Publié le 10 juin 2005 à 18:14:36 dans Actualités croix-roussiennes | Commentaires (0) | Permaliens
Publié le 10 juin 2005 à 18:12:45 dans Actualités croix-roussiennes | Commentaires (0) | Permaliens
La boule lyonnaise
Ancien le jeu de boules ? Plus qu'on ne le croit ! Justin Godart dans son « Anthologie du Jeu de Boules » parue aux Editions du Cuvier en 1938, ne craint pas d'affirmer que les premiers témoignages de son existence remonte au XIème siècle avant Jésus-Christ. A cette époque, un jeune grec constatant que dans les exercices pratiqués, on courrait, on sautait, on lançait mais on ne faisait rien rouler, ce fit proposer un jour par Ephénéon, un mathématicien « de fabriquer une sphère plus petite que les pierres rondes qu'on lancerait et qui serait le but à atteindre ». Et puis on pourrait tracer des lignes, établir des règles. La sphérique, ancêtre du jeu de boules était née. C'est l'enthousiasme du côté de la faculté et l'illustre Gallien, médecin grec déclare : « La sphérique permet de reposer les membres fatigués et d'exercer ceux qui sont engourdis ». Les romains vont suivre. Pour preuve, on peut voir sur un sarcophage à Florence une scène représentant la vie du défunt qui n'est pas sans rappeler les gestes de nos boulistes.
Le Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXème au XVème de Frédéric Godefroy montre l'importance du jeu de boule à cette époque à travers les mots collectés et les exemples. Ainsi : « Quant on veut bouler et jouer à la longue boule, avant que la jetter on fait cinq ou six pas... ». Mais cet engouement n'est pas du goût de tout le monde et bientôt le pouvoir va sévir. Les rois estiment que ce jeu des plus pacifiques détourne les sujets d'exercices plus profitables à la défense du royaume, comme le tir à l'arc et à l'arbalète. En l'an 1369, Charles V publie un édit dans lequel il interdit outre les jeux de dés, de tables, de palmes, de quilles, de palet, de billes... et les jeux de boules !
L'Eglise au XVIIème siècle n'est pas en reste. Il faut croire que les moines et autres religieux ne craignaient point d'en « rouler une » au détriment des tâches plus sacrées puisque le Synode de Paris en 1697, défend aux ecclésiastiques « la boule en lieu publics et à la vue des séculiers. » Beaucoup de témoignages affirment que certes, le clergé obéira et ne s'exhibera plus sur la place ombragée du village, mais pratiquera ce jeu sur les belles galeries des cloîtres et dans les régions froides, n'hésitera pas à aménager des greniers, comme au couvent de Noirmoutier.
Toujours dans cette évocation des démêlées du jeu de boules avec les pouvoirs, il est difficile de ne pas citer cette affiche d'Esquiros, préfet de Marseille, en date du 22 octobre 1870.
« Avis aux Campagne »
On m'assure que, dans certaines communes rurales, quelques gardes nationaux apportent une extrême négligence à l'accomplissement de leurs devoirs patriotiques.
J'autorise les maires à déclarer mauvais citoyens tous ceux qui, à l'heure des exercices militaires, se livreraient à des jeux ou à des récréations intempestives.
Trêve aux amusements et aux exercices d'adresse, quand la France est sous les armes.
Laissons dormir les boules quand les boulets déchirent le sol sacré de la patrie. »
Le jeu de boules source de polémique ? Sans aucun doute. Si les pouvoirs s'en méfient, certains écrivains craignent le pire en l'interdisant. Ainsi Noré Brunel dresse un tableau apocalyptique s'il n'existait pas : « Demandez-vous ce qu'il adviendrait si le jeu de boules était aboli ? Demandez-vous ce que feraient tous ces ouvriers, tous ces commerçants, tous ces petits bourgeois, si le jeu de boules n'existait pas ?.... Les trois quarts de ces joueurs en seraient réduits à passer leurs loisirs dans les cafés, à jouer à la belote dans une atmosphère enfumée et alcoolisée. Cent mille Lyonnais discuteraient politique autour de tables chargées de bouteilles, et je vous assure bien que ces débats de bistrot n'arrangeraient pas les choses. » Et notre écrivain lyrique de conclure : « Nos moeurs seraient moins belles si le jeu de boules n'existait pas. »
D'autres auteurs ont défendu la boule dans leurs écrits et souvent avec talent. Ainsi par exemple le texte de Bernard Durand qui dresse un portrait saisissant du joueur : « Le joueur doit avoir de 45 à 50 ans ; c'est pour lui la belle saison de la vie, l'âge de la perfection : il a conservé la force qui exécute, il a acquis l'expérience qui dirige. » Et à propos de l'attitude du bouliste qui vient de lancer la boule : « Il la couve, il la protège du regard, il la conseille, il voudrait la voir obéissante à sa voix ; il en hâte ou bien il en ralentit la marche selon qu'une ravine ou un monticule l'arrête au passage, ou la précipite à une descente ; il l'encourage du geste, il la pousse de l'épaule, il la tempère de la main ; suspendu sur la pointe du pied, le bras tendu, le visage animé par une foule d'émotions diverses, il imprime à son corps les ondulations les plus bizarres. On dirait que son âme a passé dans sa boule. »
Evidemment Justin Godart lui-même, n'oublions pas qu'il fut ministre de la santé, trouve de grandes vertus au jeu de boules. Les joueurs constate-t-il vont passer des heures à aller et venir, « à se courber, à lancer leurs boules avec des gestes harmonieux nécessitant l'effort de tous les muscles, soit pour jeter le poids, soit pour maintenir l'équilibre du buste. » Essentiel à la santé mais aussi au tissu social, à l'apprentissage de la vie en collectivité : « La quadrette est solidaire : la maladresse de l'un retarde la victoire de tous : chaque coup est étudié en fonction de l'ensemble des possibilités de l'équipe ». L'ancien ministre conclut : « Ce n'est pas un des moindres avantages du sport-boules que cette éducation de l'équipe, que cette subordination volontaire de l'individu au groupe, que ce combat où le succès est collectif. »
Publié le 10 juin 2005 à 14:44:20 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) | Permaliens
Jérôme Dulaar et le cinéma
Il est probable que les stars qui montent les fameuses marches lors du Festival de Cannes, ignorent qui fut Jérôme Dulaar. Il n'est même pas certain qu'elles songent à cet instant aux frères Lumière à qui elles doivent un peu leur moment de gloire. Ainsi va la vie...
