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Présentation

Robert Luc historien de la Croix-rousse


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    Guignol et le pouvoir

    Pas si aimé que ça le théâtre de Guignol ! Pour preuve cette note de 1856 écrite par le sénateur administrateur du Rhône au sous-préfet de Villefranche :

    « Le 18 de ce mois vous m'avez transmis en l'appuyant de votre recommandation, une demande par laquelle le Sieur Manissier, cafetier à Villefranche sollicite l'autorisation d'ajouter à son établissement un théâtre à la Guignol. Avant d'accorder cette autorisation je désire Monsieur le sous-préfet, que vous vous pénétriez bien des inconvénients que présentent pour l'ordre et la morale les théâtres à la Guignol. Les scènes qu'on y joue ne sont composées que de rapsodies les plus détestables et rarement la pièce se termine sans faire l'apologie du viol et même de l'assassinat. A Lyon j'ai été obligé de prendre des mesures énergiques contre ces établissements dont le nombre se trouve restreint aujourd'hui.à quatre et j'ai décidé qu'il ne serait pas augmenté. Tous les soirs un certain nombre de sergents de ville y font le nécessaire pour le maintien de l'ordre et empêchent la représentation de pièces interdites et encore ce déploiement de force est insuffisant pour réprimer les abus qui s'y commettent. Ces établissements ne sont en général fréquentés que par ce qu'il y a de plus infâme dans la classe ouvrière et la mère de famille hésite souvent à y mener sa fille tant elle appréhende le germe des mauvaises pensées que la jeunesse y puiserait infailliblement s'ils cessaient un instant d'être de la part de l'administration l'objet d'une surveillance active. L'ordre et la morale publique y trouveraient les plus grands dangers. J'ai cru Monsieur le sous préfet, devoir vous faire part des inconvénients que pourrait présenter un théâtre à la Guignol dans la ville de Villefranche et j'attendrai vos nouvelles observations avant de statuer."

    Publié le 20 juillet 2005 à 16:04:02 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) |

    Fourvière

     Fourvière

                              (Extraits d'un article paru dans le numéro 7 de Pays de Rhône Alpes)

     

    J'ai beau avoir dans la tête une vague idée de la théorie du big-bang, regretter que Darwin ait vécu trop tôt pour obtenir le prix Nobel, savoir que mes ancêtres protozoaires se traînaient lamentablement sur le sable d'une plage il y a 3 milliards d'années, dès que je lève le regard sur Notre-Dame de Fourvière, j'éprouve un curieux sentiment.

     

    Fils d'une parpaillote ardéchoise peu encline à honorer la Vierge, laïc convaincu, habitant d'une colline qui « travaille beaucoup », opposée par les historiens à celle qui prie, me voilà levant les yeux sur ce mont qui fait vaciller mes certitudes. Bien sûr me revient en mémoire des images profanes. D'abord des images de cartes postales de ce décor devenu la proie des photographes. Le « Cheval de bronze » de la place Bellecour, Louis XIV immortalisé par Lemot, tout comme la basilique de Fourvière et la tour métallique voisine sont des symboles qui tiennent qui figurent désormais un peu partout, du papier d'emballage d'une cravate de soie à celui du saucisson de Lyon. Profane aussi le souvenir des feux d'artifice très républicains, tirés de l'esplanade au nez de Saint-Michel occupé à terrasser le dragon. Pourtant, même quand je convoque ces témoins matérialistes, même lorsque je me souviens des réflexions désobligeantes à l'égard de la basilique qualifiée parfois « d'éléphant sur le dos ! » Fourvière capte mon attention, m'interroge, m'impose avec calme des images de silence et de recueillement, m'oblige à penser, fait défiler dans ma mémoire des brides de prière que j'avais oubliées. C'est ainsi. La colline de la Croix-Rousse fait surgir du passé les révoltes des tisseurs sur soie, des moments de solidarité, de luttes pour la dignité, l'amour du travail réalisé par la main de l'homme. La colline de Fourvière, elle, m'offre de placer ces vertus dans une perspective universelle qui va au-delà des structures de l'Eglise, et vient alimenter des interrogations qui ne cessent de me hanter. Il est certain que je ne suis pas le seul à éprouver ce sentiment étrange. Cette colline qui culmine à 280 mètres, a de tous temps attiré l'esprit et les pas de l'homme. Et j'en conviens, je préfère voir en son sommet un lieu de méditation et de prière qu'un symbole de puissance et de pouvoir. Je parle, je parle, la tête en l'air, les yeux fixés sur l'éclat d'or d'une Marie qui ouvre en grand ses bras aux Lyonnais, mais il me faut grimper tout en haut, capter les ombres du passé, m'imprégner de l'âme de cette colline, chercher à mieux comprendre l'extraordinaire succès d'un lieu qui ne garde aucune trace de miracles et qui, pourtant, accueille chaque année plus d'un million de visiteurs.

