Colline religieuse au Moyen-âge, puis travailleuse à l'époque moderne, les pentes de la Croix-Rousse ont subi de nombreuses mutations siècle après siècle. Urbanisation, turnover des habitants, destruction, réhabilitation....En ce début de XXIème siècle, l'équipe municipale a décidé d'agir sur trois axes de développement pour rendre le quartier plus agréable : la réhabilitation de l'habitat, les espaces verts, le stationnement et la circulation.
Des rues étroites, une histoire forte, berceau des révoltes ouvrières, une identité particulière, une antre culturelle, un patchwork d'associations...voilà ce qui peut caractériser le quartier des pentes de la Croix-Rousse, quartier qui donne du fil à retordre quant à son mode de réaménagement. « Nous devons composer avec quatre facteurs sur les pentes de la Croix-Rousse, explique Gilles Buna, ancien maire Vert du 1er arrondissement et actuel adjoint à l'urbanisme : une topographie particulière de fait de sa déclivité, un bâti dense, une population importante et des rues étroites. » Ces éléments font que les politiques successives en matière d'urbanisme n'ont pas toujours été un succès. Bâtis en 50 ans au XIXème siècle, les immeubles des pentes ont eu pour vocation d'abriter les ateliers-logements des canuts, trop à l'étroit dans le Vieux-Lyon. Ce sont des immeubles sans fioritures et conçus pour être pratiques : hauts pour les métiers à tisser et lumineux pour les tissus et augmenter le temps de travail. Edouard Herriot et Tony Garnier ont oeuvré pour améliorer les conditions d'habitat et l'hygiène. Au milieu du XXème, Louis Pradel (maire de 1957 à 1976) a entrepris une politique de destruction du haut des pentes pour aérer la montée de la grande côte. Un comité de résistance des habitants avait été crée pour lutter contre la destruction d'une partie du quartier. « J'ai été un de ceux qui ont lutté contre la période barbare du temps de Louis Pradel et j'ai milité contre la destruction de la grande côte et nous avons gagné. Une ré-appréciation du centre historique et des quartiers anciens est ensuite survenue notamment par la loi Malraux de 1962 qui vise à la conservation du patrimoine architectural et historique en facilitant la restauration immobilière. Une première phase d'amélioration du bâti a débuté sous Michel Noir (maire de 1989 à 1995), dans le quartier St Vincent par exemple. » Désormais classé en ZPPAUP (zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager) en 1994, les pentes voient 80% de son bâti, datant d'avant le XXème siècle, protégé. Mais du fait de ses grands appartements lumineux et du panorama sur la ville qu'il offre, le quartier est devenu très prisé. « Des problèmes de spéculation apparurent. Les tentatives de rénovateurs pour évacuer les habitants afin de réhabiliter les immeubles sans les contraintes de la loi de 1948 (ndlr : loi fixant les loyers) se multiplièrent. C'était un scandale, ils cassaient les fenêtres. Noir a réagi en encadrant la réhabilitation par des conventions. »
Conserver la mixité sociale
L'attrait du quartier a eu pour effet d'entamer un processus de diversification sociale. Après la révolution française, les biens du clergé confisqués par l'Etat ont été rachetés par des entrepreneurs privés, dont de nombreux négociants en soierie. Ils y ont logés les canuts. C'est à cette époque, au milieu du XIXème siècle que s'est accélérée l'urbanisation du quartier. C'était l'un des quartiers les plus denses d'Europe mais sa population a diminué et il compte actuellement près de 25 000 habitants. Au XXème siècle, les canuts ont laissé place à une population d'immigrés, puis dans les années 80 aux « bobos ». Mais la population des pentes ne se résume pas aux bobos attirés par l'esprit du quartier ou aux cadres par les grands appartements ensoleillés. « Nous observons un phénomène classique de stratification. La mixité sociale, contrairement au siècle dernier, a tendance à s'effectuer non plus par étages, mais par immeuble. La population aisée côtoie ses voisins issus d'une classe populaire inférieure qui vit dans des appartements moins lumineux et plus bruyants. Cette hétérogénéité fait tomber les peurs ; le FN, par exemple, n'a jamais réussi à s'implanter dans le 1er. » La mairie souhaite poursuivre la réhabilitation du quartier en gardant ses habitants, et améliorer le logement par les systèmes de convention en évitant la vente ou le loyer libre.
Stationnement et circulation, les bêtes noires des pentes
Difficile de circuler et encore plus de se garer dans ce quartier fortement peuplé. D'autant plus que les pouvoirs publics ont pour objectif de réorganiser la circulation et le stationnement. La place aux piétons. Cela passe par la conservation et l'amélioration des espaces verts. Le but est d'améliorer le confort des piétons par une reconfiguration de l'espace, par exemple, l'agrandissement des trottoirs. Des travaux de voirie sont actuellement en cours rue des Capucins. Un projet similaire aura lieu rue St Polycarpe. L'axe piéton de la montée de la grande côte, ainsi que le terrassement, ont déjà été réalisés sous le précédent mandat, de même que l'espace Croix-Paquet. Ce réaménagement s'effectue au détriment des places de stationnement. Le troisième axe est justement de créer des poches de stationnement, notamment pour les résidents. Mais l'équilibre n'est pas maintenu, le nombre de places supprimées étant plus élevé que celui de places créées...et pour un tarif de stationnement qui ne sera sans doute pas le même. Vue la topographie des pentes, les parkings crées le seront en hauteur. Plusieurs études ont eu lieu ou sont en cours pour définir des sites adéquats. « Nous sommes dans un marché de définition, où il faut repenser les sites possibles. Celui rue du thou a été abandonné, car trop onéreux. Restent deux projets en lice. Celui du parking de 140 places pour les résidents des Tables claudiennes, dont les pré-fouilles vont commencer prochainement. Et celui rue Burdeau, à l'ancienne centrale télécom. Des discussions pour un parking clos St Benoît seront à venir. Il n'a jamais été question de supprimer les voitures, et encore moins de les attirer. Un quartier sans voiture est mort, mais il faut réorganiser l'espace alloué à chacun. » Les transports collectifs ont par ailleurs été développés : la navette, les ligne 13 et 18, le métro, ainsi que les vélovs...plus utilisés pour descendre que pour monter, ils seront prochainement dispachés de manière plus efficace depuis Caluire.
Un quartier agréable à vivre ?
Entre crottes de chien et poubelles, il est vrai que la propreté des rues laisse parfois à désirer. « Les rues sont difficiles d'accès parfois, et cela entraîne des problèmes de ramassage. Il faut également faire appel à la citoyenneté des gens qui viennent la nuit. Il y a une nécessité de réguler la vie nocturne et de permettre une meilleure coexistence des habitants et des lieux de vie nocturne. » Moins de licence IV seront accordées et elles le seront à condition que l'établissement se situe à plus de 100 mètres d'un autre. Mis à part les bistrots, on observe une diminution des commerces, comme dans de nombreux quartiers. « La zone de chalandise concerne la moyenne surface, l'évasion est donc plus importante vers les autres quartiers, les pentes étant trop étroites pour héberger des magasins et assurer les déchargements. Les activités qui s'y développent sont plutôt du secteur tertiaire (architecture, galeries...) Ici, les habitants ont la ville a portée de main ; ils disposent d'un tissu culturel et associatif dense. C'est une chance d'y vivre pour ceux qui l'ont choisi. »
Jasmine Sorgues