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Le cochon est il une série de tranches de jambon?


Texte et mise en scène de Pascale Henry.
Théâtre de la Croix Rousse. Du 4 au 6 avril 2006.



            Question(s) existentielle(s)

     Le titre de la pièce de Pascale Henry est éloquent, d'abord parce que le questionnement appelle
d'emblée une attitude réflexive du spectateur, ensuite, et surtout, parce que l'interrogation paraît tellement légère qu'elle en est suspecte. Peut-on vraiment s'interroger sur un thème aussi absurde ?
Pire : peut-on monter un spectacle autour d'une telle question ?
    

 La réponse est oui. Pascale Henry, femme de théâtre expérimentée, metteur en scène, auteur et actrice, prend le motif du cochon (notamment sous sa forme ultime de tranche de jambon) comme métaphore. Le sous-titre de la pièce l'indique clairement : « Cacophonie ou manifeste pour la sauvegarde de la métaphore ». Mais métaphore de quoi ?... C'est la véritable question qui se pose finalement. De tout et de rien : voilà la réponse qui s'impose à tout
spectateur, ni plus ni moins intelligent que la moyenne. La femme qui ne veut pas qu'on la « baise »
crie comme un cochon, idem pour le condamné à mort qui ne veut pas qu'on le tue et pour tout être humain qui souffre. Le cochon s'avère être un comparant universel !
     

Le problème, si c'en est un, c'est que le lien entre les différents comparés n'apparaît pas aisément : quel rapport entre les voix de l'oubli, de la menace, des pensées inaudibles, de la femme qui aime, des enragés, du supermarché, de Jeanne d'Arc et des chuchotements ? Car ce sont ces huit voix qui se mêlent et s'entremêlent dans une « cacophonie » insensée. Le sens est sans doute là, dans l'incohérence même : ces voix qui résonnent à nos
oreilles ne seraient que les échos plaintifs de notre société. Et Pascale Henry de nous livrer une parabole sur l'absurdité de cette société de consommation : un monde où ce qui n'est pas sur un rayon n'a pas de prix
et, par conséquent, n'existe pas. « Je coûte, donc je suis » serait le nouveau credo de l'homme, dénoncé par
le metteur en scène. Les huit voix seraient ainsi réunies en une seule : celle de la révolte.
   
  Elles ne sont pourtant pas désincarnées. Sorties tout droit de la bouche de cinq femmes (quatre comédiennes remarquables et une acrobate pendue au bout de sa corde, tout aussi douée), elles acquièrent même une résonance particulière grâce à leur expression corporelle. De scènes pathétiques en intermèdes musicaux (aux allures de séances d'aérobic), la présence physique des actrices et de la voltigeuse s'impose de manière frappante. Les tableaux sont inégaux, mais elles restent convaincantes. Devant des panneaux de verre et de banales chaises en
plastique, symboles d'une société aseptisée, elles évoluent avec aisance, nous tirant de temps à un autre
un sourire amusé.

Alors la pièce est-elle une série de saynètes sans queue ni tête (de cochon) ? Oui et non. Disons, pour compléter cette réponse de normand, que chacun y verra ce qu'il voudra bien y voir, mais que l'une des huit voix devrait forcément lui parler.                                             
 
 Caroline Vernisse (en partenariat avec www.theatrotheque.com)



Publié le 07 avril 2006 à 10:54:02 dans Concert, culture, cinéma | Commentaires (0) |

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