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Présentation

Robert Luc, historien de la Croix-rousse.

Les Bambanes, les traboules de Lyon et les canuts de la croix-rousse.

robert.luc2@wanadoo.fr
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Lamartine à la Croix-Rousse

 

 

Puisque le stade situé rue Philippe de Lassalle va prendre le nom de Grégory Coupet, profitons en pour évoquer ce secteur baptisé il y a quelques années « Espace Lamartine ».

 

Lamartine a en effet séjourné en 1801, il avait 11 ans dans une institution privée nommée « Pension de l'enfance » ou encore « Maison de la Caille », créée par Monsieur Pupier. Cet établissement au moment de la venue du poète, est tenu par le fils Philippe Pupier et une des filles chargée des questions matérielles. Cette maison, construite en 1746 avait à l'origine pour vocation d'abriter à la fois un asile d'aliénés et un pensionnat de jeunes filles. La propriété s'étendait entre les rues actuelles, Henry Gorjus, Hermann Sabran et Philippe de Lassalle. Alphonse arrive à la Croix-Rousse le 2 mars 1801. Il écrira dans ses Mémoires : « Je sentis mon coeur défaillir. Tous les murs étaient murs de prison ; toutes les figures visages de geôliers. J'aperçu, en suivant le concierge, une grande cour pleines de deux cents écoliers en récréation, nous regardant entrer d'un air méchant ou moqueur qui disait : « Tant mieux ; en voilà un qui ne sera pas plus heureux que nous ! Ma mère fondit en larme et me laissa pleurant moi-même, puis la porte se referma entre nous, et je fus lancé dans les cours, comme on lance un condamné à mort dans l'éternité. Je restai muet, je m'assis sur le fût d'une des colonnes qui entouraient le cloître où jouaient mes camarades (...). Quelques écoliers qui venaient de Mâcon, entre MM. de Veydel, fils d'un avocat, arrivés depuis peu de jours, s'approchèrent de moi et essayèrent de me consoler. »

Sa mère n'est pas plus joyeuse quelques mois plus tard. Elle écrit dans son journal : « Mon Dieu, que c'est affreux de déraciner ainsi cette jeune plante du coeur où elle a poussé, pour la jeter dans ces maisons mercenaires ».

La deuxième année ne se passe pas trop mal mais la troisième... c'est la catastrophe ! Philippe Pupier n'est pas un tendre et « en sa qualité de propriétaire, venait de temps en temps punir et même battre les élèves récalcitrants ». Un des élèves, Eugène Siraudin est pour une faute légère, frappé par Pupier. Il a seize ans, il se rebelle, prend le dessus. Les cuisiniers accourent, frappent le jeune homme et le jettent dans un piteux état dans la rue. Lamartine envisage sérieusement de fuir. Après ce premier fait un autre va le convaincre définitivement. Le Philippe Pupier emmène ses pensionnaires « au Bois de la Caille, célébrer je ne sais quelle fête pour les écoliers, » écrit le poète. «  Le Bois de la Caille était un lieu de réunion pour les ouvriers en soie des deux sexes des faubourgs de Lyon. Nos yeux innocents y étaient témoins de beaucoup de scandales ; cela n'était sain ni pour les regards ni pour les oreilles de l'enfance ». (Ce qui prouve que les Canuts ne pensaient pas uniquement aux révoltes ! NDLR)

Il va donc « s'évader » avec les Veydel. Ils seront rejoints à Fontaines et ramenés par Philippe Pupier et un gendarme. « Il entra le premier dans la maison, pour nous préparer une réception humiliante. Nous trouvâmes, en effet, toute la pension rangée en double file pour nous recevoir. Il donna le signal des huées, mais les murmures provoqués ne partirent pas ; notre entrée eut plutôt l'air d'un triomphe. On nous conduisit dans des prisons séparées et on me relégua dans une petite chambre sous les toits. (...) Tous les jours, un des professeurs les plus bienveillants, un de nos camarades les plus raisonnables, avaient mission de venir causer amicalement avec moi et de ma provoquer au repentir. Je causais avec plaisir ; j'étais touché de leur bonté et de leur amitié, mais ils ne gagnèrent rien sur moi. J'étais résolu à ne point fléchir. Un mois se passa ainsi. J'étudiais, je lisais, je rêvais et je ne fléchissais pas. »

Sources : Chroniques Croix-Roussiennes de Georges Rapin.

Publié le 23 octobre 2005 à 12:39:08 dans Textes croix-roussiens | Commentaires (1) |

Guignol

Portraits des autres personnages de la troupe de Guignol

 

Gnafron :

On peut s'interroger : Guignol serait-il encore parmi nous si Gnafron n'avait pas existé ? Ce philosophe assoiffé est essentiel dans le théâtre de marionnettes. Il donne du relief, de l'épaisseur aux dialogues et le spectateur ne craint point de s'identifier à lui. Justin Godart évoque sa personnalité : « ...Gnafron, l'intrépide consommateur, qui, grâce au Beaujolais, maintient sa verve en éveil, méprise les embiernes de l'existence, garde l'âme sensible, l'esprit fraternel, et arbore fièrement sur son nez les couleurs de sa belle : la vigne. » Profession : « gnafre », c'est-à-dire « regrolleur »... savetier... bref... cordonnier ou de façon plus élégante : bijoutier sur le genou ! Un haut chapeau, le « bugne », un vieux tablier de cuir gras. Sa voix est sans doute ce qui donne du caractère à la marionnette, son charisme. En 1908 Etienne Charles l'explique en ces termes : « Cette laryngite chronique due au brouillard aggravée par un éraillement terrible, résultat d'un abus excessif de vin. » Il a les dents « laquées par le jus de tabac » et sa trogne est rouge, colorée uniquement par le Beaujolais.

Madelon :

Camisole blanche, bonnet aux larges canons, voici Madelon, épouse de canut, épouse de Guignol. A ce double titre la vie ne l'a guère épargnée. Résultat, son caractère est aigri. Elle ne cesse d'houspiller Guignol qui a tendance à délaisser son métier à tisser. Mais si Madelon est le type de la mégère acariâtre, elle reste, malgré les coups de tavelle de son époux, fidèle à Guignol. Elle veille sur les finances du ménage. Peu importe les fins de mois difficiles, Madelon sera toujours proprette avec son tablier bleu et blanc.

Monsieur le Bailli :

Maire, juge, notable, c'est en quelque sorte le symbole du pouvoir judiciaire et politique. Grosses lunettes et favoris blonds.

Canezou :

C'est le propriétaire, vêtu de son bonnet grec et de sa robe de chambre. Très présent dans le répertoire de Guignol et pour cause : Si le canut du XIXème siècle est souvent propriétaire du métier à tisser, c'est un chef d'atelier, il est locataire de son atelier logement. En cas de crise, il ne peut payer son loyer et risque de se retrouver à la rue.

Le gendarme :

C'est bien entendu un des personnages clés du théâtre même si à Lyon, il est moins rossé qu'à Paris.

Dondon :

La jeune fille, « apprentisse » et bien entendu canuse. Sa présence permet à Guignol de décliner le vocabulaire amoureux du parler lyonnais, très riche en ce domaine. Le tisseur sur soie, pour des raisons économiques, n'épousait qu'une canuse...

