CPE ou encore CNE), pour un jeune de moins de 26 ans au chômage.
un nouveau statut pour les stagiaires : tout stage de plus de 3 mois devra être indemnisé, les plus longs devront être reconnus comme « un élément du cursus universitaire ».


www.juritravail.com/chomage



En ce qui concerne le Contrat Première Embauche, la principale cause du mécontentement est la période d'essai imposée pendant deux ans (le droit du travail prévoit normalement 1 à 3 mois d'essai pour les CDI), période durant laquelle l'employeur peut à tout moment licencier le salarié, sans motif ni préavis. Ce dernier ayant droit à une allocation forfaitaire de 460 € pendant 2mois, soit 27 € de plus que le RMI. « Devant tant de largesses, c'est sans trop d'états d'âme que les entreprises pourront donc multiplier les CPE avec des salariés différents... » juge Charlie Hebdo (1/02/06), fidèle à lui-même. Une mesure injuste qui privilégie le seul employeur ? Pour l'UNEF, syndicat étudiant de gauche, le CPE est purement et simplement une façon d'entretenir les jeunes, main d'oeuvre malléable et à moindre coût, dans une situation de dépendance. Ces jeunes n'ayant pas les même droits que les autres salariés, peut-on parler d'une discrimination par l'âge ?

« Avec ce contrat, on revient à l'état du droit du travail d'avant 1973. L'employeur n'avait pas à motiver le licenciement, à donner de cause réelle et sérieuse pour se séparer d'un salarié », résume Philippe Masson, secrétaire générale de la CGT.

Pour ajouter au scandale généré par le projet, le gouvernement a fait accélérer sa procédure d'adoption en le faisant « passer en force » selon l'opinion de la majorité. En effet, pour Jean-Marc Ayrault, député PS, comme pour beaucoup d'autres, De Villepin aurait avancé les débats d'une quinzaine de jours et décrété l'urgence, par « peur de voir se lever un grand mouvement de contestation » contre le CPE, comme lorsque Balladur avait dû reculer face aux manifestations contre le CIP [contrat d'insertion professionnelle]. D'autre part, lorsque le 16 janvier, le Premier Ministre annonce son projet, de nombreux étudiants sont encore en partiels ou bien en vacances... Et pourtant ! « la mèche de la mobilisation est allumée », affirme Bruno Julliard, président de l'UNEF. C'est ainsi que le 31 janvier, les députés commencent à examiner le texte, examen initialement prévu mi-février, alors qu'une mobilisation nationale se met en place. Le mardi 7, c'est entre 9000 et 10 000 étudiants, lycéens et salariés qui partent de l'université (Manufacture des Tabacs/ 8ème) jusqu'à la place Bellecour (2ème). Le 20minutes compte entre 218 000 et 400 000 manifestants dans 187 villes de France. « la jeunesse n'est pas une maladie » crie t-on à tue-tête.



Pour justifier les qualités du CPE, Dominique de Villepin met en avant son Contrat Nouvel Embauche lancé cet été pour les entreprises de moins de 20 salariés, également assorti d'une période dite « de consolidation » (2ans). « A priori, on serait tenté de penser que le bilan de l'opération ne peut s'analyser qu'au bout de deux ans et qu'en moins de 6 mois on peut difficilement comptabiliser le nombre des véritables créations d'emploi à durée véritablement indéterminée... » ironise Charlie Hebdo.

Quels avantages pour le CPE ? Tandis que le blog « oui au CPE ! » (*1) propose l'équation : le CPE = un vrai salaire = un vrai CDI = droit à la formation = vrai progrès, Jean-Michel Dubernaud, député à la 3ème circonscription du Rhône, expose sur internet, l'inventaire ci-dessous :



- le CPE permet d'entrer directement sur le marché du travail avec un CDI (la période d'essai étant considérée comme un moyen de faire ses preuves), au lieu d'enchaîner les CDD et les périodes de chômage.

- Les stages, les CDD et le travail en alternance qui auraient pu être effectués auparavant dans la même entreprise, sont décomptés de la période de deux ans.

- La Fédération des Banques françaises ayant pris des engagements, les salariés en CPE auront accès à des cautions pour le logement et au crédit bancaire.

- Le chômage sera indemnisé au bout de 4 mois

- Le salarié bénéficie d'un droit à la formation pour combler ses lacunes dès la fin des premiers mois d'activité, alors qu'il faut compter un an pour un CDI classique ; cette formation n'existe pas pour les CDD. Exemple : maîtrise insuffisante de l'informatique ou d'une langue étrangère.





Le CPE va t-il créer des emplois ? a t-on demandé à Gérard Larcher, ministre délégué à l'emploi, dès le lendemain de la présentation du nouveau contrat. Cette question est plus que jamais d'actualité, le Contrat Première Embauche étant bientôt applicable.

Pour certains le CPE reste une opportunité, une porte de sortie à la situation de chômeur ; pour d'autres, il est un risque et même une menace. Profiter de ce contrat sans se bercer d'illusions semble être la position moyenne à adopter : le chômage reste en effet la vraie précarité, mais les bénéficiaires du CPE n'en sortiront pas pour autant.

