créer un blog ou un site | www.i-citoyen.com | www.i-rhonealpes.com | www.i-grandlyon.com | www.i-lyon.com

Présentation

Robert Luc, historien de la Croix-rousse.

Les Bambanes, les traboules de Lyon et les canuts de la croix-rousse.

robert.luc2@wanadoo.fr
04 78 27 11 51


Nous trouver Nous trouver

Octobre

DiLuMaMeJeVeSa
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
293031    

Canut

Petite contribution à l'origine du nom de canut. S'il faut abandonner l'idée de trouver un jour la véritable origine, il est intéressant de savoir qu'en 1832 les canuts en débattent. Voilà ce qu'écrit M. Raoul, veloutier dans l'Echo de la Fabrique :

"...Quant au mot "canut" ou "cannu" j'avouerai ingénument qu'il m'a toujours paru être, non pas une épithète injurieuse, mais simplement un terme d'innocence raillerie donné et reçu comme tel. Ainsi pour les autres professions, nous avons les termes de "gniafre" (cordonnier), de merlan (perruquier), de mitron, de pique-prunes (tailleur) etc, dans la langue parlée seulement, sobriquets dont jamais nul individu ne s'est jamais sérieusement ni hautement qualifié."

Publié le 22 décembre 2005 à 08:29:21 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) |

Le mot de canut (3)

Lettre d'un lecteur de l'Echo de la Fabrique d'octobre 1832... qui devant l'histoire aura eu le dernier mot !

 AU RÉDACTEUR.

J'ai cru, Monsieur, que c'était une plaisanterie que votre concours ouvert pour trouver un nom euphonique, dites-vous, à la classe générale des ouvriers en soie. Je vois avec peine que vous y persistez : pourquoi donc, enfans ingrats, rougirions-nous du nom que nos pères nous ont laissé ! pourquoi cette susceptibilité, pour mieux dire, cette pruderie ? Qu'a donc de déshonorant le nom de canut ? qu'importe que ce soit par raillerie ou autrement qu'on nous le donne ? Par lui-même un mot n'a rien de fâcheux.

Appelons-nous canuts et soyons citoyens.

Votre concours à mon avis est inutile, et son but est oiseux ; ce n'est pas de trouver un nom à notre profession qu'il faut vous enquérir, permettez-moi de vous le dire, mais bien des améliorations à notre état social. Je me suis laissé dire que dans une ville qu'on appelait Bysance, et qui était assiégée par une armée ennemie, des moines qui l'habitaient discutaient gravement une question théologique ; pendant ce temps l'ennemi prit la ville, et les moines allèrent en esclavage continuer leur lumineuse discussion. Sans remonter à une époque éloignée, sous le consulat de Bonaparte, on discuta beaucoup sur l'importance relative des mots citoyen et Monsieur ; et pendant ce débat, la république périt. Serions-nous, par hazard, à notre insu, dans une position analogue.

Je vous propose donc de fermer une discussion au moins intempestive, et de chercher au contraire à rendre au nom de canut toute la gloire qu'il mérite, étant porté par des hommes probres et laborieux.

Intitulez-vous hautement journal des canuts, on en rira d'abord, ensuite on s'y accoutumera ; ce nom deviendra aussi noble que celui de banquier, médecin, avocat, etc., et vous aurez fait un acte de haute sagesse.

Labory.

Publié le 03 décembre 2005 à 07:54:40 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) |

Le mot canut (2)

Quelques lettre de lecteurs de l'Echo de la Fabrique du mois d'octobre 1832 concernant le concours pour remplacer le mot de canut :

 "AU RÉDACTEUR.

Lyon, 30 août 1832.

Monsieur,

Le mot polymithes (μιτοσ) polymitus peut-il remplacer celui de ferrandinier, pour désigner la classe générale des ouvriers en soie ?