Robert Luc

Texte paru dans Pays de Rhône Alpes n°10 de septembre 2005

Publié le 20 octobre 2005 à 08:01:21 dans Textes croix-roussiens | Commentaires (0) |

Guignol

L'esprit de Guignol

Guignol est pratiquement devenu le nom de tout théâtre de marionnettes. Pourtant  l'esprit Guignol est particulier. A-t-il survécu aux imitations et au politiquement correct ambiant ? Et d'abord qu'est-ce qui est unique chez ce personnage éternel ?

 

On ne peut parler de l'esprit de Guignol sans s'arrêter sur la marionnette elle-même. Contrairement à ses homonymes télévisuels, Guignol, Gnafron, Madelon et les autres ont un visage fixe. Pas de mouvement de lèvres, de clignements d'yeux, de gestes souples permettant d'exprimer une multitude de sentiments. C'est ici qu'intervient à la fois le savoir-faire du fabriquant de la marionnette et celui du marionnettiste. Laurent Mourguet a établi les grands traits de Guignol qui perdurent aujourd'hui. « ...la face imberbe et arrondie, plutôt empâtée aux mandibules, avec un nez court, dont le dos s'efface au niveau des joues. Les pommettes saillantes, les yeux grands ouverts, très cernés de cils noirs, les sourcils arqués et relevés, donnant l'expression de l'étonnement, de la candeur, doux apanages de la jeunesse ; les commissures de la bouche relevées et pointées, exprimant la jovialité et l'insouciance » écrit le docteur Gros en 1909. A l'évidence, si l'habit et la coiffure ne changent pas, il n'y a pas qu'un seul visage de Guignol et l'on peut avoir ses préférences. La première marionnette de Guignol, celle de Laurent Mourguet, a le sourire plus discret et une présence du regard qui, je l'avoue, me fascine.

Cette tête de bois sans vie, ce buste revêtu de la redingote qui cache la gaine par laquelle le marionnettiste introduit son avant bras et ces deux bras rigides, vont devoir s'animer. Là est le talent, là est l'art. On ne s'improvise pas marionnettiste. Oh certes, il est aisé d'agiter pendant quelques secondes ses doigts, faire bouger de haut en bas la tête et faire applaudir notre Guignol ! Mais après ? Un peu succinct notre répertoire d'attitudes. L'esprit de Guignol est aussi dans la capacité de l'artiste à nous faire oublier ce qui est rigide et sans expression, donner de la fluidité aux gestes d'amour et d'amitié, de la tension dans les mouvements d'événements. Il faut que les gones et les fenottes assis sur les bancs, qu'ils soient hauts comme trois pommes, mère de famille nombreuse, « pédégé » d'une multinationale ou peintre en bâtiment, croient durs comme fer que Gnafron est en colère, que Guignol a peur des gendarmes et Madelon inquiète pour paiement du loyer. Caché, l'artiste marionnettiste, tout en tenant à bout de bras ses acteurs, leur donne une âme, leur offre la vie. Gérard Truchet se souvient avec fierté d'avoir su captiver l'attention du public en faisant traverser le castelet par la marionnette du pape Jean-Paul II, dans un silence... religieux. L'esprit de Guignol réside aussi dans la manipulation. Pierre Rousset, marionnettiste de talent du XIXème siècle disait : « Je n'étais pas moi, j'étais Guignol... Dans les passages émouvants quand Guignol faisait pleurer, j'avais des frissons dans les doigts. »

Le castelet, ce petit théâtre où se joue un spectacle de marionnettes, étant dressé, les personnages prêts à intervenir devant le décor représentant le plus souvent un quartier de Lyon, les trois coups peuvent être frappés et l'esprit de Guignol s'incarner par le verbe et l'accent. Ah l'accent « yonnais » ! Peut-on concevoir un spectacle de Guignol sans lui ? Sujet de polémique s'il en est. Etant incapable d'assister à une pièce de Shakespeare dans le texte, je me garderai bien de grogner en écoutant Gnafron jurer « avé l'accent du Midi » et Guignol plaisanter avec celui du Titi parisien. Mais pour les mêmes raisons, je ne saurai trop conseiller de goûter à un spectacle où  l'utilisation du parler lyonnais s'accompagne du « ton canus, traînard et lourd » comme l'écrit à son propos le Larousse du XIXème siècle. Cette musique particulière restitue sans doute une partie importante de l'esprit de Guignol. Une partie, pas l'ensemble.

En dehors du répertoire patiemment collecté par Onofrio où l'on retrouve les grands classiques du théâtre de Mourguet comme « Le Déménagement », « Le Pot de Confiture », « Les Couverts Volés », et qui fut par la suite enrichi par de nombreux auteurs, l'esprit de Guignol acquiert toute sa dimension dans les impromptus. Une trame permet aux acteurs de suivre une direction générale mais brusquement, sans crier gare, Gnafron ou Guignol inventent, bien avant les chansonniers parisiens coutumiers du fait, l'interpellation du spectateur. Ils sont attentifs à la salle, soucieux de mettre les rieurs de leur côté. Une pratique qu'ils adaptent également pour les spectacles destinés aux enfants, toujours sollicités et qui répondent avec un enthousiasme jamais démenti. A ce propos, il n'est pas inconcevable de penser que la longévité de Guignol s'explique également dans cette faculté de s'adresser sans bouleversement important, aussi bien aux enfants qu'aux adultes. Ce n'est pas le cas pour tous les homonymes de Guignol.

Comme ses homonymes, la marionnette lyonnaise se tient au courant de l'actualité et fait intervenir un grand nombre de personnalités locales ou nationales. Et on peut imaginer les dites personnalités assez fières d'apparaître sur scène. D'autant que les sujets ne sont jamais atteints dans leur dignité. L'esprit de Guignol est frondeur certes, il est tout naturellement du côté du peuple, ses origines canuses sont là pour le lui rappeler, mais c'est sans méchanceté, sans agressivité haineuse qu'il brocarde. C'est plus sûrement le bon sens des gones qui le guide pour asséner quelques vérités sans fard. Ainsi dans les pièces, il est contre les pouvoirs. Ceux des gendarmes mais il est loin d'être anarchiste. Ceux des propriétaires mais Guignol ne revendique pas l'abolition de la propriété et après bien des tours et des détours... paie son loyer. Ses imprécations contre les « scélérats de regrattiers » ne le conduit pas à faire exploser la maison du régisseur d'immeuble. Justin Godart, ministre de la santé, maire provisoire de Lyon à la Libération et... président des Amis de Guignol (jadis les hommes politiques étaient sérieux puisqu'ils avaient de l'humour...) disait de Guignol : « C'est la bonne gognandise (plaisanterie un peu grivoise NDLR), c'est la saine gaîté, c'est la franchise, c'est la tradition de nos bistanclaques laborieux, sobre. Lyon, Guignol, Guignol, Lyon, ça se tient comme les dix doigts de la main. Nous avons donc à conserver et à faire aimer tout ce qui est du Lyon populaire familial qu'évoque Guignol : les coutumes, les moeurs, la canuserie, les choses, les aspects. »

Ainsi l'esprit de cette marionnette est bien dans l'esprit du peuple lyonnais. Une juste mesure, un subtil équilibre même dans les plaisanteries et jeux de mots un peu lestes. Si l'amoureux Lyonnais de Guignol est prêt à entendre sur le castelet un autre accent que le sien, il n'est pas certain qu'il goûte certains mots... trop réaliste et il préfèrera toujours les « embiernes » aux « emm....ment du Parisien » comme l'écrit Nizier du Puitspelu, l'auteur du Littré de la Grand'Côte.