Sur Internet comme partout les débats font rage. On se propose d'envisager un contrat unique, égalitaire des deux côtés où l'employé peut licencier n'importe quand et le salarié partir lorsqu'il le souhaite. On se demande si la France va bientôt adopter des contrats adaptables avec autant de contrats que d'employeurs...

Quels effets peut-on imaginer, à la suite de l'application de ce nouveau contrat ? Eventuellement moins de stagiaires et d'apprentis et plus d'embauches de débutants ? Donc un emploi, oui, mais sans perspective d'évolution ni salaire intéressant ? « Deux ans soumis à l'arbitraire patronale, dans l'impossibilité de réclamer un meilleur salaire, de se battre pour ses conditions de travail, ou de refuser de faire des heures supplémentaires », dénonce un prospectus (*2). Tous souhaiteraient au moins une garantie d'embauche à la fin des deux ans d'essai.





« C'est toujours mieux de se faire exploiter que de galérer à trouver un boulot en ayant pas une thune », résume amèrement un internaute. Malheureusement le premier emploi détermine plus que largement la place que l'on occupera tout au long de sa vie de salarié ; nous sommes dès lors confrontés à une précarisation durable. Un effet tout autre peut être la création d'une concurrence entre « jeunes et vieux », car un employeur aura plus tendance à embaucher un jeune qu'il pourra licencier facilement sans justification. Un fossé se creuse.

Enfin, à quinze mois de l'élection présidentielle, le texte du CPE reste un enjeu politique majeur, alors que Laurent Fabius fait la promotion de la contre proposition PS : le Contrat Sécurité Formation...







Emilie Drugeon













* tract du FIDL, syndicat lycéen

(*1) http://ouiaucpe.blogmilitant.com

(*2) www.stpcpe.net/69

Publié le 16 février 2006 à 09:58:06 dans Reportages | Commentaires (0) |

MAROCK

. Réalisé par Laïla Marrakchi ; présenté au
festival de Cannes 2005 (sélection officielle, un
certain regard). Sortie le 15 février 2006.


                       MAROCK

   Le jeu de mots illustre le paradoxe du Maroc d'aujourd'hui : partagés entre la tradition et les modèles occidentaux, beaucoup de jeunes marocains sont en quête d'identité. Rita (Morjana Alaoui) et ses amis sont de ceux-là. Passé le bac, que feront-ils ? Ils ne le savent pas encore, préférant profiter de leurs derniers moments d'insouciance, de ces moments où tout peut encore basculer, où le sort n'est pas fixé. Laïla Marrakchi les filme au quotidien : après-midi entre copains, cours au lycée, soirées en boîte de nuit, le tout dans un Casablanca pris, lui aussi, entre tradition et modernité. Illustration de cette tension entre deux cultures : la course en BMW dans les rues désertées pendant la prière. Car ces jeunes gens ne sont pas issus des bas quartiers ; ce sont tous des fils et filles de familles aisées. Tous iront étudier en Europe ou aux Etats-Unis après le bac. Tous ont voiture et chauffeur à leur disposition. Voilà la jeunesse dorée que la réalisatrice met en avant ici.
Loin des clichés sur un Maroc pauvre, en voie de développement, où les enfants travaillent au noir dans la rue, le Marock de Laïla Marrakchi prend le parti original de montrer cette couche sociale huppée.


   Cependant, son intérêt ne réside pas que dans l'aspect documentaire et sociologique. Marock est aussi une histoire d'amour, d'amitié et de conflits
religieux. L'amitié, c'est celle qui existe entre Rita et deux autres filles de son âge, Sofia et Asmaa, avec qui elle partage toutes ses émotions. Quant à l'histoire d'amour, elle commence quand Rita aperçoitle beau Youri (Matthieu Boujenah) : coup de foudre, attente inquiète, rencontre fortuite, balade sur la plage... tous les cliché sont alors réunis, sans que le film sombre pour autant dans l'eau de rose. Seul obstacle à leur amour : elle est musulmane, il est juif. On n'est pas loin de Roméo et Juliette, mais version « romantique rock », comme se plaît Laïla Marrakchi à définir son film. Elle trouve, en effet, un ton léger et une atmosphère rock qui confèrent un
caractère particulier à cette situation romanesque plutôt banale au départ. Bercés par la bande originale (Ronnie Bird, Orange Juice, The Auteurs, La Mano Negra et le Rock'n'roll Suicide de David Bowie), nous nous laissons transporter à Casablanca où nous suivons le parcours de l'héroïne avec intérêt jusqu'au bout. C'est sans doute la fraîcheur et l'enthousiasme de la jeune actrice, Morjana Alaoui, qui sont communicatifs. Ce sont d'ailleurs les termes qui définissent le mieux ce premier film, tout à fait séduisant.
                       Caroline Vernisse

Publié le 14 février 2006 à 10:30:31 dans Concert, culture, cinéma | Commentaires (0) |

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