Il y a ceux qui en ont peur, ceux qui en sont gagas... même si les chiens ont leur place parmi nous depuis toujours, il n'est pas forcément évident de les intégrer à la vie en communauté urbaine. Qu'en est-il de leur bien être en ville?
Propriétaires non-citoyens s'abstenir...
Dans le Vésinet, en Ile de France, de petits cornets en carton sont distribués à la mairie, chez les vétérinaires, en animalerie... A Lyon, ce sont des sacs noirs en plastique qui sont destinés à ramasser les crottes de nos chers toutous : le site de la mairie décompte une cinquantaine de distributeurs et environ 12 espaces d'hygiène éparpillés dans la ville. Au goût de chacun, ces lieux mériteraient d'être multipliés, de façon à ne plus faire des pattes et des mains pour conserver la propreté de sa peau et surtout, des trottoirs. Pour exemple, ce témoignage de Wonderkiki (paru sur le blog de i-canut) qui en dit long sur l'exaspération des habitants : « je propose la nomination des rues au concours de Laquelle est la plus sale ? Pour la place de 1e dauphine, je propose la rue de Cuire. Je la parcours régulièrement pour aller faire trois courses à Monoprix et aller à la bibliothèque municipale et je constate que cette rue ne semble ne jamais avoir été nettoyée. Autant dire qu'elle pue (désolée mais il n'y a pas d'autre mot) : la pisse et la crotte (...). »
Certains objecteront immédiatement qu'il ne suffit pas d'avoir le fameux sac sous les yeux pour s'en servir... Et pour preuve, qui n'a jamais mis le mauvais pied dedans [ .....], de bon matin ? Vous l'aurez compris, les déjections canines sont l'une des préoccupations majeures des communautés urbaines et la première cause de « dérapage » des habitants... Chaque année, 40 000 tonnes de déjections pour 180 000 chiens environ, sont ramassées par la ville de Lyon.
Mais le chien ne se réduit pas à ses crottes. L'animal est aussi essentiel au paysage urbain que nos braves pigeons, contribuant à la biodiversité.
« Sans animaux, la ville meurt. », précise à ce propos Geneviève Bernardin, Chargée de mission Animalité Urbaine*.
Par ailleurs, le chien sait se faire apprécier des humains grâce à ses nombreux service rendus : guide pour aveugles, bien souvent médiateur des exclus, intimidateur de cambrioleurs... Il est donc de notre devoir de veiller à leur bien être dans ce milieu urbain agressif qui n'est pas le leur. Or un chien qui ne court pas, ne joue pas, ne renifle pas, ne jappe pas, ne mordille pas, ne s'ébroue pas, est un chien dénaturé.
En ville, l'idéal semble être ces espaces réservés à leurs ébats, à leur détente, lieux également propices à la conversation, à la socialisation de leurs propriétaires. Près du vélodrome, dans le parc de la Tête d'or, les habitués ont leurs heures. Polly, Smorky, Artic, Junior, Youni,Tempête, Lally, Husk et tellement d'autres se retrouvent. Mais comme le rappelle G. Bernardin, la signalétique concernant ces espaces doit être absolument développée : une grande majorité sait bien qu'il est interdit de lâcher son chien partout... mais finalement, où peut-on le faire ? Il s'agit aussi d'une signalétique de rencontre possible entre l'homme et l'animal ; où peut-on l'observer, le découvrir ? Un support fort de communication, médiatique et de proximité, s'avère donc nécessaire, tout comme la construction d'autres espaces. La Croix-Rousse fait partie de ces quartiers qui n'en possèdent aucun. Paradoxalement, des cours gratuits d'éducation canine et des balades y ont été organisés depuis avril. Des chiens vivent donc dans ce 4ème arrondissement... A l'issu de ces journées, 60 diplômes ont été remis aux participants, dans un esprit de pédagogie et d'encouragement.. La collectivité témoigne ainsi de sa reconnaissance pour l'effort fourni, tout en incitant le participant à devenir une référence et un interlocuteur. Car le citoyen responsable, celui qui sait gérer son chien (propreté, conduite, bien-être...), doit être entendu. L'une des organisatrices, Madame Bernardin, envisage de faire évoluer ces diplômes en autorisations d'accès aux transports en commun. Pour le moment, on voit naître un début de tolérance en dehors des heures de pointe. Mais par exemple, pourquoi ne pas autoriser les lignes de bus rejoignant le parc de Miribel Jonage, ou celles menant aux espaces réservés ? Mme Bernardin s'appuie sur l'exemple de la ville de Turin qui a fait cette démarche de formation des maîtres. Or, en quelques mois le taux d'insécurité dans les transports a visiblement diminué : « Lorsqu'il y a des chiens bien conduits, présents sur l'espace public ou dans les transports, on est plus détendu, les choses se passent mieux et la sécurité est plus grande. Pourquoi se passer d'une chose aussi simple ? »
Actuellement c'est le 6ème arrondissement qui profite des cours d'éducation canine, encadrés par des spécialistes, tel l'éducateur Marc Meunier: « Le Grand Lyon, la Ville de Lyon et la Mairie du 6ème proposent ces rendez-vous pour faciliter la cohabitation homme-animal en ville et améliorer notre cadre de vie », explique le prospectus. La mission animalité urbaine a aussi pour projet la création de modules interactifs en direction des enfants. Trois intervenants humains et trois canins se présenteront devant des demi-classes d'une quinzaine d'élèves afin de les informer des démarches effectuées. Objectifs de la démarche : laisser les enfnats s'exprimer face à l'animal tout en leur expliquant comment prévenir un accident.
Le premier octobre a été inauguré la fête mondiale des animaux. Parmi eux, le chien.
« On se réclame d'espaces publics partagés, de lien social, de cohésion... Il faut faire en sorte qu'ils soient réellement partageables », rappelle G. Bernardin. En effet, respect et tolérance réciproques sont primordiaux, face à la présence du chien en ville, qui pose bien trop de questions pour ne pas être entendues. Il est essentiel de sécuriser le passant, de responsabiliser le propriétaire, et de veiller au bien-être de nos compagnons à quatre pattes. De cette façon, les balades canines deviendront peut-être bientôt aussi simples et évidentes que les rando-rollers.
Emilie Drugeon
RDV le 3 décembre pour le spectacle « chien lumière », avec la Fédération Nationale des chiens guides... (renseignement au centre d'animalité urbaine)
*Animalité urbaine
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