Et le seul juron que prononce Guignol est plutôt anodin : « Nom d'un rat ! » Pas de quoi boucher les oreilles de nos chérubins habitués à un autre langage télévisuel.

Aujourd'hui, les successeurs de Mourguet, les Zonzons, Daniel Streble, le Véritable Guignol de Lyon, pour ne parler que des Lyonnais, ont su respecter cet esprit particulier. Chacun avec sa personnalité ce qui ne peut qu'enrichir le domaine de Guignol. Comme tout ce qui est vivant, le théâtre de Guignol n'est pas figé dans la cire et il n'est pas tout à fait celui de Mourguet et de ses proches successeurs. On aurait du mal aujourd'hui à applaudir Guignol quand il administre des « volées de picarlat » à sa femme ! Soyons honnête : Dans la tradition, Guignol fait taire Madelon à coups de « racine d'Amérique » et ce sont « les théâtres du Luxembourg et des Champs-Élysées » précise Tancrède de Visan en 1908, qui ont popularisé le bâton de Guignol à l'adresse des gendarmes. A Lyon, « ce n'est que pour le bon motif » que la maréchaussée est atteinte dans sa dignité.

Bien entendue, le succès de Guignol, son enracinement dans le patrimoine va intéresser beaucoup de monde et comme les grandes marques, Guignol est en proie à la contrefaçon. Rançon de la gloire ? Certes. D'autres créations lyonnaises subissent ce désagrément comme les fameux « bouchons ». Déjà, le mot de guignol est employé dans un sens bien éloigné de la spirituelle créature de Mourguet. Mais que dirions nous si la célèbre émission de télévision s'était intitulée « Les Polichinelles de l'Info » ? Il est vrai que certains théâtres de marionnettes qui arborent sur leurs affiches l'éternelle tête de bois, n'ont qu'un lointain rapport avec elle et son esprit. Mais je sais aussi l'émotion qui vous étreint quand au détour d'une rue d'un lointain village breton, vous tomber nez à nez avec l'icône lyonnaise !

Alors tant que les compagnies de marionnettes lyonnaises sauront conserver comme elles le font, l'esprit hérité de Mourguet et de ses successeurs, tant que les Amis de Lyon et de Guignol veilleront sur lui et continueront à promouvoir sa spécificité, nous pourrons encore goûter au parfum subtil des plaisanteries de Guignol, se régaler de la voix rocailleuse de Gnafron...  et sans modération, nom d'un rat !

Texte paru dans Pays de Rhône Alpes n°10 de septembre 2005

Publié le 19 octobre 2005 à 10:23:54 dans Textes croix-roussiens | Commentaires (2) |

Guignol

Nom d'un rat ! Quelle aventure les gones ! Près de deux cents ans de vie et Guignol tient toujours tâti. Pourtant, par sainte Marie des Terreaux, plus d'une fois la marionnette de bois a failli s'écafoirer au pied du castelet et défunter pour toujours ! Explications.

 

Je me souviens... un après-midi et la main de ma grand-mère  que je tenais serrée... une salle surchauffée au 30 du quai Saint-Antoine et la voix de Gnafron qui me faisait trembler. Je me souviens ... assis sur un banc sous les ombrages du parc de la Tête d'Or avertissant Guignol de l'arrivée des gendarmes... Et puis aujourd'hui je me surprends à rire au détour d'une réplique ridiculisant un notable de la ville. Je m'interroge, moi le grand-père, nanti d'expériences et de rationalité : Comment cette tête de bois, censée être immobile, réussit à me faire croire qu'elle remue les lèvres, qu'elle exprime un sentiment ? Par quel miracle m'oblige-t-elle à lui reconnaître une existence et à me faire oublier ceux qui invisibles, la manipule ?

-C'est ça l'art de la marionnette, grand gognand ! Et j'en suis un des plus célèbres représentants.

Guignol m'interrompt en frappant de son bras rigide le bord du castelet comme il sait si bien le faire. Il poursuit :

-L'art n'est-il pas ce qui permet à l'imaginaire de celui à qui on s'adresse, de s'exprimer ? Le spectateur met son grain de sel, complète par lui-même ce que l'objet inanimé ne lui fournit pas ! Et Laurent Mourguet, mon créateur, était un gone qui savait y faire. La preuve, ses clients a qui il arrachait les dents oubliaient la douleur.

Colporteur, forain, arracheur de dents, c'est vrai, Mourguet fut tout ça. A propos, ta date de naissance mon cher Guignol ?

-Officiellement le 26 octobre 1808. C'est à cause d'un « journâble » qui avait fait un reportage sur ma prestation, parut ce jour là. Fallait bien une date ! J'ai faillit ne jamais venir au monde. Savez-vous que le 12 octobre 1793, après le siège de Lyon, les Conventionnels jetèrent en prison Laurent et son père. Ils ne devaient en sortir, innocentés des soupçons de « muscadins », que fin janvier 94. J'ai toujours eu de la chance...

La marionnette a raison. Gérard Truchet, président des Amis de Lyon et de Guignol, en est persuadé. Il exagère, le digne successeur de Justin Godart, André Thomasset et Louis Ludin ? Pas vraiment quand on se penche sur les deux siècles de vie de cette marionnette connue dans le monde entier. De sa naissance à notre époque assoiffée de réalisme, les obstacles à son immortalité n'ont pas manqué. Et entre nous, c'est Laurent Mourguet qui serait étonné de voir le nom de sa poupée destiné à distraire le Lyonnais, passer dans le langage commun.

« Après tout » nous confie Gérard Truchet « la naissance de Guignol correspond d'abord à l'obligation pour ce fils de canut de trouver un moyen efficace de faire entrer un peu d'argent dans sa famille nombreuse ! Avec Jeanne Esterle son épouse, il va avoir... 10 enfants !»

-Encore la chance cette famille nombreuse, interrompt Guignol. Tenez, en 1820, son fils Etienne 1er tient les rôles de voix aiguës et sa fille Rose Pierrette celles des femmes. Et dans la famille, on a le virus. Sans cela... serai-je encore à parler avec vous ? Même les gendres comme Claude Louis François Josserand, il va épouser Rose Pierrette, vont succomber à cet amour du théâtre de marionnettes et ce pendant très longtemps. Gone, je te ferai connaître le Jean Guy Mourguet qui tient bien tâti comme moi !