Quoi qu'il n'y ait point de synonymes parfaits, il semble, néanmoins, que deux langues se trouvent dans la même langue. Les mots anciens, et les mots nouveaux d'une langue sont synonymes. C'est ainsi que jusqu'alors Ferrandiniers a été regardé comme synonyme des ouvriers en soie, quoi qu'il y ait une grande différence entre ces mots ; le premier, considéré mot collectif, a été adopté parce qu'il est fort inutile d'avoir plusieurs mots pour une idée, et qu'il est avantageux d'avoir des mots particuliers pour toutes les idées qui ont quelque rapport entre elles. On juge de la richesse d'une langue par le nombre des pensées qu'elle peut rendre, et non par le nombre des articulations de la voix. Or les mots : Ferrandinier, satinier, taffetatier, etc., lorsqu'il ne s'agit que de faire entendre l'idée commune, sans y joindre ou sans en exclure les idées accessoires, peuvent être employés indistinctement, puisqu'ils sont tous propres à exprimer ce qu'on veut faire entendre. Mais ils ne peuvent être employés pour exprimer une idée générale, puisque chacun d'eux a une force particulière qui le distingue de l'autre.

La classe générale des ouvriers en soie me parait pouvoir être désignée par le terme polymithes que je propose, parce que dans ce seul mot je trouve plusieurs significations, telles que : fil, trame, tissu, broderie, et par cela même me paraît le plus propre à désigner la classe des ouvriers en soie, sous la dénomination de Classe polymithérienne. Cette expression est une synecdoque, ou si l'on préfère, une métonymie, puisque je donne une signification générale a un mot qui en a quatre particulières.

J'ai l'honneur d'être, etc.

BITRY.

 AU MÊME.

Lyon, le 12 octobre 1832.

Monsieur,

Désirant concourir pour la fixation d'un terme désignatif de la classe générale des ouvriers en soie, voici ce que j'ai l'honneur de proposer :

Puisque par le mot soieries l'on entend toutes les diverses sortes d'étoffes de soie, je pense que de ce terme générique doit naturellement dériver celui qui doit désigner en masse les divers ouvriers qui les fabriquent. Conséquemment, on devrait les nommer soieriniers, soierineurs ou soierinistes. On dirait soieriniers en général, comme on dit spécialement satiniers, rubaniers, jacquardiers, veloutiers, etc. Soierineurs pourrait se dire comme on dit indienneurs, chineurs, tourneurs, etc., et soierinistes comme on dit tulistes, ébénistes, lampistes, etc. Les deux premières terminaisons sont celles le plus généralement adoptées dans les mots appellatifs des ouvriers des divers états. Celle en ier me semble la plus euphonique ; celle en iste, la plus sonore et la plus noble.

[5.1]Quant au sericarius des latins, on aurait tort d'en faire séricariens. En néologie on doit toujours prendre pour guide la méthode suivie dans les cas analogues à celui dont on s'occupe. Que voyons-nous dans la transformation de mots latins en français, dans le genre en question ? Que de matériarius on a fait charpentier : du carbonarius, charbonnier ; du serarius, serrurier ; de vestiarius, tailleur ; de coriarius, corroyeur, tanneur, etc. Il est donc certain qu'à cet égard, le génie de notre langue est de donner à la terminaison latine arius celles en ier et en eur comme équipollentes. – Nul ne s'est jamais avisé, je pense, en francisant les termes latins précités, de dire : Matérarien, carbonarien, vestiarien, coriarien, etc. Dans notre langue, cette terminaison en ien n'est presque jamais affectée aux noms d'individus employés à travaux purement manuels ; elle semble réservée principalement pour ceux qui s'appliquent aux intellectuels. Exemples : Mathématiciens, physiciens, logiciens, métaphysiciens, etc. ; ou pour les noms de peuples : Égyptiens, Indiens, Lithuaniens ; Alsaciens, etc., ou ceux de partisans d'opinions religieuses ou philosophiques : Païens, Chrétiens, Ariens, Pharisiens, etc., d'une part ; et de l'autre : pythagoriciens, platoniciens, stoïciens, péripatéticiens, cartésiens, etc., d'où je conclus que séricariens ne saurait être admis. Mais que si l'on tient à une dérivation immédiate du latin, il faut suivre la méthode employée par nos devanciers en néologie, méthode à laquelle je me suis conformé pour les dérivés que j'ai tirés du mot soieries, qui lui-même en est un de la racine latine, et par conséquent dire : sericariers ou sericarieurs, ou sericareurs ou sericaristes, ou sericarinistes, si l'on rejette soieriniers, soierineurs et soierinistes, mots qui me semblent, avec leur physionomie toute française, bien plus présentables à l'acceptation, et qui, surtout, laisseraient dans l'esprit, qui sans difficultés aucune pourraient les analyser, une idée bien plus juste que celui de séricariens.

