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Universités : un long chemin à parcourir



    S'agit-il du chemin séparant le bout de la file d'attente au secrétariat, ou bien plutôt des progrès indispensables que devraient entreprendre l'administration des facultés ?


    Les quatre universités de Lyon ont-elles gagné leur pari ? Sont-elles effectivement capables de gérer plus de 20 000 étudiants ? A l'université Lyon 3, le directeur Guy Lavorel parle de l' « effort optimum » réalisé
par les 450 membres du personnel administratif. Ce chiffre vient d'ailleurs d'être revu à la baisse : une façon plus économique de voir les choses pour une augmentation récente de 60€ des frais d'inscriptions... « Vous voulez
un quatre étoiles en payant un deux chambres ! » avait lancé Mr Kervevan, secrétaire général des filières de droit.

Rappelons que cet « effort optimum » s'élève tout de même à 150€ de frais d'inscriptions en moyenne, contre 98€ en 1992. Depuis la réforme LMD (Licence Master Doctorat), réforme « d'harmonisation des diplômes », ces
chiffres ne peuvent cependant être fixes : ils varient selon les filières, les années et les universités, renforçant par là l'inégalité des droits. Ce prix comprenant ou non, d'ailleurs, l'accès à la bibliothèque, aux outils informatiques, au service des sports etc. La loi est claire : « elle autorise les universités à appliquer des frais d'inscription
supplémentaires à condition qu'ils correspondent à des prestations facultatives... », explique « le mag' des lycéens et étudiants lyonnais », A Venir Lyon (numérod'octobre).


Mais que se passe t-il concrètement intra muros ? Sur les quais, à la Manufacture, le constat est accablant : venir pour des renseignements et constater que des gens susceptibles d'être informés le sont encore moins que vous, téléphoner une dizaine de fois avant que l'on daigne décrocher...Quel étudiant ne s'est jamais déplacé pour rien, faute d'avoir été prévenu d'un changement d'horaires ou de tout autre soucis ? « L'année dernière, ils ont réussi à afficher un déplacement de travaux dirigés [TD] sur le mauvais panneau. Donc, dans mon TD, on ignorait le
changement et la prof pensant qu'on était au courant est venue pour rien. Tout le monde est venu pour rien.  Mais le premier prix revient à l'affichage de l'absence d'un prof une semaine APRES qu'il
ait été absent», peut-on lire sur le forum de l'université.* 
C'est à qui obtiendra la palme d'or de l'ironie ; les internautes allant jusqu'à se demander quelle année doit être élue «millésime de l'administration »... 

Mais ces étudiants ne s'expriment pas seulement dans l'ombre. A l'initiative du CVSE, Collectif national pour un Vrai Syndicat Etudiant (cvse.lyon@caramail.com), les étudiants en droit prennent actuellement les choses en main.
Témoignant de la présence d'un conflit bien réel, ils ont ainsi décidé de présenter une pétition au doyen de droit et au conseil d'administration de Lyon 3 :
« Qu'on ne nous fasse pas croire que le personnel est responsable ! Jamais une rentrée n'a été aussi catastrophique à Lyon-3 ! (...) Il y a un Conseil d'Administration où nous sommes sensés être représentés par des élus étudiants. Ils savent ce qui se passent. Pourquoi ce silence ? Ne doivent-ils pas exiger qu'on arrête de nous entasser dans des TD toujours plus bondés, qu'on arrête de supprimer des heures de cours (plus qu'une vingtaine d'heures pour les Licence 1 droit contre 33h il y a 4 ans) », voit-on écrit noir sur blanc. Une large case blanche propose : « Indiquez ici vos
remarques, revendications, problèmes et questions. Nous les communiquerons en délégation ».
 Ces étudiants seront-ils pris au sérieux, gagneront-ils en crédibilité ?
En effet, c'est malheureusement bien souvent que les membres du personnel ont le préjugé de considérer l'étudiant comme un éternel râleur insatisfait. Mais la part des choses doit être faite entre les critiques constructives et
ceux qui ne sont jamais contents. De plus comment raisonner autrement s'il n'y a jamais aucun écho positif du travail fourni ?  Le site de l'université vient par exemple d'être revu et éclairci, avec un accès à l'intranet : « Vous aurez à disposition toutes les pages publiques du site mais surtout vous aurez accès à toutes les ressources privées sans avoir à vous authentifier de multiples fois  (...). Naviguez sur les sites  : allez consulter les encyclopédies sur le site de la bibliothèque, consultez votre bureau virtuel ... », indique le site de Lyon 3. De même, depuis le 11 octobre, des bornes Wi-Fi sont progressivement mises en place sur l'ensemble des bâtiments de la Manufacture des Tabacs, permettant une connexion gratuite à Internet pour ceux qui ont la chance d'avoir un ordinateur portable. Ces perfectionnements sont passés sous silence.


Qu'en est-il de l'opinion du corps enseignant ? 
Tout comme l'administration, le professorat n'ayant répondu aux offres de libre expression proposées, leur avis ne pourra être exposé qu' indirectement : « L'un de mes profs (*anonyme) n'arrête pas de se plaindre et critiquer toute
l'administration, et notamment les services des salles et informatique. Il parle de fonder un Lyon 4 où tout le travail aussi bien pédagogique qu'administratif serait fait par des juristes. C'est une idée géniale je pense », avoue un
étudiant.*
D'autres ajoutent : « L'un de nos professeurs (*anonyme) se plaint que l'université soit aux mains des ordinateurs... Il enrage car si l'ordinateur dit qu il n'y pas de salle de libre c'est parole d'évangile... Dans cette fac ce sont les ordinateurs qui dirigent tout ! Même si physiquement on peut prouver qu'il y a une salle vide... elle ne l'est pas si l'ordinateur l'a décidé ! » *



Cette rentrée 2006, marquée par l'application du plan LMD dans toutes les universités de France et donc par la liquidation des diplômes et programmes nationaux, se veut particulièrement agitée. Les syndicats étudiants mettent tout en oeuvre pour se faire entendre. Les problèmes administratifs rencontrés ne sont pas nouveaux ou récents.
Mais comme le résume parfaitement une étudiante : « (...) Je ne mettrai pas tout sur le dos [des secrétaires], (...) je me doute que ça ne doit pas être toujours facile de tout concilier, mais du point de vue des étudiants,
c'est insupportable et comme je suis étudiante, je ne peux que protester! »*
A l'heure du jour, le Collectif national pour un Vrai Syndicat Etudiant a obtenu d'être reçu en délégation par Mr Kervevan.
Et la suite ?


* www.forumlyon3.com


Emilie Drugeon

Illustration: un long chemin, de Florian Piento



Publié le 30 novembre 2005 à 19:14:30 dans Reportages | Commentaires (0) |

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