Dans le journal des tisseurs sur soie, l'Echo de la Fabrique d'août 1832 n°44, il est question d'un concours pour donner un nom aux ouvriers en soie. Une pièce à verser au dossier de l'origine du mot canut.
"CONCOURS.
Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs, en ouvrant un concours pour l'adoption d'un terme générique, à l'effet de désigner la classe générale des ouvriers en soie. Le nom de ferrandinier a été pris par un grand nombre de ces tisseurs, mais il ne nous semble pas devoir être adopté ; le ferrandinier est celui qui fait de la ferrandine, (étoffe passée de mode) comme le satinier, le taffetasier font des satins, des taffetas. Nous aurions préféré le mot de séricariens proposé par M. Meziat, mais il a aussi soulevé des objections. D'ailleurs nous ne devons pas oublier que c'est un sujet de goût et de convenance auquel le public doit donner son approbation.
Nous recevrons, et nous insérerons dans le journal toutes les propositions qui seront faites. Le concours sera fermé le 15 octobre prochain ; à cette époque nous ferons le choix de l'expression qui nous paraîtra la plus convenable, et nous nous en servirons dans le journal. L'auteur recevra pour indemnité un abonnement gratuit au journal, pendant toute sa durée."
Publié le 09 septembre 2005 à 09:10:20 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) | Permaliens
En 1832 dans l'Echo de la Fabrique, le journal des tisseurs sur soie, on pouvait lire sous la plume de Chastaing, ces quelques lignes qui ne manqueront pas d'intéresser les gones d'aujourd'hui.
" La liberté du commerce est corrélative à celle des hommes
eux-mêmes. Si on ne traite cette question que sous le rapport
des convenances nationales, elle présente des difficultés
peut-être insolubles ; mais si on l'envisage sous le rapport
de la liberté humaine, elle n'en présente plus. Supposez tous
les hommes frères comme ils devraient l'être, que
l'Angleterre, l'Italie, l'Allemagne, la France et les autres
contrées de l'Europe ne soient que de vastes provinces de ce
continent, et que l'Europe, à son tour, ne soit elle-même
qu'une province du monde, ainsi que l'Alsace, le Dauphiné, la
Normandie sont des provinces françaises, et alors croulera
l'échafaudage des lois prohibitives. L'alien bill et toutes
les lois restrictives de la liberté ne seront plus. L'homme
civilisé voyagera d'un pôle à l'autre plus commodément que le
sauvage, mais avec autant de liberté. On sera Anglais ou
Français de la même manière qu'on est Breton ou Lyonnais.
Ce temps approche ! Béranger en a donné le conseil dans une de
ses odes inimitables, et M. Cormenin l'entrevoit dans un
avenir peu éloigné. L'Europe est en travail d'une civilisation
nouvelle, s'écrie ce digne mandataire du peuple français dans
sa lettre sur la session de 1831, dont la publication est due
à la société : Aide-toi, le ciel t'aidera, et l'avenir nous
appartient."
Publié le 27 août 2005 à 21:12:45 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) | Permaliens
L'origine du mot "canut" donne lieu à tant d'explications que nous pouvons bien évoquer un gone qui n'a jamais mis ses clapotons dans la Grande Rue de la Croix-Rousse mais porte un nom qui ne peut que nous intéresser. Qui sait... un jour, une association décidera de fêter dignement saint Canut !
Canut IV fut roi du Danemark de 1080 à 1086. "Il gouverna" nous dit-on "avec sagesse, s'efforça d'adoucir les moeurs barbares de ses sujets et de supprimer l'esclavage. Il introduisit des colons étrangers et augmenta la puissance bienfaisante et civilisatrice de l'Eglise." Un premier bilan globalement positif... puis ça se gâte : "Il soumit la Prusse et la Courlante, mais empêché par une rebellion d'accomplir l'expédition qu'il projetait pour conquérir l'Angleterre, il châtia les révoltés si sévèrement qu'il déchaîna le peuple contre lui et fut tué à Odensée en 1086." Cela n'empêcha pas l'Eglise de le canoniser en 1 101... ce qui laisse de l'espoir à quelques uns de nos contemporains...