J'ai l'honneur d'être, etc.

Un Veloutier."

Publié le 03 décembre 2005 à 07:50:53 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) |

Le mot canut (1)

L'Echo de la Fabrique en 1832 organise un concours pour trouver un autre nom remplaçant le mot de canut. Extrait du numéro d'octobre 1832

 

"Suite du rapport de M. Marius Chastaing, Sur le concours etc.

Pour vous fixer sur l'adoption du mot que vous cherchez pour remplacer celui de Canut, il convient ce me semble, vu le grand nombre de ceux qui vous sont proposés, de procéder par voie d'exclusion afin de ne délibérer, que sur celui ou ceux qui vous paraîtront propres à remplir le but que vous vous êtes proposé.

Pour marcher avec ordre dans cette investigation il faut bien se pénétrer que le mot qui doit remplacer celui de Canut doit avoir les qualités suivantes et dans cet ordre : 1° être simple ; 2° euphonique ; 3° complet : simple il doit n'être qu'un mot composé de peu de syllabes ; euphonique, il doit être agréable et facile à prononcer : complet, il doit désigner suffisamment l'ouvrier en soie actuel qui tisse alternativement toutes sortes de matières. Partant de ces bases, je vous propose d'exclure les mots cotés sous les nos 11, 16 et 22 proposés par MM. Cheneval, Charnier et Topin pour défaut de simplicité ; je pense devoir aussi vous proposer de repousser pour défaut d'harmonie les mots cotés sous les nos 1, 2, 8, 9, 10, 13, 21, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 37, 39 et 40 et proposés par MM. Meziat, Cornillon, Cl. B....t, Leborgne ; anonyme, veloutier, Thevenin et Gulliot.

Quant à M. Labory, qui a proposé le mot de Canut, enregistré sous le n° 23 ; et M. Correard qui a fait la même proposition ; ces deux messieurs se sont exclus eux-mêmes du concours puisqu'ils n'ont cherché à en remplir aucune des conditions.

En cet état il ne reste plus que dix-huit mots à examiner et à vérifier s'ils remplissent la 3me et dernière condition du concours la plus importante : ces dix-huit mots sont les suivants :

N. ° 3. Tissericien ; n.° 4 tisseur, n.° 5 tissoie ; n° 6 arachnéen ; n.° 7 polymithe ; n.° 12 tissutier : n.° 14 tissoyer ; n.° 15 bombixier ; n.° 17 tissoyen ; n.° 18 tissoierien ; n.° 19 pamphilarien ; n.° 20 bombitisseur ; n.° 24 soerinier ; n.° 25 soierineur ; n.° 26 soieriniste ; n.° 36 seritisseur ; n.° 38 bombicinaire n.° 41 omnitisseur.

De ces divers mots six seulement remplissent la condition dont s'agit de présenter une idée complète des travaux de l'ouvrier en soie, savoir :

N° 4 tisseur ; n. ° 6 arachnéen ; n. ° 7 polymithe : n. ° 12 tissutier ; n.° 19 pamphilarien ; n.° 41 omnitisseur.

Trois de ces mots empruntés : deux à la mythologie, (arachnéen et pamphilarien), et l'autre aux abstractions d'une étymologie savante (polymithe) ne me paraissent pas pouvoir être adoptés par le fait seul qu'il sont trop en dehors des idées reçues ; on ne pourrait s'en servir que d'une manière scientifique, où dans un langage poétique. Je crois qu'il serait difficile de les transporter dans la langue vulgaire.

Arachnée fut une habile ouvrière sur les tissus, et osa défier Minerve et même la surpassa, la déesse irritée la changea en araignée.

Pamphila, de l'île de Cos, connut la première l'art d'ouvrer la soie.

Voila les bases sur lesquelles MM. Colomb, père et fils, se sont appuyés pour vous proposer d'adopter ces mots.

Le nom de polymithe serait encore moins compris. M. Bitry, qui le propose, en donne les racines dans une lettre qui est sous vos yeux. On trouve dans ce mot fil, tissu, trame, broderie, il en conclut que l'ouvrier qui emploie tout cela est polymithe comme l'écrivain qui traite divers sujets, s'appelle en littérature polygraphe.