 

Grâce à cette famille soudée, toute tournée vers le castelet et les personnages qui l'animent, le succès va grandissant en ce milieu du XIXème. Mais Laurent Mourguet, pas plus que Lambert Grégoire Ladré alias le père Thomas, le modèle de Gnafron, celui qui fut le premier collaborateur, n'écrit les pièces qu'il joue. Un canevas et en fonction de l'ambiance, de la réaction des spectateurs, les dialogues se tissent truffés de mots lyonnais souvent emprunté au jargon des canuts et peint de l'accent qui a cette époque se portait haut et fort. Les « â » alourdis pour des « o » légers comme des bugnes. En fait nous ne devrions avoir aucune trace du répertoire. Que s'est-il passé ?

-Encore la chance, mon gone ! M'affirme la voix douce, juvénile à l'image des grands yeux en amandes et de ce visage sans agressivité, reflétant la candeur de Guignol.

-Comment ça ?

-La chance s'appelle Onofrio. Jean Baptiste de son petit nom et président de la chambre et de la Cour d'appel de Paris, conseiller à la Cour de Cassation et président de la commission des Hospice de Lyon ! Et oui... un notable participant à mon immortalité, ce n'est pas rien ! Je le voyais bien ce gone assis à chaque représentation dans un coin de la salle. Il notait, il notait qu'il m'en donnait le tournis. Mais je ne savais pas qu'il enregistrait et un jour, pan sur le cotivet, que vois-je en 1865 ? Un recueil des pièces que j'avais jouées. 5 ans plus tard, et pan sur le cabochon, un deuxième ! Ah si Laurent et Jeanne Mourguet avaient été là ! Hélas, lui est mort en 1844 et elle l'a accompagné 8 mois plus tard.

Pas de doute, Guignol, Gnafron et la Madelon ne seront plus à dater de ces années, strictement Lyonnais. La France entière fait connaissance avec la vagnotte (la redingote) marron à boutons dorés, l'invraisemblable coiffure qui est un bicorne aux bords rabattus sur les côtés et sur la nuque une natte rigide, parodie du catogan que Guignol nomme « son sarsifi ». Ce succès va entraîner une multiplication de troupes de théâtre de Guignol... et comme on le voit encore aujourd'hui, certaines fidèles à la tradition, d'autres fort éloignées de ce qui est l'âme de la création de Mourguet.

-C'est comme les bouchons lyonnais, mon belin !

Guignol agite son sarsifi pour bien me faire entendre que souvent le patrimoine populaire est en danger. Et à propos de danger, la liberté de parole des improvisations de Guignol ne laisse pas indifférent le pouvoir politique. J'interroge Guignol :

-On t'avait à l'oeil sous Napoléon III ?

-Ben mon gone pas qu'un peu ! D'abord le nombre de théâtres est limité à quatre. Ensuite on est surveillé comme des grattons dans la poêle. Ecoute ce que l'administrateur du Rhône écrivait au sous-préfet de Villefranche : « ... Ces établissements ne sont en général fréquentés que par ce qu'il y a de plus infâme dans la classe ouvrière et la mère de famille hésite souvent à y mener sa fille tant elle appréhende le germe des mauvaises pensées que la jeunesse y puiserait infailliblement s'ils cessaient un instant d'être de la part de l'administration l'objet d'une surveillance active... »

Les successeurs de Laurent Mourguet tiendront bon et la marionnette échappera à une mort annoncée par les censeurs. Mieux, à la fin du XIXème siècle, l'oeuvre de Mourguet trouve des défenseurs vigilants. Outre Onofrio, Clair Tisseur plus connu sous le nom d'écrivain de Nizier de Puitspelu, donne au patrimoine populaire lyonnais dont Guignol fait partie, ses lettres de noblesse. L'Académie du Gourguillon accueille de nombreux auteurs qui vont écrire pour Gnafron et Guignol, pendant qu'en 1888 le marionnettiste Pierre Rousset ouvre le Théâtre de Guignol du Gymnase, au 30 de quai Saint-Antoine. Le début du XXème siècle, il est repris par Pierre Neichtauser et son épouse Eléonore Josserand qui n'est autre que... l'arrière petite-fille de Laurent Mourguet.

-Tu vois mon gone, la famille ! La famille ADN comme vous dites aujourd'hui, mais aussi la famille des amis, amoureux de ma verve, de mon bon sens et de mon parler et de tous ceux qui m'entourent. C'est eux qui vont nous accompagner tout au long du XXème siècle...

-Les Amis de Guignol, veux-tu dire !

-Exactement ! Depuis leur premier mâchon du 24 février 1914, ils ne cesseront de me faire connaître et de défendre mon esprit. Et encore aujourd'hui, ils veillent les bons gones et c'est sans doute grâce à eux qu'aujourd'hui, je reste le même... au moins chez ceux qui s'inspirent du génie de Laurent Mourguet.

R Luc

(texte paru dans Pays de Rhône Alpes n°10 de septembre 2005)

 

 

Publié le 18 octobre 2005 à 21:18:12 dans Textes croix-roussiens | Commentaires (0) |

Promenade inattendue

Voici le texte lu par Aude Pellizzoni et écrit par Robert Luc le 20 mai 2005 lors de la promenade sur les pentes de la Croix-Rousse en prologue au spectacle donné par le Théâtre du Mouvement dans les jardins du Palais Saint-Pierre le lendemain.

 

 

Esplanade de la Grande Côte :

 

Je sais... il me faut parler des canuts, de leur vie et de leurs révoltes, des rubans en sautoir et des chasubles d'or, fruits de leur travail au cours de journées interminables rythmées par le bruit incessant du battant.

 

Bis tan clac pan...

 

 Je sais... évoquer leur teint pâle, « celui d'un navet » écrivaient les lettrés venus vous observer, au milieu des couleurs de la richesse... et leurs joues creusées par la misère... et le drapeau couleur de deuil de 1831 qui débaroule de la colline par la montée de la Grande-Côte... et le sang rouge qui glisse le long des pentes...

 

 Je sais... pourtant, avant de les suivre puisqu'il reste dans les sombres traboules les échos de leurs courses, de leurs espoirs et puis quelques cris colorés par les pleurs d'enfants, de femmes et d'hommes, je veux cueillir du regard le ciel lyonnais, l'ocre nouveau venu chasser la suie qu'avait peint le brouillard sur nos façades, le vert du repos serein des soirs d'été.

 

Là... où nous sommes... je sais des maisons aujourd'hui disparues, abritant la misère. Hommes du sud des années 50 quand le bitume de la Grande Côte reflétait vos peurs de la rafle, vos angoisses du contrôle d'identité, quand le racisme prenait les couleurs de la République et que les frontons de nos écoles et de nos mairies mentaient, quand le vert et le blanc accueillant un croissant rouge embrassant une étoile, se cachait au fond de chambres de sueur, je veux vous dire que vous m'avez offert quelques lignes d'espoir...

 

 Ils n'étaient pas tisseurs sur soie mais manoeuvres enchaînés à la chaîne, terrassiers terrassés par les éboulements d'une terre étrangère ; ils n'étaient pas canuts mais le marteau piqueur saccadait leurs membres, le mépris s'affichait, se déclinait et le vocabulaire de la peur de l'autre et de ses justes espérances, s'enrichissait et l'étoile jaune prenait une autre forme... même pas...pas besoin... le teint, les cheveux, l'accent qui faisait rire... suffisait.