     

    J'ai le choix pour accéder à l'oeuvre de l'architecte Bossan, entre plusieurs voies. Laissons aux automobiles et aux cars la montée de Choulans. Elle a beau porter le nom d'une fontaine, « Cholan » sur un plan de 1550, elle est trop loin de l'esprit des pèlerins et les échevins qui, à partir de 1643, se rendaient à Notre-Dame de Fourvière, alors simple chapelle battue par les vents. Pas n'importe quel jour : le 8 septembre. Pas pour rien non plus : ils venaient offrir un écu en échange d'une protection contre la peste... et peut-être aussi, comme me le susurre l'historien Bruno Benoît, pour faire plaisir au roi Louis XIII qui venait de consacrer la France à Marie. Et les Lyonnais n'ont pas fini de monter sur la colline pour demander à la Vierge sa protection en lui promettant leur gratitude en échange. Le Lyonnais tient parole !

    Je n'emprunterai pas non plus l'accès le plus au nord, la montée de l'Observance. Pas conforme à l'idée que je me fais de « monter à Fourvière ». D'ailleurs, les Cordeliers, qui, au XVème siècle, ont fondé un cloître sur ces terres, possèdent la réputation d'avoir adopté une attitude peu conforme à mon idée de la vie monastique. Inutile de nourrir mon scepticisme naturel... En fait, j'hésite entre la montée des Anges, aujourd'hui rebaptisée Nicolas... de Lange, la montée du Chemin Neuf offert par le baron des Adrets, la montée du Gourguillon, qui tiendrait son nom du ruissellement gargouillant des eaux, ou, plus tragiquement, du sang des martyrs, comme le suggère l'Anglais Thomas Coryat en 1611.

    Je choisis la montée Saint Barthélemy pour ne rien oublier de mon incompréhension devant des massacres au nom de Dieu et parce que la maison des n°17 et 19 évoque Pauline Jaricot et la « Propagation de la Foi ». Pour ne rien oublier du témoignage de celle qui prit conscience de la situation des tisseurs sur soie. Bel exemple de mes interrogations.

    Je laisse à mon passé le soin de prendre le funiculaire de Saint-Jean né en 1900. L'austérité de ses sièges, l'intimité qui se crée dans ce funiculaire, les bruits qui paraissent avoir conservés l'accent du passé, et me rappellent ses aînées de la Croix-Rousse. Les bréviaires lus en silence y sont simplement plus nombreux. Je lui laisse cette facilité, bien décidé à grimper en tentant de saisir les sentiments de ceux qui arrivent fatigués sur l'esplanade de Fourvière.

    Et patatras, Jean-Luc Chavent va bouleverser mes certitudes de « pèlerin ». Ce passionné du quartier, conteur plein d'humour de son histoire et de ses curiosités, me regarde goguenard arriver devant l'entrée principale. « C'est la sortie ! », me lance le médiatique moustachu.

    Je me retourne. Je suis bien sur l'esplanade, face au grand portail et à la statue de celui que René Dejean, conteur de rue, surnommait « saint Perplexe ». Je le suis autant que lui. L'Abri du Pèlerin, seul lieu à Lyon où l'on peut apporter son casse-croûte, est bien là, tout comme les quelques boutiques qui offrent des objets de souvenirs plus ou moins en rapport avec le religieux. Très Lyonnaises, ces boutiques. Ordre et discrétion y règnent, loin de l'image convenue d'un marché du Temple. Derrière moi la maison de Claudine Thévenet, providence des enfants pauvres, canonisée en 1993.