Si vous n'adoptez aucun de ces trois noms il vous restera à comparer le mérite des mots, tisseur, tissutier et omnitisseur proposé le premier par M. Charbon, le 2e par N. Renigu, le 3e par M. Bouvery. Si vous me demandez mon avis je voterai pour le mot de tisseur.

Enfin, Messieurs, comme je ne dois omettre aucune des combinaisons qui se présentent, si vous teniez moins au sens complet du mot que vous choisirez qu'à son euphonie ; si vous pensiez qu'il n'est pas nécessaire de s'occuper de la désignation des matières diverses dont l'ouvrier en soie fait ses tissus et qu'en indiquant la classe des ouvriers en soie on a satisfait au concours, le cercle s'agrandit. Vous avez douze noms à choisir, qui tous se rapportent au tissage de la soie, par des étymologies à peu-près justes, et tirées de la matière même. La soie en latin serica, ou du ver qui la produit, et dont le nom latin est bombyx.

Voici ces douze mots : du mot français soie :
N° 5, tissoie proposé par M. Domaine jeune.
N° 14, tissoyer idem Vettard
N° 17, tissoyen idem Morel
N° 18, tissoirien idem idem

de serica, (soie en latin.)
N° 3, tissericien proposé par M. Méziat.
N° 36, seritisseur idem Guillot

de bombix (ver en soie.)
N° 15, bombixier idem Janin
N° 20, bombitisseur idem J.. H..
N° 38, bombycinaire idem Guillot.

Une dernière combinaison s'offre, c'est celle qu'un anonyme qui signe un veloutier a détaillée avec esprit dans la lettre ci-jointe, et qui consiste à prendre pour racine du mot nouveau, à former le mot technique et connu de soie, et de lui donner une désinence également connue et en usage, et d'appeler par conséquent l'ouvrier en soie : soierinier, soierineur, soieriniste. (N° 24, 25 et 26).

En résumé j'appellerai votre attention spécialement sur les mots suivans :

N° 4, tisseur
N° 24, soierinier
N° 26, soieriniste
N° 36, seritisseur.

Quant au mot de polymithe, trop savant pour être adopté, la langue française devrait se l'approprier pour s'en servir dans le langage poétique ; je pense qu'avant de prendre une détermination aussi grave que celle que la grande majorité de vos collègues attend de vous, vous voudrez entendre les concurrens eux-mêmes et recevoir les lumières d'une commission que je vous propose de nommer à ce sujet. i

Je vous demanderai la permission de faire insérer dans le journal, à la suite de ce rapport, 1° la lettre de M. Labory sur le mot canut ; 2° celle de M. Bitry sur celui de polimythe ; 3° celle de M... veloutier sur les divers mots qu'il a proposés de soierinier etc. Je pense que l'impression des autres lettres serait inutile. Votre commission aura à cet égard son libre arbitre."

Publié le 03 décembre 2005 à 07:46:50 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) |

1er anniversaire de la révolte de novembre 1831

 

    L'Echo de la Fabrique dans son numéro de novembre 1832 rend un vibrant hommage aux victimes de la révolte. L'occasion aujourd'hui de mieux comprendre le véritable esprit des tisseurs sur soie et d'éviter de ne garder, pour conforter nos convictions contemporaines, que ce qui nous arrange de cette période. Le respect de la mémoire des ouvriers tisseurs de 1831 est à ce prix.                                                   

 "21, 22, 23 NOVEMBRE 1831.

Tambours, du convoi de nos frères !

...

Passerez-vous inaperçues et veuves de tout souvenir, déplorables journées que novembre ramène ? Serai-je seul à célébrer votre anniversaire funèbre ?... J'écoute et n'entends pas les hymnes religieux qui vous furent promis ! Où donc sont les prêtres... ? où est la cassolette ? Ma voix profane s'élèvera seule libre de toute crainte.