 

Le blanc de la lune sur la chaussée glissante les nuits d'averses et le soleil qui frappe dru à l'aplomb des façades lépreuses, la chaleur étouffante pour des nuits blanches. Aujourd'hui on tente de vous ressembler en bronzant sur les bancs... Vous êtes partis... on vous a aidé... enfin... un peu... l'herbe, les plantes et vous plus loin... vers de nouveaux villages sur une carte de l'Est Lyonnais...ou du Nord... ou de l'Ouest... Minguettes... Rillieux... La Duchère... C'était mieux que ce qu'on avait... m'as-tu dis en riant. Le rire d'un enfant aujourd'hui, vague cousin d'une lointaine tante, hésitant entre deux passés, deux aujourd'huis, pour un avenir singulier...

 

 C'était la Grande Côte...

D'avant le jardin et ses gouttes de pluie lumineuses sur des feuilles qui attendent l'or de l'automne.

D'avant les commerces et les soirées sur les chaises de pailles jaunes

D'avant les tisseurs pliant sur les rouleaux de soie précieuse

D'avant les chefs d'ateliers et les compagnons, bras dessus bras dessous descendant ensemble réclamer un peu de dignité,

D'avant les premiers coups de feu...

 

Place Colbert

 

Les pages blanches se noircissent et le ciel se cache. De puis des jours ils travaillent, là-bas, du côté de la place des Jacobins, à la Préfecture... Peut-être sont-ils face à face autour d'une longue table. Les vêtements soigneux des soyeux, les tissus élimés des tisseurs sous le regard du préfet Du Molart... Contraste sous les lambris de la monarchie de juillet. On négocie depuis le 8 octobre 1831, l'ensemble des tarifs. Ceux des draps de soie, des satins rayés, des serges et des gros de Naples, des velours façonnés, unis et peluches, des taffetas pour l'apprêt, des mouchoirs brillantinés, des châles brochés et des fichus crépon, des écharpes, mouchoirs, rubans. On négocie. Nous sommes le 25, il est 11 heures. 80 000 ouvriers dont l'existence se rattache à la fabrication des étoffes de  soie attendent.

Sur les pages blanches la promesse d'une vie plus digne, moins affamée... Ils sont d'accord ! L'enthousiasme est à son comble et des larmes coulent sur les visages, des larmes de bonheur...Pas pour longtemps...

Le 21 novembre, les chefs d'atelier et les compagnons ne se font plus d'illusion. Les négociants, les plus influents d'entre eux, ont refusé le nouveau tarif. Les tisseurs discutent, cherchent une solution pacifique, obtenir justice par la modération. Ils marchent sans arme. Ils descendent en direction du quartier du commerce, place Croix-Pâquet, place du Griffon, place Tolozan ! Ils descendent sans arme !

Sur l'orange des façades des immeubles ateliers le noir d'un drapeau affirme vouloir vivre en travaillant ou mourir en combattant. Face à eux les gardes nationaux de la 1er légion, négociants eux-mêmes ou fils de soyeux.

Sur les galets ocres des rues le rouge du sang.

Sur la place Colbert les corps sans vie des tisseurs et des soldats.

Sur les pages de l'Histoire l'odeur de la mort.

Trois jours sans sommeil et un deuil éternel.

Et l'accord déchiré, piétiné et les rubans en sautoir de Philippe Egalité et les chasubles d'or du prêtre parlant au nom du charpentier... au même prix...

 

Cour des Voraces

 

Dans la nuit des ombres glissent du plateau en silence.

Dans une cour à la montée d'escalier monumentale, un petit local.

On parle d'idées interdites.On utilise des mots qui font peur à ceux d'en bas, ceux du quartier des négociants... Justice sociale, mutualisme, solidarité.

Des mots du siècle dernier...Egalité, fraternité, liberté...république.

Les Voraces lisent, écrivent, discutent. Ils sont chefs d'ateliers.  Ce sont des tisseurs, des canuts propriétaires de leurs moyens de production, fiers de leur savoir-faire, qui partagent avec  les  compagnons qu'ils emploient les longues journées de labeur, les drames des semaines sans travail.

Pourquoi Voraces ? Compagnons du devoir... mais aussi une obstination.

1846... Quelques ouvriers canuts voyant que les cafetiers de la Croix-Rousse ne pouvaient se résoudre à servir le vin au litre, se liguent pour obtenir cette réforme. Ils se rendent par petits groupes dans les cafés et demandent un litre de vin. Le patron répond  invariablement : « Nous ne servons qu'à la bouteille. » Et les canuts de sortir et d'aller dans un établissement voisin renouveler l'expérience. D'où le nom de Voraces. Oui... mais aussi et surtout :

Ce fut là le début de cette société  distincte des autres organisations ouvrières du quartier, des Ferrandiniers et des Mutualistes. Le Voraces commencent à se réunir périodiquement chez Mme Maréchal, à l'angle de la rue Austerlitz et du Mail. Le samedi et le lundi. Au début de 1848 ils décident d'admettre dans ces réunions que des républicains. Ils sont  300 à la chute de la Monarchie de Juillet.

Le 24 février,  ils descendent à Bellecour sans armes, sans uniforme, pour s'emparer du poste, puis  se rendent à l'Hôtel de Ville dont ils font le siège.

Ils donnent l'assaut à coup de pierres. Ils sont maîtres de l'Hôtel de Ville. Puis de la Préfecture place des Jacobins.  Tout cela dans la soirée.

Le lendemain ils sont  au  fort St Laurent. Ils prennent les armes. Ils s'emparent du  séminaire du bas de la côte St Sébastien. Puis le bastion en face du Mont Sauvage. Le sang coule. Il y a deux morts.

Ils tiennent le bastion des Bernardines, le fort de Montessuy, le fort St Laurent, le Palais de Justice... Ils sont maîtres de la Ville... Oui... mais :

Le 18 mars Arago vient à Lyon. Il les persuade qu'il ne vient pas pour renverser la République. Les Voraces se retirent des forts. Les sociétés disparaissent.

 

 

Traboule (près de la rue des Tables Claudiennes)

 

On se croise sans arrêt dans les traboules qui résonnent des rires des apprentis, des blagues des compagnons, du bruit des pas des  tisseurs. On s'interpelle joyeusement. On échange des bonjours, des nouvelles de la famille, on se donne des rendez-vous de fête. Sur les marches des escaliers, le flot continu de ceux qui vivent de la soie n'arrête pas. On se croise si différents et si proches. Dessinateurs et cartonniers, dévideuses et passementiers, clients parlant des langues étranges, négociants aux redingotes usées d'avarice, chefs d'atelier soucieux. On travaille et les jours d'angoisse du silence sont oubliés. Le bistanclac  résonne partout sur la colline. Les galets du Rhône, nos têtes de chats, renvoient au ciel l'éclat d'un rouleau de soie pourpre. On débaroule au risque de se pétafiner le coqueluchon. Qu'importe le métier bat. Qu'importe les nuits courtes, les interminables journées, on vit en travaillant. C'est vrai nous tissons pour les riches, nous  tissons pour les puissants qu'ils soient de l'Eglise ou du Palais, mais nous tissons. C'est notre fierté.

