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Contrat de Précarité Extrême ?

« ON NE SE LAISSERA PAS FAIRE

Parce qu'ils pensent qu'on va la fermer et marcher au pas

Parce que nous avons le droit de rêver à de vraies carrières

Parce qu'il y en a marre que les jeunes soient toujours la cible du gouvernement

DEMANDONS TOUS ENSEMBLE LE RETRAIT DU CPE »*





L' UNEF [Union Nationale des Etudiants de France] expose ironiquement une jeune femme « en solde », un « jeune jetable » corvéable à merci que les entreprises peuvent désormais s'offrir. Le ...., De Villepin a fait passer sa proposition de Contrat Première Embauche. Mais de quoi s'agit-il finalement ? Pourquoi ce déferlement de mouvements contestataires ? Revenons sur ce qu' Hélène Pasquier, présidente de l'UNEF à Lyon, juge être « une affaire de tous les salariés ».



On ne cessera pas de le rappeler : le taux de chômage chez les jeunes est de 23% en France (11% en Allemagne). La durée moyenne pour entrer et s'ancrer dans le marché du travail est de 8 à 11 ans. Pour le reste de l'Europe, c'est deux fois moins. Tels sont les premiers arguments mis en avant par le gouvernement : « il y a quelque chose qui s'impose à nous tous, c'est l'urgence de la situation à laquelle les jeunes sont confrontés » déclare De Villepin le 31 janvier, sur France 2. Personne ne peut le nier effectivement. Mais pour le Premier Ministre la réponse semble passer par l'autorisation du travail de nuit chez les jeunes dès 15 ans, l'apprentissage dès 14 ans au lieu de 16 et... par le CPE. Pour beaucoup, cette réponse est inacceptable. Plusieurs mesures ont été présentées dans le projet de loi sur l'égalité des chances, pour lutter contre le chômage des jeunes :



promouvoir l'alternance : « la première étape d'un vrai parcours d'embauche »
la mise en place d'un Contrat Première Embauche qui concerne les jeunes de plus de 20ans et de moins de 26ans, dans une entreprise de plus de 20 salariés.
l'exonération des charges patronales pendant trois ans pour les entreprises qui décident un CDI (classique ou CPE ou encore CNE), pour un jeune de moins de 26 ans au chômage.
un nouveau statut pour les stagiaires : tout stage de plus de 3 mois devra être indemnisé, les plus longs devront être reconnus comme « un élément du cursus universitaire ».


www.juritravail.com/chomage



En ce qui concerne le Contrat Première Embauche, la principale cause du mécontentement est la période d'essai imposée pendant deux ans (le droit du travail prévoit normalement 1 à 3 mois d'essai pour les CDI), période durant laquelle l'employeur peut à tout moment licencier le salarié, sans motif ni préavis. Ce dernier ayant droit à une allocation forfaitaire de 460 € pendant 2mois, soit 27 € de plus que le RMI. « Devant tant de largesses, c'est sans trop d'états d'âme que les entreprises pourront donc multiplier les CPE avec des salariés différents... » juge Charlie Hebdo (1/02/06), fidèle à lui-même. Une mesure injuste qui privilégie le seul employeur ? Pour l'UNEF, syndicat étudiant de gauche, le CPE est purement et simplement une façon d'entretenir les jeunes, main d'oeuvre malléable et à moindre coût, dans une situation de dépendance. Ces jeunes n'ayant pas les même droits que les autres salariés, peut-on parler d'une discrimination par l'âge ?

« Avec ce contrat, on revient à l'état du droit du travail d'avant 1973. L'employeur n'avait pas à motiver le licenciement, à donner de cause réelle et sérieuse pour se séparer d'un salarié », résume Philippe Masson, secrétaire générale de la CGT.

Pour ajouter au scandale généré par le projet, le gouvernement a fait accélérer sa procédure d'adoption en le faisant « passer en force » selon l'opinion de la majorité. En effet, pour Jean-Marc Ayrault, député PS, comme pour beaucoup d'autres, De Villepin aurait avancé les débats d'une quinzaine de jours et décrété l'urgence, par « peur de voir se lever un grand mouvement de contestation » contre le CPE, comme lorsque Balladur avait dû reculer face aux manifestations contre le CIP [contrat d'insertion professionnelle]. D'autre part, lorsque le 16 janvier, le Premier Ministre annonce son projet, de nombreux étudiants sont encore en partiels ou bien en vacances... Et pourtant ! « la mèche de la mobilisation est allumée », affirme Bruno Julliard, président de l'UNEF. C'est ainsi que le 31 janvier, les députés commencent à examiner le texte, examen initialement prévu mi-février, alors qu'une mobilisation nationale se met en place. Le mardi 7, c'est entre 9000 et 10 000 étudiants, lycéens et salariés qui partent de l'université (Manufacture des Tabacs/ 8ème) jusqu'à la place Bellecour (2ème). Le 20minutes compte entre 218 000 et 400 000 manifestants dans 187 villes de France. « la jeunesse n'est pas une maladie » crie t-on à tue-tête.



