
. Spectacle de Christiane Véricel ; compagnie
Image aiguë.
Théâtre des Célestins. Du 22 au 26 mars 2006.
Théâtre de l'école ou école du théâtre ?
Le thème fédérateur de Zitto, dernier spectacle de
Christiane Véricel, c'est l'école. La metteuse en
scène parle essentiellement de réflexion autour de la
« transmission », mais l'on pourrait ajouter que Zitto
traite de l'éducation, de la communication et de
l'échange en général. Les saynètes éparses qui
composent la représentation abordent tous ces thèmes à
la fois de manière suggestive. Ce n'est aucunement un
théâtre didactique (même s'il met en scène l'école).
Il s'agit plutôt, pour la compagnie Image aiguë, de
présenter des « images » évocatrices à partir
desquelles chaque spectateur peut laisser courir son
imagination ; tantôt de se remémorer des souvenirs
d'enfance (« va te laver les mains ! »), tantôt de
s'interroger. Il est, ainsi, sollicité en permanence
par le défilé de personnages.
Ces personnages, ce sont les acteurs eux-mêmes :
chacun conserve son propre prénom, sa nationalité et
sa langue maternelle. C'est l'un des intérêts de ce
théâtre. Car, depuis qu'elle a fondé sa compagnie en
1983, Christiane Véricel parcourt le monde, à la
recherche de thèmes, d'acteurs, d'images, de musiques,
bref, de tout ce qui peut nourrir son inspiration. Ses
pièces, et Zitto la première, réunissent donc des
comédiens de tous âges et de toutes nationalités.
C'est bel et bien un théâtre de l'échange et de la «
transmission » : les grands enseignent le jeu aux
petits, qui, eux, apportent leur enthousiasme. Chacun
apprend de l'autre au sein de cette « école du théâtre
». La traditionnelle gérontocratie explose : il n'y a
plus d'enfants ni d'adultes, d'enseignant ni d'«
apprenant » mais seulement des individus qui partagent
leurs savoirs. Exit l'autorité à sens unique. C'est ce
que symbolise l'inversion des rôles : le « petit »
joue le grand-père radoteur, le « grand » incarne
l'élève indiscipliné... Un symbole humoristique.
Voilà donc une manière originale et légère de
reconstituer sur scène la fameuse tour de Babel. Cette
réunion des âges et des races possède le mérite de
construire une belle petite utopie, celle d'un monde
harmonieux où les hommes cohabitent dans la bonne
humeur. L'harmonie des êtres est d'ailleurs redoublée
par celle de la scénographie : les corps se meuvent
avec agilité devant un écran aux couleurs chatoyantes.
Scintillement de l'onde, tableaux impressionnistes ou
surréalistes se succèdent dans le film du décor.
Devant eux s'agitent vêtements colorés et draps blancs
au son d'une musique aux multiples influences. Le
spectacle est total.
Reste à savoir si c'est le spectacle de l'école ou une
école du spectacle. Car le fil directeur (le thème de
l'éducation) est souvent perdu de vue au profit de
scènes incongrues, d'exercices corporels qui
rappellent les cours de théâtre. L'ensemble est
finalement assez disparate et décousu (de fil rouge
!). On est interloqué, intéressé, voire charmé par ces
enfants qui jouent (dans les deux sens du terme), mais
pas pleinement convaincu. Peut-être nous faudrait-il
un cours sur cette démarche théâtrale...
Caroline Vernisse