 

 

 

Passage Thiaffait

 

Lumière d'aujourd'hui contre noirceur du passage d'hier.

Mode, frivolité, séduction contre travail qui cerne les yeux, fait gémir les muscles.

Labeur d'hier, création d'aujourd'hui...

Pourquoi ne pas se laisser enivrer par les mots, jusqu'à plus soif d'un prestigieux savoir-faire, dans un débordement de couleurs, de matières et de créations ?

Pourquoi ne pas crier pour le simple plaisir d'entendre rouler dans ce lieu, le vocabulaire du  superflu mais qui me donne tant à rêver ?  

Satin liseré, damassé fond bleu, décor bleu, blanc, rouge, satin lancé et velours  au sabre, fond satin en camaïeu de brun, orange et noir, pongés imprimés à losanges noirs, bordeaux, roses, rouges, blancs, satin damassé fond brun à décor rouille, beige et or à flammes, tourbillons de fumée et salamandres en procession... et là encore :

Ce décor beige dans le goût antique à aiguières et vases laurés disposés en quinconce sur un fond semé de palmes, d'ornements végétaux et de foudres ailées...

Et celui brodé d'or sur fond d'étoiles et de paillettes or à courant d'épis de blé et de graminées avec des ornements au talon...

Et j'en appelle à votre langage, à vos mots :

L'armure et le brocher, le battant, la canette et le brocart, la chaîne, l'espolin, la chenille et la cordeline, détrancaner, dévider, l'ourdissage et la passementerie, le peigne et la pièce... mots d'hier pour le plaisir d'aujourd'hui...

 

 

 

Rue René Leynaud

 

Nous sommes le 22 mai 1944, un homme referme le portail de sa maison du 2 de la montée de Dijon. C'est Eugène Pons, il a 58 ans, marié, père de 7 enfants. Il est imprimeur. Son imprimerie La Source est sur les pentes de la Croix-Rousse, ici... 21 rue de la Vieille Monnaie (rue René Leynaud) Membre du Sillon et de Jeune République,  il commence à travailler pour la Résistance en fabriquant des faux papiers et des tracts. La première action importante est la réalisation du tract, imaginé par Jean Stetten-Bernard pour apporter une réponse aux interrogations du président Roosevelt sur la capacité des Français à résister. Fin 41 il diffuse Les Cahiers de Témoignage Chrétien et il imprime outre les Cahiers : Franc-Tireur, Combat, le faux Nouvelliste, Les Cahiers Politiques du CGE, les publications du MUR. Tous ces travaux s'effectuent en dehors des heures normales de travail, du samedi matin au dimanche soir. L'équipe est composée de Pierre Barnier (son gendre) d'Henri –Fernand Vernier (chef d'atelier et linotypiste), Charles Planchet (ouvrier de l'imprimerie), de Germaine Philippon, Marcel Colin et des étudiants : Fernand Belot, Alphonse Drogou, les frères Miguet. Le 22 mai 44 la police l'arrête avec Charles Lang (ouvrier d'origine Alsacienne) et Gaston Guillaume (étudiant) Interrogé par la gestapo il est mis à part avec d'autres pour être relâché car la perquisition de l'imprimerie n'a rien donnée. Charles Lang, considéré comme allemand est gardé prisonnier. Eugène Pons pour avoir protesté, rejoint le groupe des prisonniers. Interné à Montluc, il est transféré au début de juillet dans le camp de Compiègne puis déporté dans le camp de Neyengamme. Il meurt d'épuisement.

 

 

 

Place du Griffon

Le tisseur est inquiet. Ses épaules meurtries du poids du rouleau de son oeuvre de soie le font souffrir mais ce n'est pas cela qui l'inquiète. Il doit franchir les portes sombres des immeubles où règne le négoce. Comme l'écrit Béraud :

 « De hautes maisons couleur d'averses et d'avarice y traçaient déjà ce gluant labyrinthe où, pour mieux se cacher, la fortune emprunte le visage de la misère. Chez nous, rien ne change, ni le ciel, ni la pierre, ni les âmes. Sur les pavés toujours gras, qui semblent renvoyer au ciel plus de clarté qu'ils n'en reçoivent, le jour tombe à plomb comme une pluie de cendres. Sans relâche, un relent de latrines s'exhale des cours et des impasses, où les gens glissent en silence,  comme des noyés. C'est le Griffon. C'est le quartier des millionnaires. »

Les commis impitoyables, dévoués corps et âmes au soyeux, accepteront-ils son rouleau ? Et puis remontera-t-il sur son plateau croix-roussien avec une autre commande ou devra-t-il annoncer à son compagnon, sa femme, ses enfants qu'on est entré dans une période de crise ?

Sur les dalles claires d'aujourd'hui, il m'a semblé apercevoir l'ombre voûtée d'un canut inquiet.

 

Place des Terreaux

Place de vie, de joie, de colère. Place de l'inutile et place de l'essentiel. Ombre des condamnés du siège de Lyon, ombre de l'horrible croix noire sur fond rouge, ombre d'un vieillard vendant son âme, ombre d'un général incarnant la résistance et la libération, ombre des révoltes...

Marceline Desbordes-Valmore, poétesse de talent habite en 1831 au 10  de la place des Terreaux. Elle est là, elle témoigne :

 

« Quand le sang inondait cette ville éperdue,

Quand la tombe et le plomb balayant chaque rue

Excitaient les sanglots des tocsins effrayés,

Quand le rouge incendie aux longs bras déployés,

Etreignait dans ses noeuds les enfants et les pères,

Refoulés sous leurs toits par les feux militaires,

J'étais là ! Quand brisant les caveaux ébranlés,

Pressant d'un pied cruel les combles écroulés,

La mort disciplinée et savante au carnage,

Etouffait lâchement le vieillard, le jeune âge,

Et la mère en douleurs près d'un vierge berceau,

Dont les flancs refermés se changeaient en tombeau,

J'étais là : j'écoutais mourir la ville en flammes »

 

Aujourd'hui la Garonne de Bartholdi accompagne le repos des Lyonnais cueillant le soleil de la fin d'après-midi. Contraste de l'Histoire... Duel sans cesse présent dans le regard, impossible solution d'oubli : 

 

« Savez-vous que c'est grand tout un peuple qui crie !

Savez vous que c'est triste une ville meurtrie,

Appelant de ses soeurs la lointaine pitié,

Et cousant au linceul sa livide moitié,

Ecrasée au galop de la guerre civile ! »

 

Nous n'avons plus d'argent pour enterrer nos morts.

Le prêtre est là, marquant le prix des funérailles ;

Et les corps étendus, troués par les mitrailles,

Attendant un linceul, une croix, un remords.

Le meurtre se fait roi. Le vainqueur siffle et passe.

Où va-t-il ? Au Trésor, toucher le prix du sang.

Il en a bien versé... mais sa main n'est pas lasse ;

Elle a, sans le combattre, égorgé le passant.

Publié le 20 mai 2005 à 22:46:13 dans Textes croix-roussiens | Commentaires (0) |

La Semaine de la Fenotte

Extraits de la Semaine de la Fenotte, ouvrage paru aux Editions du Mot Passant. Les contes de Perrault revus et corrigés.