    Jean-Luc s'impatiente sur cette esplanade qui me paraît froide et sur la défensive. Je lui demande d'attendre un peu. De façon surprenante, mon regard, au lieu de glisser quelque peu à la dérive, semble forcé de détailler chaque partie de la basilique. Le charme de ce bâtiment ne réside-t-il pas dans la multitude de découvertes que l'on peut y faire ? Le président de la Fondation Fourvière Jean-Dominique Durand et le recteur du sanctuaire Notre-Dame de Fourvière Jean-Marie Jouham, qui m'attendent à l'intérieur, ne me contrediront pas. L'archevêque de Lyon, Jean Balland, l'a écrit : « Le génie de Bossan et de ses coopérateurs était aussi une longue patience et surtout une extrême attention jusqu'aux éléments infimes, amoureusement conçus et réalisés. »

    Mais je ne peux plus faire attendre mon guide de l'authentique. Je vole plus que je ne marche pour le rattraper  et saisir au vol ses phrases qui me laissent ébahi. «C'est la sortie » répète-t-il,  «  l'entrée n'était pas prévue ici, car l'entrée de la basilique ne devait pas tourner le dos à Lyon. Elle devait se faire face à la ville, par monumental escalier, et une ouverture étroite obligeant à baisser la tête pour pénétrer à l'intérieur de la basilique. » Ainsi l'actuel bâtiment n'est pas celui imaginé par Bossan. J'imagine l'imposant escalier qui serait parti de la cathédrale Saint-Jean pour s'élever jusqu'ici. Le pèlerin baisse la tête et entre dans un silence recueilli, traversé par les péchés des hommes et leurs espoirs aussi. Moment de prière et de recueillement et l'Homme sort à l'Ouest, un avenir plus serein s'offrant à lui...

    Mon guide me désigne de vagues silhouettes. Des lions ! Juste l'ébauche. A l'évidence, la basilique n'est pas terminée. Le sera-t-elle un jour ? Après tout, la vie est faite d'oeuvres plus ou moins achevées. De nos promesses de Noël et de Jour de l'An que reste-t-il quelques semaines plus tard ?

    Robert Luc

    Publié le 08 juillet 2005 à 10:39:45 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) |

    Jacques Louis Hénon

    Jacques Louis Hénon

    Il a beau avoir une rue large et longue (de la Grande-Rue à la rue de Chazière), une station de métro, Hénon reste méconnu. Il est vrai que les plaques ne portent que son nom et la station annoncée fait penser à une réponse référendaire.

    Il est né le 31 mai 1802 à l'Ecole vétérinaire (entre le boeuf et l'âne ?) où son père était professeur et directeur adjoint. Il fait ses études de médecine à Paris et à Montpellier, se passionne pour la botanique ce qui lui ouvre les portes de l'Académie des sciences, lettres et arts de Lyon et le secrétariat de la Société d'Agriculture. Il est conseiller municipal de la commune de la Guillotière en 1843. Battu en 1848, il revient en politique à la faveur du coup d'état de Louis Napoléon Bonaparte. Mais élu le 29 février 1852 au Corps législatif impérial, il refuse de prêter serment et est démissionné. En 1857 il est élu de nouveau en même temps que six autres républicains. Très modéré, ne prenant que rarement la parole, il se signale malgré tout par un discours, le 12 avril 1869, réclamant de rendre à Lyon son Conseil municipal élu. Ce qui ne l'empêche pas d'être battu en 1869. Présent à l'Hôtel de Ville au moment de la défaite de Sedan, il proclame la République le 4 septembre 1870. Il est élu aux élections municipales du 15 septembre et devient maire de Lyon le 21 septembre à l'âge de 68 ans.

    Une fonction qui n'est pas de tout repos et doit faire face à une manifestation menée par Michel Bakounine et Albert Richard. Epuisé et malade, il s'éloigne de son poste au printemps 1871, laissant à Désiré Barodet, son premier adjoint le soin de régler les affaires courantes. Il meurt le 28 mai 1872 à Montpellier. Le conseil municipal assiste à son enterrement et le docteur Desgranges de l'Académie de Lyon évoque sa mémoire : « Il fallait l'entendre parler des fleurs, objet de sa prédilection ! Comme il s'animait lorsqu'il décrivait des espèces nouvelles de narcisse, trouvées par lui au mont Pilat. » Il est vrai qu'en politique, il a dû en rencontrer... des narcisses !