Lyon ! ô ma patrie ! couvre-toi d'un crêpe funéraire... plusieurs de tes enfans, en ces jours néfastes, sont morts... Garde-toi de les maudire... Les fureurs parricides de Catilina, l'ambition de César ne leur mirent point les armes à la main... Ce ne fut pas non plus le stupide dévouement aux droits incertains d'une royauté morte qui leur fit quitter une vie paisible et les provoqua sur un champ de bataille. La faim horrible, la misère digne de pitié furent les hérauts d'armes... O Lyon ! tes fils malheureux, mais toujours citoyens, n'élevèrent point, dans leur détresse, le drapeau de la révolte jadis sans tache, ni cet étendard tricolore, noble reste des beaux jours de la France républicaine ; étendard glorieux qui, des neiges du Mont Saint-Bernard, alla réfléchir le soleil d'Orient dans la brûlante Égypte ; glorieux encore, lorsque mouillé des pleurs de la liberté trahie, il alla, protégé par l'aigle impériale, promener ses caprices meurtriers de capitale en capitale. Ils savaient, ces ouvriers citoyens, qu'on ne peut le déployer sans crime que sur la frontière, en face de l'étranger. Ils n'arborèrent pas non plus le drapeau rouge de la guerre civile, oriflamme de sang, signal de vengeance et de proscription, mais un drapeau noir !... Emblème lugubre et sacré, tu fus leur seul guidon. Une courte inscription te servait de devise :

Vivre en travaillant ou mourir en combattant !

Dormez en paix, victimes de novembre ! Que la terre vous soit légère !... votre sang a fécondé le sol où doit croître l'arbre de l'émancipation des prolétaires... Une auréole de gloire ne ceindra pas vos tombeaux inconnus... Ah ! vous n'eussiez pas voulu d'une gloire souillée du sang de vos concitoyens... Votre mémoire cependant ne sera pas oubliée dans l'histoire du prolétariat... L'avenir est dévoilé !... je vous l'annonce... vos neveux auront cessé d'être les ilotes de la civilisation ; alors ils vous consacreront un cénotaphe simple et beau comme votre vie... Les arts l'embelliront. Le David de ce temps-la suspendra, à la voûte du temple, un tableau mémoratif ; et son génie franchissant les siècles écoulés, sur la toile docile à son pinceau, retracera, avec leurs attributs divers, vos trois journées. La première a pour type la misère ; la seconde est voilée ; les palmes du triomphe, l'olivier pacifique distinguent la troisième. Un autre Lebrun vous consacrera ses chants lyriques.

Salut ! salut à vos mânes !!!

Dormez en paix, victimes de novembre !"

Publié le 30 novembre 2005 à 10:54:07 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) |

La vogue

La vogue : son origine.

En 1848 une chanson évoque la vogue :

« Dans un bonnet de coton,

Saint-Denis, notre patron,

Au paradis ce matin,

Ronflait sur son traversin.

Saint Denis, Saint Denis,

Descendez du paradis

Saint Denis, Saint Denis,

Tous vos paroissiens sont gris.

Mais tout à coup réveillé,

Il quitte son oreiller,

Et se levant en sursaut,

Sur son lit il fait un saut.

(Refrain)

Que diable font-ils là-bas,

Dit-il, est-ce le sabbat ?

J'entends le bruit du canon,

Vite prenons mon lorgnon

(Refrain)

Qu'est-ce donc de toute part,

La foule accourt au hasard,

Les femmes et les maris,

Les enfants grands et petits !

(Refrain)

Dieux ! Quels cris j'entends pousser,

Mes vitres vont casser ;

L'un souffle dans un piston,

L'autre sonne du clairon.

(Refrain)

Voilà l'hercule du nord

Qui me paraît assez fort ;

Mais l'hercule du midi

Me paraît bien fort aussi.

(Refrain)

D'où sort ce grand chameau,

Et ses bosses sur le dos ?

Ce lion du Sahara

Avec ce serpent boa.

(Refrain)

C'est la géante à sept pieds

Avec le nain à ses pieds ;

Près d'elle, un tambour major

Paraît tout moncard encore.

(Refrain)

Pour faire sauter ces poignards,

Il faut n'être pas pochard,

Et ce malheureux jongleur

Parfois me fait vraiment peur

(Refrain)

L'un sur un cheval de bois

Pour un sou tourne trois fois ;

Dieu ! Qu'il est bon écuyer,

Il monte sans étrier.

(Refrain)

Cette fille a bien bon air

A prendre ainsi le grand air

Si sa maman le savait

Quel vacarme elle ferait !

(Refrain)

Ces honnêtes citoyens

M'ont l'air d'être entre deux vies,

Qu'est ce que leurs femmes diront

S'ils se font mettre au violon !

