Fort de la Vitriolerie
Souvenir d'un temps...
Pour beaucoup de Lyonnais, la Vitriolerie étaient synonyme de passage à l'âge dit adulte. En effet, le Centre de Sélection n°8 accueillait les futurs bidasses pour une période limitée. Les trois jours ! En fait, cet apéritif de la vie de caserne ne durait qu'un jour et demi. Mais quand même... se retrouver brusquement dans un environnement d'uniformes procurait une sensation étrange. Certains s'affirmaient, du moins en apparence, d'autres, dont je faisais partie, cachaient mal une sourde angoisse. Celle que personne ne voulait appeler par son nom, la guerre d'Algérie, était dans nos esprits. Les tests que nous allions passer étaient censés déterminer si nous étions aptes à pacifier et dans l'affirmative, dans quelle arme ?
Elle était loin, la cérémonie des conscrits passée quelques mois plus tôt. Cérémonie qui tenait plus, du moins à nos yeux de 18 ans, du folklore initiatique permettant de faire la tournée des belles en tentant de les embrasser chastement, que des prémices de l'incorporation future. C'était d'ailleurs une curieuse coutume qui consistait à défiler tout nu dans une salle de la mairie devant des képis sérieux chargés apparemment de vérifier, de visu, si nous avions tout ce qu'il faut, là où il faut. Les temps ont bien changé et on se plaît à imaginer ce rituel à notre époque où les meurs ont tant évolués.
Les 3 jours, c'était autre chose. Certainement du sérieux... ce qui n'empêchait pas les bruits les plus farfelus de circuler. « Ne dis pas que tu es comptable, ils vont te mettre aux cuisines ! » D'autres bruits avaient pour but de donner la recette la plus infaillible pour échapper à l'incorporation. A l'évidence, il était bien illusoire d'échafauder des stratagèmes. A moins de préférer un mal encore plus grand ! Curieusement, nous avions la sensation d'être très loin de Lyon et il y avait un soupçon de mélancolie dans les coeurs. Pour gommer ce reste d'enfance, nous choisîmes l'heure du film qu'offrait l'armée. Les dialogue des acteurs furent inaudibles tant ceux, c'est-à-dire nous, qui n'étions pas encore des bleus soumis à la discipline martiale mais plus tout à fait des civils indépendants et libres, firent un chahut à faire déserter un adjudant. Un chahut spontané, un baroud d'honneur, car nous savions que, dans quelques mois, il ne serait plus question de manifester ainsi nos angoisses. A cette époque, nous n'avions même pas le droit de vote...
Publié le 12 juin 2005 à 16:37:14 dans Sites disparus | Commentaires (0) | Permaliens
La bèche et la plate
Le Rhône et la Saône jouent un grand rôle dans la vie lyonnaise. Il en a toujours été ainsi. Deux mots évoquent une pratique aujourd'hui disparue, la bèche et la plate.
La bèche
C'est un bateau de petite dimension, garni de cerceaux, recouverts par une toile. On s'en servait pour traverser la Saône avant la construction du grand nombre de ponts, mais aussi pour se promener sur l'eau. Elle était conduite par des femmes. En 1821 l'avocat général M. de Fortis fait une description charmante de ces dames :
« Leur habillement est blanc et d'une propreté recherchée ; il ressemble à peu près à celui des paysannes du Lyonnais, à l'exception de la coiffure qui est un grand chapeau de paille, orné d'un ruban noué sous le menton. Les jours de dimanche et de fête, vous les voyez, assises sur le parapet du quai, à la file les une des autres, comme autant de sentinelles, cherchant à deviner au costume et à la démarche des passants s'ils arrivent pour faire une promenade sur la Saône ; elles les engagent, les pressent par des phrases caressantes et sonores, en leur parlant de la chaleur du jour et des agréments d'un voyage par eau. »
Une description des plus sensuelles :
« La position de ces nautonières, assises sur la proue du bateau, le mouvement de leurs bras nus qui déploient deux rames légères, donnent beaucoup de grâce à leur pose. Les voyageurs remarquent ordinairement que l'on trouve à Lyon et dans les environs beaucoup plus de belles femmes dans la classe du peuple que dans les autres provinces de France ; l'on en cite plusieurs parmi les batelières, et l'on a vu quelques unes de celle-ci passer de leurs modestes gondoles dans les beaux salons, par de riches mariages. »
Les bèches étaient aussi des établissements de bains froids quand elles étaient amarrées par 4 ou 5 à la deuxième pile du pont de Pierre du côte du quai de la Pêcherie.
La plate
C'est un bateau à laver. Le Lyonnais Besson eut le premier l'idée d'agencer une plate à l'usage des laveuses. Nizier de Puitspelu écrivit à la fin du XIXème : « Lorsqu'une bonne vous apporte quelques nouvelle importante, comme par exemple, celle du mariage du fils de la bouchère ou celle de la grossesse de la fruitière, demandez-lui d'où elle le tient, elle vous répondra infailliblement : Madame, on me l'a dit à la plate... » La première plate à eau chaude remonte à 1860. On compta jusqu'à 110 plates sur le Rhône et la Saône. La dernière fut construite en 1910. Elles disparurent au milieu du XXème s. Il existe à Vaulx en Velin un chemin des Plates.
Publié le 09 juin 2005 à 18:55:30 dans Sites disparus | Commentaires (0) | Permaliens
Publié le 22 mai 2005 à 13:17:54 dans Sites disparus | Commentaires (0) | Permaliens
Publié le 22 avril 2005 à 21:40:02 dans Sites disparus | Commentaires (0) | Permaliens
Publié le 11 avril 2005 à 16:17:00 dans Sites disparus | Commentaires (0) | Permaliens
Depuis le 05-04-2005 :
48195 visiteurs
Depuis le début du mois :
106 visiteurs
Billets :
453 billets
Commentaire