Dans la famille Belge des Dulaar, trois fils. Abraham né en 1863, Jérôme en 1867, Maurice en 1875. Le père est photographe et va transmettre sa passion aux trois gones. De façon indépendante ils vont se lancer dans l'aventure photographique et se passionner pour la nouvelle invention qui en découle, le cinéma. Jérôme qui avait fondé en 1893 le « Théâtre Mondain », une attraction foraine avec laquelle il voyageait dans toute la France, découvre en 1896 l'intérêt de ces images qui bougent. Certain que ce nouveau mode d'expression va faire fureur, il décide de créer le « Cinéographe », rachète la cinquantaine de films existant à l'époque et organise des projections dans les arrières salles de bistrots. C'est le succès ! Forain dans l'âme, il fabrique une salle démontable qu'il va promener dans la France entière. Il ne lui faut pas moins de quatorze voitures pour transporter l'ensemble du matériel, comprises les caravanes pour loger sa famille.
Il ne se contente pas d'utiliser les films tournés par d'autres et va devenir également un reporter d'images. Il filme à Lyon la visite du président de la République Emile Loubet, une partie de boules, « la Galoche », ce train qui reliait en 1898 la Croix-Rousse à Sathonay.
Cette activité va lui attirer des ennuis qui en définitives vont lui faire une publicité à laquelle il n'avait pas songée. Un jour, un habitant de Narbonne se reconnaît lors d'une projection. En avance sur son temps, il va intenter à Dulaar un procès qui en définitive apportera gloire et fortune à ce dernier. Les images en mouvement c'est bien, mais les accompagner d'une musique c'est mieux ! Il achète un orgue, branche quand il montre un chanteur, un phonographe afin de donner l'illusion d'un film parlant. Mieux, il va également colorer les films pour se rapprocher de la réalité. Ses projections sont maintenant célèbres d'autant qu'il n'hésite pas à les accompagner d'un spectacle de café-théâtre avec les artistes de renommés comme Mayol ou Delmet.
En 1908, apparaissent les films de longs métrages, le cinéma va passer de l'anecdote à l'expression culturelle. Cette évolution entraîne la création de salles de cinéma fixes et les premiers metteurs en scène vont réserver à ces lieux leurs films. Le cinéma forain va s'éteindre, Jérôme Dulaar le comprend rapidement. Il revient à la Croix-Rousse et se lance dans l'ouverture de salles. En 1912, il ouvre son premier cinéma qu'il baptise modestement le... « Dulaar », au 8 de la place de la Croix-Rousse. Même s'il n'est pas le premier sur le plateau, Girod est propriétaire depuis 1910 d'une salle place des Tapis, il deviendra le cinéma le plus ancien de la Croix-Rousse puisqu'il fermera ses portes en 1959. Ce lieu sera transformé en grande surface puis récemment en établissement de restauration rapide. Jérôme Dulaar décèdera le 21 août 1946 à Lyon et la municipalité donnera son nom à une petite rue croix-roussienne. Il est vrai que cet industriel forain qui plus que quiconque devina l'importance du cinéma dans les loisirs et la culture des hommes, fut aussi un bienfaiteur de la ville. Il n'oubliait jamais de verser des dons notamment aux cantines scolaires. Il fut également un conseiller municipal écouté.