Publié le 12 août 2005 à 10:21:09 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (3) | Permaliens
A la fin du XIXème siècle le nouveau Larousse Illustré définissait ainsi le mot "canus" :
"Par le langage "canus" on entend une espèce d'argot particulier au bas peuple de Lyon. Quelques unes de ses expressions ne manquent pas d'un certain sel ; pour la plupart elles sont imitatives et forment de véritables onomatopées : "grabotter" pour gratter ; "gigauder" pour agiter les jambes, sauter. Le ton canus est traînard et lourd. Autrefois, on reconnaissait un Lyonnais, même de bonne famille, à sa façon de parler lente et traînarde ; cela se perd aujourd'hui, et de n'est plus que par plaisenterie, même dans le peuple, qu'on se sert du langage canus. Il a eu ses prosateurs, ses poètes et son théâtre (le théâtre de Guignol), plusieurs journaux, entre autres "Le Guignol."
Publié le 11 août 2005 à 16:11:49 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) | Permaliens
En 1832 le choléra est à Paris. Lyon s'inquiète et le journal des Canuts, l'Echo de la Fabrique, publie 35 mesures pour éviter l'épidémie.
"1° On doit balayer exactement les appartemens, et les débarrasser de toute espèce d'immondices et même des hardes hors de service, des meubles usés et inutiles, des linges sales qui les encombrent et répandent des exhalaisons malsaines.
2° On évitera d'y nourrir des poules, des pigeons, des tourterelles, des lapins, des cochons de mer ; on y élèvera le moins possible des chiens et des chats. Dans les maisons qui ont des écuries, on enlèvera le fumier tous les trois ou quatre jours.
3° On grattera et on lavera les carreaux couverts de boue. Toutefois on évitera l'humidité, et après le lavage, on allumera du feu dans l'appartement pendant un heure ou deux.
4° Il est encore utile de faire du feu chaque jour pendant quelques heures dans les chambres humides, les rez-de-chaussée, les arrière-boutiques où le soleil ne pénètre jamais. Ceux qui se servent de poêles dans ces lieux humides et obscurs, sont invités à ne pas les enlever, et à y faire du feu chaque jour, même pendant l'été. On les placera dans les cheminées, pour que la chaleur soit moins incommode. C'est un des meilleurs moyens de renouveler et de purifier l'air.
5° On ne fera pas sécher de linge dans les appartemens.
6° On ne laissera pas les fenêtres ouvertes pendant la nuit, mais on renouvellera l'air en ouvrant les fenêtres et les portes à plusieurs reprises dans le milieu du jour.
7° Ces moyens ne suffiraient pas dans les endroits malpropres depuis long-temps, dans ceux où l'on exerce quelque profession capable de corrompre l'air, dans ceux encore où beaucoup de personnes sont rassemblées ; il faut dans ces cas se servir de chlorures, comme nous l'indiquerons à la suite de cet avis.
8° On tiendra les latrines propres et exactement bouchées ; on nettoiera soigneusement chaque jour les vases de nuit ; on lavera à grande eau les éviers, les plombs, les conduits des eaux ménagères et pluviales.
9° La lumière du jour est nécessaire à la santé ; les appartemens les plus éclairés sont les plus sains : on tiendra donc constamment les vitres claires et transparentes. Il serait bien de passer un lait de chaux sur les murs des chambres qui n'ont pas été blanchis depuis long-temps.
10° On ne s'exposera pas aux variations de l'atmosphère ; on ne se promènera pas dans les soirées fraîches et humides, et a plus forte raison pendant la nuit.
11° On quittera le plus tard possible les habits d'hiver. On entretiendra la chaleur aux pieds, par des bas de laine qu'on changera au moins une fois par semaine ; au ventre, par un corset de flanelle ou de tricot, ou au moins par une large ceinture d'étoffe de laine. Ces objets devront être lavés tous les quinze jours.
12° L'usage de poser les pieds nus sur le sol en sortant du lit, de marcher nu-pieds est dangereux dans tous les temps, mais surtout pendant que le choléra existe.
13° Les vêtemens de laine seront tenus propres, car ils s'imprègnent aisément de sueur et de poussière.