(Refrain)

Je trouve chers paroissiens,

Que vous aimez trop le vin ;

Qu'on m'en apporte un canon,

Je vous dirai s'il est bon.

(Refrain)

Je ne sais plus où j'en suis,

Est-ce ma fête aujourd'hui ?

Ma foi, je croirais plutôt

Que c'est la fête des pots.

Saint Denis, Saint Denis

Descendez du paradis,

Saint Denis, Saint Denis

Tous vos paroissiens sont gris. »

Publié le 18 octobre 2005 à 09:07:28 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (2) |

Inaugurations des écoles Jacquard et Commandant Arnaud

           L'inauguration des écoles Jacquard et Commandant Arnaud

 

Le 19 septembre 1886 les deux premières écoles de l'arrondissement sont inaugurées. Un événement considérable qui donne lieu à une polémique dans les journaux. Voici quelques extraits qui montrent les tensions vives qui opposaient les tenants de l'enseignement laïc à ceux des écoles tenues par les religieux.

 

Extraits du Progrès. Journal Républicain.

 « .... Cette fête a pris le caractère d'une grande manifestation patriotique qui fait honneur à la population de cet arrondissement. Les maisons, les établissements publics sont pavoisés comme au 14 juillet et dès midi, une foule de vingt mille personnes a envahi l'immense boulevard pour vois défiler les nombreuses sociétés invitées à la fête et qui viennent se grouper devant la mairie du 4ème arrondissement. »

Thévenet, député du Rhône, prend la parole à l'école Jacquard :

« ... le sympathique député du Rhône, après avoir adressé les remerciements aux organisateurs de la fête, qui est manifestation républicaine de tout l'arrondissement, félicite le Conseil Municipal de Lyon de ne s'être point laissé arrêter par les critiques de la réaction et d'avoir construit ces palais où l'enfant de l'ouvrier pourra respirer, avec l'air et le lumière qui fortifient les corps, l'air, la lumière et le liberté qui grandissent les caractères et font les citoyens. Le conférencier étudie ensuite le programme républicain de l'instruction. C'est parce que les républicains voient dans l'enfant non un sujet et un esclave mais un véritable citoyen, c'est parce qu'ils le considèrent comme une recrue pour l'avenir qu'ils ne comptent pas les sacrifices et les dépenses. La réaction ne maudit nos écoles que parce qu'elle a peur de la lumière, nous dit l'orateur, nous voulons laisser l'enfant libre de choisir Dieu qu'il veut adorer et ne pas lui imposer de prendre parti pour l'une ou l'autre de ces divinités qui se disputent les intelligences et les coeurs. 

M. Thévenet montre ensuite ce qu'a fait pour l'enfant le gouvernement républicain ; il le prend au premier âge pour le protéger, il crée ces écoles maternelles qui secondent si bien la mère retenue au foyer par son travail ; il a rendu l'école primaire gratuite, et son enseignement permettra à tous les citoyens l'entrée dans toutes les carrières. L'enseignement professionnel s'étendra de jour en jour et nous donnera cette génération d'industriels qui souvent mieux qu'une armée, préparent la revanche. (...) Thévenet termine en demandant aux citoyens qui l'écoutent de faire de la propagande pour peupler ces belles écoles. »

Au même moment, le député Burdeau donne une conférence à Commandant Arnaud.

« Le conférencier a pris pour thème l'instruction, il établit la comparaison entre l'éducation données autrefois par les associations religieuses et celles des instituteurs laïcs de nos jours. Les maisons d'école primaire étaient presque des gouges où l'enfant privé d'air, dépérissait. On mettait entre les mains de l'enfant, en fait de livres, un abécédaire, le psautier, un catéchisme, la civilité chrétienne, et c'était tout. Cinq heures sur sept étaient consacrées à la prière ou à l'étude du catéchisme. Il montre la jeunesse confisquée par l'Eglise et l'histoire de France passait après l'histoire de Rome. Le patriotisme était étouffé dans les âmes. »

 

Les deux journaux lyonnais Le Nouvelliste et Le Salut Public, donnent leur version.

