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REQUIEM POUR UNE NONNE

. Texte d'Albert Camus, d'après William Faulkner ; mise en scène de Jacques Lassalle.
TNP. Du 14 au 21 janvier 2006.


Requiem for a « bad dream »

Le rideau se lève sur Nancy Manigoe (Martine Maximin), ancienne prostituée, noire, devenue gouvernante des
Stevens : elle est condamnée à mort pour le meurtre de l'enfant de ses patrons. La pièce semble s'ouvrir sur un tableau final. Cependant, Gavin, l'oncle des Stevens et avocat de la meurtrière (double fonction étonnante !), n'a pas dit son dernier mot. Tel un ange noir, une sorte de voix de la (mauvaise) conscience, il va hanter le domicile de ses neveux, Gowan et Temple, afin de faire avouer cette dernière... mais avouer quoi ? C'est tout l'enjeu de ce drame humain, écrit par Faulkner en 1951 et adapté pour le théâtre par Camus en 1956.


Une tension, sourde et pesante, liée à l'aveu sans cesse différé, s'instaure alors et perdure tout le temps de la représentation. Lenteur et intensité caractérisent les échanges entre les protagonistes. Ainsi se fait sentir le poids qui les accable ; tous semblent vaguement coupables sans que l'on sache de quoi. Et leur passé de ressurgir par bribes, des bribes que Temple nous livre au compte-goutte. C'est ce passé, mystérieux fardeau des Stevens, qui
constitue le noeud de l'intrigue. Petit à petit, nous allons découvrir l'histoire de Temple Drake, devenue Temple Stevens, et de sa rencontre avec Nancy Manigoe. Mais il nous faut attendre deux heures trente avant d'en connaître le fin mot. Car, si Temple n'est pas sur le divan du psychanalyste, c'est tout comme : ses souvenirs remontent péniblement à la surface.

Oscillant entre indépendance et soumission, entre sarcasme et honnêteté naïve, elle finit tout de même par lever le voile sur les huit dernières années de sa vie. Dans ce rôle de femme mystérieuse et fragile, Marie-Josée Croze est irréprochable. Son jeu acquiert une intensité qui convient parfaitement au rôle. Face à elle, Scali Delpeyrat incarne un mari faible, mais capable d'autodérision. Son interprétation de Gowan est convaincante. Lui et Temple se débattent avec leurs vieux démons sous le regard placide de l'oncle Gavin. Joué par Jacques Lassalle, ce dernier est le témoin, ou plutôt le metteur en scène de la tragédie : il donne un coup de pouce au destin en accouchant les esprits et en amenant ses neveux à la vérité nue. Voilà d'ailleurs une discrète mise en abyme de son rôle de metteur en scène de Requiem pour une nonne. Force tranquille, il donne le ton et le rythme de la représentation. Un rythme qu'on aurait aimé plus soutenu, mais qui semble convenir à une intrigue faite de tension et de mystère, qui repose sur le dévoilement des individus. De « l'autre côté des miroirs » qui encadrent la scène, se cachent des êtres
coupables et victimes à la fois, des êtres humains tout simplement. La réussite de la pièce est là, dans la révélation des personnes.
                                        Caroline Vernisse (en partenariat avec www.theatrotheque.com)



Publié le 20 janvier 2006 à 08:49:01 dans Concert, culture, cinéma | Commentaires (0) |

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