LA CHATTE MAITRESSE OU LA GREFFIERE BOTTEE

 

Il était une fois un canut qui défunta. Ainsi va la vie. Sa famille, ses amis, le mirent dans un grand trou après l'avoir pleuré dix minutes en énumérant ses innombrables qualités que personnes jusqu'à présent ne soupçonnait. Sur la tombe on sema des pissenlits afin qu'au printemps il puisse les fumer par la racine. Une fois les tire-jus imbibés de larmes aux origines plus ou moins crocodilesques, séchées, on parla d'héritage. Veuf, le tisseur défunté n'ayant que trois enfants, la procédure fut vite expédiée.

 

  Dans un coin de la salle de l'auberge « Chez la Marie-Thé » ses trois garçons eurent tôt fait de se partager les biens, sans notaire en cravate, sans juge en hermine, sans témoin oculaire. L'aîné hérita de l'atelier et de métier en parfait état, le cadet eut une charrette qui servait à transporter les ballots de soie et le plus jeune dut se contenter d'une chatte grise à la queue blanche. L'aîné régla les consommations, le cadet laissa un maigre pourboire que le plus jeune subtilisa en douce pour acheter des boîtes de ronron et du mou chez le tripier du marché de la Croix-Rousse. Les trois frères se firent peter la miaille comme il sied entre frères, de timides bisous sur des joues mal rasées, et ils se séparèrent. L'aîné rejoignit l'atelier, le cadet la charrette, le benjamin prit sa chatte sous le bras en maugréant : « Mes frangins vont gagner leur vie honnêtement en se mettant de collagne, tandis que moi, lorsque j'aurai mâchonné la greffière et que je me serai fait une casquette de sa peau, je n'aurai plus qu'à m'inscrire aux Restos du coeur. »

 

  Une fois arrivé dans sa cabiotte, il déposa son héritage sur le divan et s'apprêta à regarder son émission favorite sur son téléviseur.

-         On a autre chose à faire que de borgnasser des gognandises, miaula une voix.

  Surpris il tourna la tête.

-         Faut que j'arrête de boire.

-         C'est une bonne idée, mais ça n'a rien à voir. C'est moi qui cause.

-         Voilà que les chattes parlent maintenant ! railla le gone. Tu me prends pour un niguedandouille.

-         C'est possible... mais avouez que vous êtes en train de barjafler avec moi !

  L'argument était irréfutable. Il ne réfuta point. Il se servit un grand verre d'arquebuse de la Déserte et attendit résigné.

-         Puisque tu parles, qu'as-tu à me dire ? Je t'écoute, je suis tout ouï.

-         J'ai une grande affection pour vous et je compatis à votre douleur.

-         Arrête ! Mon père était un vieux con, il battait sa femme et nous a élevés à grands coups de grolles dans le darnier ! Alors ma douleur...

-         Je ne parle pas de celle-ci, interrompit la chatte. Je parle de votre maigre héritage concrétisé par ma modeste personne. Du moins à première vue.

-         Pour ça tu l'as dit ! Ce n'est pas pour te vexer, mais entre un atelier de canut que l'on peut revendre à des bobos et une chatte grise à queue blanche, y a pas photo numérique !

La chatte, sans s'offusquer, bondit hors du divan et vint se frotter aux fumerons du gone.

      -    Eh ! Doucement ! Tu vas peut-être te transformer en princesse des mille et quelques nuits ! Je veux pouvoir choisir la couleur de la toison parce que si elle ressemble à ton pelage...

 La chatte se mit à miauler un rire rassurant.

-         Aucune crainte, je n'aime que les femmes.

-         Moi aussi, on est fait pour s'entendre.

 La chatte retourna sur le divan en tortillant du darnier, la queue droite comme une bugne. Elle passa sa patte sur son oreille et s'adressa au gone avachi dans son fauteuil.

       -    Cessez de jouer les blasés et écoutez-moi. J'ai de quoi vous rendre heureux jusqu'à la fin de vos jours. Après ça ne me regarde plus. Vous allez me donner un filochon, me confectionner une paire de bottes pour que je puisse me lantibardaner dans les broussailles et vous verrez que vous n'êtes pas si malheureux que vous croyez.

   Le maître de la chatte se leva en se grattant le coqueluchon. Voilà une demande bien curieuse. Il se pinça plusieurs fois le bras pour s'assurer qu'il ne rêvait point. Après tout les chats sont des animaux mystérieux, leurs exploits en tous genres ne cessent d'alimenter la chronique.

-         Allez, je n'ai rien à perdre dans l'histoire.

   Il courut chercher la matière pour réaliser une paire de bottes, trouva un sac sous un cuchon de chaussettes qui attendait patiemment que la machine à laver daigne arrêter sa grève perlée de gouttes de rosée. Une heure plus tard il remit son ouvrage à la chatte.

-         Merci. Maintenant restez là, soyez zen, cool, pénard, sage. Je m'absente une quinzaine de jours. A la revoyure !

      La chatte entreprit de chausser ses pattes de derrière, mit la corde du filochon autour de son cou, s'admira dans le miroir et releva ses babines.

       -    Voilà qui me botte ! dit-elle en sortant.

Publié le 18 mai 2005 à 08:31:20 dans Textes croix-roussiens | Commentaires (0) |

Les pentes... 5ème chapitre

  Je fis signe à mon téléphone qu'il pouvait bien s'agiter de nouveau, j'étais résolu à aller voir les raisons du comportement étrange de la rue Burdeau. Dehors je cherchai des yeux la camera et le cuchon de techniciens sensé s'affairer autour d'elle. Rien. Je me dirigeai du côté de la rue du Griffon et c'est alors que je tombai sur l'écrivain Jean Butin en grande conversation avec un homme assez corpulent. Nous nous secouâmes vigoureusement les mains comme il est de tradition, puis il se tourna vers son interlocuteur.

  -Je te présente Henri Béraud...

  -Ah, ah ! Comme l'écrivain ! dis-je assez fier d'étaler mes connaissances littéraires.

  Pour toute réponse le père Butin m'écafoira les arpions avec son grollon et me pétafina l'embuni avec un coup de coude qui me plia en deux voir en quatre. Puis se saisissant par la peau du cotivet il me redressa, m'assena une grande claque dans le dos qui me projeta à trois centimètres de la miaille du sieur en question et barjaqua dans mon oreille comme si j'étais en train de lantibardaner du côté de Brindas :

  -C'est lui-même !

  J'aime bien Jean Butin. Homme de grande probité, de grande culture, convivial et néanmoins sérieux, pas comme ces babians toujours prêts à, disait ma grand-mère, peter plus haut que leur cul ! Une espèce loin d'être en voie de disparition. Et bien là, je vous avoue que pour la première fois, je doutai de l'esprit de mon ami. Overdose de chaleur, consommation immodérée de soleil, abus de marche à pied, que sais-je ? Car Henri Béraud, mes belins, belines, il est mort... à l'île de Ré... en 1958 !

  Le Jean Butin fit comme s'il ne voyait pas ma mine décomposée et, s'adressant à moi :

  -Il est revenu sur les lieux de son enfance. Rue Pouteau...