Le Nouvelliste : « Une grande animation régnait hier à la Croix-Rousse, le plateau était en ébullition ; On inaugurait là-haut deux palais scolaires. Inauguration d'un palais scolaire signifie baptême laïque d'un monument très coûteux, par ces temps de misère, et répondant rarement à son affectation. Sur les plages bretonnes et ailleurs, Dieu merci, le marin prie le prêtre de bénir sa barque avant de la confier à l'Océan. Ici, nos gouvernements ne sauraient employer la traditionnelle et sainte coutume. Avant d'introduire dans ces bâtiments luxueux les enfants du peuple pour leur apprendre l'Oubli de Dieu, et partant celui de leur famille, point n'est besoin de prêtre. Une sarabande démocratique est plus en rapport avec l'usage du groupe scolaire qu'une cérémonie religieuse. Et voici comme on procède :

F. Burdeau et F. Thévenet, députés à la suite d'une erreur du suffrage universel, sont convoqués pour présider à la fête. Ils s'y rendent, accompagnés de musiques diverses, précédés par des enfants qui n'en peuvent mais, et suivis de frères et amis. Après avoir pris possession du bâtiment scolaire, F. Burdeau et F. Thévenet prononcent un discours, plus ou moins indigeste, sur n'importe quoi, excepté sur quelque chose d'utile ; puis les musiques jouent des airs variés, on lance un ballon, on tire un feu d'artifice et quelque fois on danse, et puis... «  e finita la commédia... ». Car en somme, ce n'est là que de la comédie. (....) Voilà qui doit bien faire plaisir à nos braves tisseurs qui, depuis longtemps, hélas ! ne connaissent plus le bien-être que donne le travail, cette source féconde tarie par la République. »

 

Le Salut Public : « ... Ce sont bien, en effet, deux palais que ces monuments destinés à recevoir de pauvres enfants qui, dans les mansardes de leurs parents, ont à peine, par ce temps de crise industrielle, un morceau de pain à se mettre sous la dent. Ce n'est pas le luxe de leurs maisons d'école qui fera oublier à ces enfants d'ouvriers le nécessaire qui leur manque chez eux. En attendant, ils auront emporté, pour se consoler, la bénédiction laïque des orateurs qui ont pontifié hier. MM. Burdeau et Thévenet, après avoir dit à la jeunesse qui allait prendre possession de ces demeures magnifiques qu'elle était l'avenir du pays, leur ont parlé un peu de tout, de Mirabeau, de l'ancien régime, de l'extirpation des abus sacerdotaux, judiciaires, despotiques, de la victoire remportée sur le sanglier d'Erymanthe, sur le lion de Némée, sur l'hydre de Lerne etc... L'auditoire n'y comprenait rien, mais il applaudissait tout de même. Cependant, beaucoup de pauvres tisseurs se disaient tout bas, et en entendant toutes ces choses et en regardant les palais scolaires, que la République ferait mieux de s'occuper un peu plus de leur bien-être et n'engloutir pas toutes nos finances dans les constructions luxueuses et ruineuses, où leurs enfants apprendront surtout à mépriser la condition précaire de leurs parents. »

Publié le 12 octobre 2005 à 16:07:30 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) |

Les canuts et l'école

Sébastien Commissaire authentique canut de la Croix-Rousse vécut de 1822 à 1898. Il fut député socialiste après avoir connu les prisons de Louis Napoléon Bonaparte. Dans un livre il raconte sa vie, son enfance. Voici un court extrait qui explique la place des enfants dans la production du tissage.

En 1832, Sébastien Commissaire a dix ans et après avoir été tireur de fers chez un veloutier de l'actuelle rue du Bon Pasteur (horaire de travail debout : 7 heures du matin, 10 heures du soir, 50 cts par jour) son père le remet à l'école. "Dès que je revenais, je faisais mes devoirs et ensuite je faisais des canettes. Mon père avait monté trois métiers. Il en faisait aller un, ma soeur aînée Marguerite et mon frère Jean-Pierre faisaient marcher les deux autres. Ma mère continuait son commerce de fruits. L'aîné était soldat au 35è de ligne et mes deux plus jeunes soeurs et moi nous allions à l'école en alternant de manière qu'il y en eût toujours un de nous trois qui restât à la maison pour faire des canettes et soigner notre petit frère. Le bien-être semblait vouloir venir chez mes parents. Nous nous en ressentions tous, nous étions mieux nourris que par le passé, le pain était à la disposition de tous."

Publié le 20 septembre 2005 à 19:40:35 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) |

1| 2| 3| 4| 5| >>