Pour justifier les qualités du CPE, Dominique de Villepin met en avant son Contrat Nouvel Embauche lancé cet été pour les entreprises de moins de 20 salariés, également assorti d'une période dite « de consolidation » (2ans). « A priori, on serait tenté de penser que le bilan de l'opération ne peut s'analyser qu'au bout de deux ans et qu'en moins de 6 mois on peut difficilement comptabiliser le nombre des véritables créations d'emploi à durée véritablement indéterminée... » ironise Charlie Hebdo.

Quels avantages pour le CPE ? Tandis que le blog « oui au CPE ! » (*1) propose l'équation : le CPE = un vrai salaire = un vrai CDI = droit à la formation = vrai progrès, Jean-Michel Dubernaud, député à la 3ème circonscription du Rhône, expose sur internet, l'inventaire ci-dessous :



- le CPE permet d'entrer directement sur le marché du travail avec un CDI (la période d'essai étant considérée comme un moyen de faire ses preuves), au lieu d'enchaîner les CDD et les périodes de chômage.

- Les stages, les CDD et le travail en alternance qui auraient pu être effectués auparavant dans la même entreprise, sont décomptés de la période de deux ans.

- La Fédération des Banques françaises ayant pris des engagements, les salariés en CPE auront accès à des cautions pour le logement et au crédit bancaire.

- Le chômage sera indemnisé au bout de 4 mois

- Le salarié bénéficie d'un droit à la formation pour combler ses lacunes dès la fin des premiers mois d'activité, alors qu'il faut compter un an pour un CDI classique ; cette formation n'existe pas pour les CDD. Exemple : maîtrise insuffisante de l'informatique ou d'une langue étrangère.





Le CPE va t-il créer des emplois ? a t-on demandé à Gérard Larcher, ministre délégué à l'emploi, dès le lendemain de la présentation du nouveau contrat. Cette question est plus que jamais d'actualité, le Contrat Première Embauche étant bientôt applicable.

Pour certains le CPE reste une opportunité, une porte de sortie à la situation de chômeur ; pour d'autres, il est un risque et même une menace. Profiter de ce contrat sans se bercer d'illusions semble être la position moyenne à adopter : le chômage reste en effet la vraie précarité, mais les bénéficiaires du CPE n'en sortiront pas pour autant.

Sur Internet comme partout les débats font rage. On se propose d'envisager un contrat unique, égalitaire des deux côtés où l'employé peut licencier n'importe quand et le salarié partir lorsqu'il le souhaite. On se demande si la France va bientôt adopter des contrats adaptables avec autant de contrats que d'employeurs...

Quels effets peut-on imaginer, à la suite de l'application de ce nouveau contrat ? Eventuellement moins de stagiaires et d'apprentis et plus d'embauches de débutants ? Donc un emploi, oui, mais sans perspective d'évolution ni salaire intéressant ? « Deux ans soumis à l'arbitraire patronale, dans l'impossibilité de réclamer un meilleur salaire, de se battre pour ses conditions de travail, ou de refuser de faire des heures supplémentaires », dénonce un prospectus (*2). Tous souhaiteraient au moins une garantie d'embauche à la fin des deux ans d'essai.





« C'est toujours mieux de se faire exploiter que de galérer à trouver un boulot en ayant pas une thune », résume amèrement un internaute. Malheureusement le premier emploi détermine plus que largement la place que l'on occupera tout au long de sa vie de salarié ; nous sommes dès lors confrontés à une précarisation durable. Un effet tout autre peut être la création d'une concurrence entre « jeunes et vieux », car un employeur aura plus tendance à embaucher un jeune qu'il pourra licencier facilement sans justification. Un fossé se creuse.

Enfin, à quinze mois de l'élection présidentielle, le texte du CPE reste un enjeu politique majeur, alors que Laurent Fabius fait la promotion de la contre proposition PS : le Contrat Sécurité Formation...







Emilie Drugeon













* tract du FIDL, syndicat lycéen

(*1) http://ouiaucpe.blogmilitant.com

(*2) www.stpcpe.net/69

Publié le 16 février 2006 à 09:58:06 dans Reportages | Commentaires (0) |

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