  Je hochai la tête distraitement. Mes pensées étaient dans un tel désordre qu'il aurait pu m'annoncer n'importe quelle nouvelle saugrenue, la paix dans le monde par exemple ou la justice partout, que j'aurai agité mon coqueluchon de haut en bas et vice et versa. Et voilà que le soi-disant Béraud ouvrait la bouche.

  -«Tu iras à l'école de la rue Pouteau... » m'avait-on dit. Vous pensez, j'entends cela comme dans un rêve... Aller tout seul, quatre fois par jour, à l'autre bout de la ville, en plein pays croix-roussien...

  -De la « Gerbe d'Or », la boulangerie des parents Béraud, au 8 de la rue Ferrandière, il y a trente bonnes minutes de chemin, précisa à mon intention Jean Butin admiratif.

  Le gone qui se prenait pour Béraud eut un sourire.

  -A Lyon, on appelle cela une rue. C'est manière de parler. Il s'agit d'un escalier haut comme cinq ou six maisons l'une sur l'autre. En bas c'est la ville des soyeux ; en haut c'est la ville des canuts. Quatre cents marches à grimper, entre deux rampes de fonte, que l'usure des mains fait briller comme des anguilles. Toutes les cinquante marches, il y a un palier. Quand on lève la tête, on voit, sur ce palier, rouler des voitures. Au sommet il y a la Croix-Rousse. Les derniers degrés affleurent la crête, sous la place des Bernardines.

  -Bravo ! Vous savez votre texte par coeur, nom d'un rat ! m'écriai-je.

  J'avais compris. Il s'agissait d'un acteur pour un film qui devait historique si j'en croyais les tenues des canuts et les véhicules qui se croisaient dans un indescriptible désordre. Mes compliments n'eurent sur son visage aucun signe de manifestation. Il haussa les épaules et tourna les talons. Il n'avait fait que quelques mètres quand, se ravisant il revint en arrière et se planta devant moi.

  -Vous me traiter d'acteur... ce n'est pas une injure et j'en ai essuyé d'autres. Qu'importe. Mais je voudrai vous parler du quartier du Griffon bien avant qu'il se transforme en un marché de location d'amour virtuel et d'ombres titubantes rotant la bière dans les petits matins où pointent déjà des regrets. Si je ne devais laisser au monde que quelques phrases, retenez celles là : » De hautes maisons couleur d'averses et d'avarice y traçaient déjà ce gluant labyrinthe où, pour mieux se cacher, la fortune emprunte le visage de la misère. Chez nous, rien ne change, ni le ciel, ni la pierre, ni les âmes. Sur les pavés toujours gras, qui semble renvoyer au ciel plus de clarté qu'ils n'en reçoivent, le jour tombe à plomb comme une pluie de cendres. Sans relâche, un relent de latrines s'exhale des cours et des impasses, où les gens glissent en silence, comme des noyés. C'est le Griffon. C'est le quartier des millionnaires. »

  Il disparu, Jean Butin le suivit. Je restais planté sur le bord du trottoir, les images déclanchées par ses mots ne s'étaient pas encore évanouies. Le quartier des soyeux... comme c'est loin... même les phrases du père Valla évoque un temps à jamais disparu.

  « Tolozan les heures de presse

     Ca bouge, ça bruite, ça carriole

     Ca s'engueule. »

  Certes, mais pour une place de parking, un regard de travers... Que dit-il encore notre poète :

  « Et puis ça deale déjà

     Les étoffes, les matières et les teintes

     Le métrage.

     Griffon

     L'arrière du décor

     Et dans les ruelles, les cafés pleins, les restaurants

     Les passants, les amours, Mathurins et Pernelles. »

  Ouais... Je me massai le menton, signe d'une réflexion rondement menée à l'intérieur de mon cabochon. Quelques boutiques évoquaient vaguement le passé glorieux de ce qui était le centre économique de l'industrie de la soie mais combien elles me parurent fragiles. A tord peut-être... mais le chaleur ne m'encourageait peu à l'optimisme. Je haussai les épaules et jetai un coup d'oeil du côté d'une autre scène que les acteurs de l'économie soyeuse avaient arpenté. La Ficelle Croix-Pâquet...

(La suite est dans le livre publié aux éditions du Mot Passant "les Pentes de la Croix-Rousse au fil du Temps". Livre vendu dans les librairies qui ne pratiquent pas l'exclusion régionalisme... si, si ça existe...

Publié le 16 mai 2005 à 17:56:46 dans Textes croix-roussiens | Commentaires (0) |

Les Pentes... 4ème chapitre

Je m'étais donc pincé... et j'avais toujours le même spectacle sous le regard, une rue piétonne, bruyante de conversations, d'appels et de cris. Quelques hommes portaient sur leurs épaules de longs et lourds rouleaux de soie. Certains remontaient en direction de la rue Pouteau, d'autres se dirigeaient vers le quartier de la rue du Griffon. Je décidai de descendre, persuadé que l'on devait tourner un film, comme c'est souvent le cas sur les pentes croix-roussiennes. Je n'eus pas le temps de franchir la porte de ma cabiotte, le téléphone se manifesta de nouveau, un sourire en coin qui ne me disait rien qui vaille. Je décrochai. Aussitôt des effluves parfumés envahirent la pièce. Parfums de mangues et de goyaves, de citons verts et de rhum blanc. J'étais habitué, les pentes sont le territoire de ses fragrances venues d'ailleurs, mais en discernant une odeur iodée, je sus que mon éditrice était à l'autre bout du fil, le regard perdu sur l'horizon bleuté.

  -Allo ?

  -C'est moi.

  C'était elle, je vous avais prévenus.

  -Oui ? 

  -Tu avances ?

  Franchement, elle exagère !

  -Heu... oui ! mentis-je.

  -Bien. Mais tu n'oublies pas de parler d'Horace Pitrat.

  -Vous pouvez compter sur moi !

  Elle raccrocha.

  Pitrat ! Je fermai les yeux, ouvrai les oreilles et une chanson demanda poliment à mes tympans de l'entendre.

  « Babolat, sais-tu la nouvelle ?

La tour Pitrat vient de s'abouser !

Bah ! J'crois que tu peux te gausser,

N'y a qu'un moment j'étais sur elle

Ous'que j'voyais le soleil de près,

Et comment qu'il avait l'nez fait ! »

  Horace Pitrat, un gone qui avait fait fortune au XIXème siècle en construisant les immeubles des canuts sur le plateau croix-roussien, ces immeubles capables d'accueillir les grands métiers Jacquard, était propriétaire d'un terrain à l'emplacement de l'ancienne clinique Saint-François d'Assise. Il se mit dans le coqueluchon, l'idée de construire une tour assez haute pour qu'en son sommet, on puisse voir la mer. Trois cents pieds, qu'elle devait faire ! Hélas, à mi-chemin de son rêve, il dut constater les dégâts. Elle s'écafoira sur les pentes du Mont Sauvage, tuant au passage, une fillette qui berçait sa poupée de chiffon... Les rêves des uns font le malheur des autres...

 

Publié le 15 mai 2005 à 17:29:57 dans Textes croix-roussiens | Commentaires (0) |

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