14° On changera de linge au moins une fois par semaine.
15° On lavera les toiles de paillasse, et l'on renouvellera la paille s'il est possible. On fera carder les matelas, ou au moins on les exposera à l'air chaque jour pendant quelques heures ; le même soin est recommandé pour les couvertures, qui de plus devront être [4.1]battues fréquemment. On supprimera les rideaux des alcôves.
16° On lavera tous les matins avec l'eau de savon tiède les pieds, les jambes, les mains et la figure : ce soin est de première nécessité.
17° La manière de se nourrir est plus importante encore. Une nourriture composée exclusivement d'herbages et de légumes affaiblirait le corps ; une nourriture composée seulement de viandes fatiguerait l'estomac. Il convient donc de mêler ou d'alterner ces différens alimens.
18° L'usage trop répété de la salade, des radis, des fruits et autres crudités est dangereux.
19° On s'abstiendra de la viande des animaux trop jeunes. Celle des veaux, des agneaux, et surtout des chevreaux tués peu de jours après leur naissance, est nuisible.
20° Les viandes salées de boeuf ou de cochon ne seront prises qu'en très-petite quantité. Il en sera de même du poisson salé et des fromages fermentés.
21° Le pain doit être bien levé et bien cuit. Le pain rassis est préférable au pain frais. Ce dernier est indigeste.
22° Les haricots, les fèves, les poids, les lentilles sont difficiles à digérer, quand ils ne sont pas en purée.
23° II est dangereux de manger beaucoup à la fois. On devra surtout manger peu au repas du soir. Mais nous ne saurions trop recommander de diminuer la quantité des alimens, ou de se mettre à une diète absolue, dès qu'on sentira quelque malaise.
24° Les boissons demandent aussi beaucoup d'attention. Il convient de boire un peu de vin mêlé à l'eau pendant les repas. Les vins acides sont nuisibles. Il en est de même des vins tournés.
25° Le café n'est nécessaire qu'à ceux qui en ont pris l'habitude et dont l'estomac a besoin de cet excitant.
26° Les personnes dont l'estomac supporte difficilement le lait, doivent s'en priver.
27° Le vin, la bière, les liqueurs pris hors des repas sont nuisibles à l'estomac et dérangent la digestion.
28° L'habitude qu'ont beaucoup de gens de boire à jeun de l'eau-de-vie ou du vin blanc est surtout dangereuse, quand on n'y joint pas au moins un morceau de pain.
29° Les excès dans l'usage des boissons sont de tous les plus funestes. Le choléra frappe surtout les ivrognes, ceux qui mangent beaucoup, et ceux qui, même par occasion ou par entraînement, commettent un seul excès de ce genre.
30° L'eau elle-même ne doit pas être prise en trop grande quantité. Pour se désaltérer, on fera bien de ne pas la boire froide, quand on est en sueur. On y mêlera une cuillerée de vinaigre ou d'eau-de-vie par pinte.
31° La bonne eau doit être claire, fraîche ; elle doit bien cuire les légumes et bien dissoudre le savon. L'eau du Rhône est en général préférable à celle des pompes et des puits.
32° L'exercice convient toujours à la santé. Chacun devra donc continuer ses travaux, en évitant seulement une trop grande fatigue. Les dimanches et les jours de fête, les habitans doivent aller respirer l'air des lieux élevés et bien aérés.
33° Le calme de l'esprit est un des meilleurs préservatifs. Il faut donc ne pas s'abandonner à la crainte. Elle serait d'ailleurs peu fondée, puisque le choléra n'a jamais atteint plus d'un individu sur cent, dans les lieux où l'on a pris les mesures nécessaires...
34° On se préservera de toutes les grandes émotions : on a vu avec quelle rapidité le nombre des cholériques s'est accru pendant les désordres qui ont affligé dernièrement la capitale.
35° En résumé : un air pur, la propreté du corps et des appartemens, des alimens et des boissons de bonne qualité, une grande sobriété dans leur usage, un exercice modéré, le calme de l'esprit, tels sont les seuls moyens de se préserver du choléra et de diminuer ses ravages quand il existe."
Publié le 01 août 2005 à 10:18:56 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) | Permaliens
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