    Publié le 04 juillet 2005 à 08:12:32 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) |

    La crèche Saint-Bernard

    C'est le 29 août 1869 que l'impératrice Eugénie en visite à Lyon inaugure la crèche-asile, toujoursprésente aujourd'hui sur le boulevard de la Croix-Rousse, même si ses fonctions ont changé. Elle a été construite sur l'ancien bastion N°7 des remparts. Cette image est extraite du journal "La Jeune Mère" paru en 1874 et montre la salle des berceaux. Le commentaire est intéressant et montre l'esprit du moment pour une fraction la société.

    "La crèche Saint-Bernard, à Lyon, est la plus belle. Les enfants reçoivent de fréquentes visites des dames de l'Oeuvre et de beaucoup d'étrangers. La France ne jouira complètement des avantages de sa race qu'après qu'elle aura su améliorer l'éducation. Pour concilier, pour l'ouvrière, les saints devoirs de la maternité avec les exigences du travail, l'Evangile a indiqué la crèche."

    Publié le 24 juin 2005 à 19:36:57 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) |

    La plaisante sagesse lyonnaise

     

     

                        La plaisante sagesse lyonnaise

     

    Recueillies par Catherin Bugnard les maximes et réflexions morales sont toujours d'actualité. Une façon comme une autre d'alimenter les conservations dès que vous devinez que vos hôtes vont commencer à s'ennuyer. Voici une petite sélection de ces petits bijoux du bon sens, avec... l'accent !

     

    « Méfie-toi des gones que savent faire rien de rien, ils sont capable de tout. »

     

    « Pour que le vin fasse du bien aux femmes, il faut que ce soyent les hommes qui le boivent. »

     

    « Tu vas pas apprendre à ta mère à faire des enfants ! »

     

    « Le temps passe, toi aussi. Et demain sera pas long à devenir hier. »

     

    « Pour ce qu'est de la chose de l'amour, n'y sois pas regardant, parce que, vois-tu, que t'en use ou que t'en use pas, ça s'use. »

     

    « Faut pas faire la besogne pour qu'elle soye faite. Faut la faire pour la faire. »

     

    « Tout le monde peuvent pas être de Lyon. Il en faut ben d'un peu partout. »

     

    « Tâche moyen de ne pas lâcher de bêtises, parce que t'auras beau courir après, t'auras de peine à les rattraper. »

     

    « On a beau dire que c'est difficile de mourir, manquablement tout un chacun finit bien par s'en tirer. »

     

    « T'as pas à t'en croire si t'es un beau bel homme ; t'en es pas rien cause. »

     

    « Le tout c'est pas d'y faire, c'est d'y penser ; mais, le difficile, c'est pas d'y penser, c'est d'y faire. »

     

    « C'est mal fait d'arriver à la fin de sa vie juste au moment où on commence à savoir vivre. »

     

    « Si t'as idées d'arriver centenaire, crains Dieu, bien sûr, mais crains surtout les courants d'air. »

     

    « Quand même qu'il est sur son trône, le Roi n'en est pas moins assis sur ses fesses, tout comme le canut sur sa banquette. »

     

    « Vaut mieux prendre chaud en mangeant que froid en travaillant. »

     

    « Entre les bêtes et les gens, y a bien souvent que le baptême que fait la différence. »

     

    « Dans le vie n'y a que deux moments qui comptent, celui qu'on vient et celui qu'on s'en va. Le reste est de remplissage. »

     

    « C'est juste quand on se porte le mieux que le mal vous agrape. »

     

    « Mieux vaut n'avoir rien eu qu'avoir perdu. En fin de compte ça revient au même et on n'a pas à avoir de regrets. »

     

    « Au travail, on fait ce qu'on peut mais à table, on se force. »

     

    « T'énerve donc pas ! Il faut laisser du temps au temps. »

     

    « Vaut mieux avoir compris qu'avoir appris. »

     

    « Si tu veux avoir de l'argent devant toi, il faut le mettre de côté. »

     

    « Le fabriquant mange quand il a faim, le canut quand il a pain. »

     

    « Nous autres, pauvres canuts, nous pouvons pas nous payer le médecin ; alors nous mourons nous-même. »

    Publié le 13 juin 2005 à 16:11:46 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) |

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