Cette évocation de la vie de Jérôme Dulaar permet un regard sur l'extraordinaire éclosion de cinéma dans les quartiers au cours de la première moitié du XXème siècle. Pour prendre l'exemple de la Croix-Rousse, outre les deux salles que nous venons de citer, on note l'installation de Dargere en 1915 au 7 de la rue Diderot, dans la salle du père Coquillat, canut célèbre pour son amour du théâtre. En 1920, pas moins de 3 salles occupent le pourtour de la place de la Croix-Rousse : Au 8, Forgeron ; au 6 Giroud ; au 27 Lacroix. En 1933 sur le boulevard de la Croix-Rousse, se crée le Chanteclair disparu en 1982 et en 1937 c'est le Rialto, rue Eugène Pons qui voit le jour. Les patronages vont être aussi d'ardents défenseurs du cinématographe, quittes à veiller aux respects des « bonnes moeurs ». Les jeudi après-midi, le curé tend dans la cour du « patro » et projette des films. Ces séances vont donner naissance aux salles du Saint-Denis, Grande-Rue de la Croix-Rousse, au Saint-Augustin, rue Bournes, au Saint-Bruno, au Clos Jouve. De ces trois, il ne reste aujourd'hui que le CIFA Saint-Denis. C'est même le dernier cinéma de la colline de la Croix-Rousse. Grâce au dynamisme de ses bénévoles, à leur passion pour le cinéma, il reste droit sur son écran contre vents fiscaux et marées de concurrence télévisuelle. Un cinéma à l'ancienne, caisse à l'extérieure, balcon, courts métrages, entracte permettant de déguster les inévitables chocolats glacés, bar pour la convivialité. L'intérieur est lui par contre à la pointe du modernisme, sans les pop-corn, Dieu merci ! Un confort de vision et d'écoute qui n'a rien à envier aux gigantesques salles de la région.
Publié le 10 juin 2005 à 08:28:46 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) | Permaliens
Publié le 09 juin 2005 à 21:58:48 dans Actualités croix-roussiennes | Commentaires (0) | Permaliens
La bèche et la plate
Le Rhône et la Saône jouent un grand rôle dans la vie lyonnaise. Il en a toujours été ainsi. Deux mots évoquent une pratique aujourd'hui disparue, la bèche et la plate.
La bèche
C'est un bateau de petite dimension, garni de cerceaux, recouverts par une toile. On s'en servait pour traverser la Saône avant la construction du grand nombre de ponts, mais aussi pour se promener sur l'eau. Elle était conduite par des femmes. En 1821 l'avocat général M. de Fortis fait une description charmante de ces dames :
« Leur habillement est blanc et d'une propreté recherchée ; il ressemble à peu près à celui des paysannes du Lyonnais, à l'exception de la coiffure qui est un grand chapeau de paille, orné d'un ruban noué sous le menton. Les jours de dimanche et de fête, vous les voyez, assises sur le parapet du quai, à la file les une des autres, comme autant de sentinelles, cherchant à deviner au costume et à la démarche des passants s'ils arrivent pour faire une promenade sur la Saône ; elles les engagent, les pressent par des phrases caressantes et sonores, en leur parlant de la chaleur du jour et des agréments d'un voyage par eau. »
Une description des plus sensuelles :
« La position de ces nautonières, assises sur la proue du bateau, le mouvement de leurs bras nus qui déploient deux rames légères, donnent beaucoup de grâce à leur pose. Les voyageurs remarquent ordinairement que l'on trouve à Lyon et dans les environs beaucoup plus de belles femmes dans la classe du peuple que dans les autres provinces de France ; l'on en cite plusieurs parmi les batelières, et l'on a vu quelques unes de celle-ci passer de leurs modestes gondoles dans les beaux salons, par de riches mariages. »
Les bèches étaient aussi des établissements de bains froids quand elles étaient amarrées par 4 ou 5 à la deuxième pile du pont de Pierre du côte du quai de la Pêcherie.
La plate
C'est un bateau à laver. Le Lyonnais Besson eut le premier l'idée d'agencer une plate à l'usage des laveuses. Nizier de Puitspelu écrivit à la fin du XIXème : « Lorsqu'une bonne vous apporte quelques nouvelle importante, comme par exemple, celle du mariage du fils de la bouchère ou celle de la grossesse de la fruitière, demandez-lui d'où elle le tient, elle vous répondra infailliblement : Madame, on me l'a dit à la plate... » La première plate à eau chaude remonte à 1860. On compta jusqu'à 110 plates sur le Rhône et la Saône. La dernière fut construite en 1910. Elles disparurent au milieu du XXème s. Il existe à Vaulx en Velin un chemin des Plates.
Publié le 09 juin 2005 à 18:55:30 dans Sites disparus | Commentaires (0) | Permaliens
Publié le 09 juin 2005 à 15:17:34 dans Actualités croix-roussiennes | Commentaires (0) | Permaliens
Les gones de la MEJ ont été les premiers à occuper le Jardin de la rue d'Ivry qui devrait être inauguré début juillet. Avec compétence et sérieux, ils ont planté quelques graines qui devraient donner naissance à toutes sortes de surprises.
Publié le 08 juin 2005 à 21:43:09 dans Actualités croix-roussiennes | Commentaires (0) | Permaliens
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