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Présentation

Robert Luc, historien de la Croix-rousse.

Les Bambanes, les traboules de Lyon et les canuts de la croix-rousse.

robert.luc2@wanadoo.fr
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Le mot de canut (3)

Lettre d'un lecteur de l'Echo de la Fabrique d'octobre 1832... qui devant l'histoire aura eu le dernier mot !

 AU RÉDACTEUR.

J'ai cru, Monsieur, que c'était une plaisanterie que votre concours ouvert pour trouver un nom euphonique, dites-vous, à la classe générale des ouvriers en soie. Je vois avec peine que vous y persistez : pourquoi donc, enfans ingrats, rougirions-nous du nom que nos pères nous ont laissé ! pourquoi cette susceptibilité, pour mieux dire, cette pruderie ? Qu'a donc de déshonorant le nom de canut ? qu'importe que ce soit par raillerie ou autrement qu'on nous le donne ? Par lui-même un mot n'a rien de fâcheux.

Appelons-nous canuts et soyons citoyens.

Votre concours à mon avis est inutile, et son but est oiseux ; ce n'est pas de trouver un nom à notre profession qu'il faut vous enquérir, permettez-moi de vous le dire, mais bien des améliorations à notre état social. Je me suis laissé dire que dans une ville qu'on appelait Bysance, et qui était assiégée par une armée ennemie, des moines qui l'habitaient discutaient gravement une question théologique ; pendant ce temps l'ennemi prit la ville, et les moines allèrent en esclavage continuer leur lumineuse discussion. Sans remonter à une époque éloignée, sous le consulat de Bonaparte, on discuta beaucoup sur l'importance relative des mots citoyen et Monsieur ; et pendant ce débat, la république périt. Serions-nous, par hazard, à notre insu, dans une position analogue.

Je vous propose donc de fermer une discussion au moins intempestive, et de chercher au contraire à rendre au nom de canut toute la gloire qu'il mérite, étant porté par des hommes probres et laborieux.

Intitulez-vous hautement journal des canuts, on en rira d'abord, ensuite on s'y accoutumera ; ce nom deviendra aussi noble que celui de banquier, médecin, avocat, etc., et vous aurez fait un acte de haute sagesse.

Labory.

Publié le 03 décembre 2005 à 07:54:40 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) |

Le mot canut (2)

Quelques lettre de lecteurs de l'Echo de la Fabrique du mois d'octobre 1832 concernant le concours pour remplacer le mot de canut :

 "AU RÉDACTEUR.

Lyon, 30 août 1832.

Monsieur,

Le mot polymithes (μιτοσ) polymitus peut-il remplacer celui de ferrandinier, pour désigner la classe générale des ouvriers en soie ?

Quoi qu'il n'y ait point de synonymes parfaits, il semble, néanmoins, que deux langues se trouvent dans la même langue. Les mots anciens, et les mots nouveaux d'une langue sont synonymes. C'est ainsi que jusqu'alors Ferrandiniers a été regardé comme synonyme des ouvriers en soie, quoi qu'il y ait une grande différence entre ces mots ; le premier, considéré mot collectif, a été adopté parce qu'il est fort inutile d'avoir plusieurs mots pour une idée, et qu'il est avantageux d'avoir des mots particuliers pour toutes les idées qui ont quelque rapport entre elles. On juge de la richesse d'une langue par le nombre des pensées qu'elle peut rendre, et non par le nombre des articulations de la voix. Or les mots : Ferrandinier, satinier, taffetatier, etc., lorsqu'il ne s'agit que de faire entendre l'idée commune, sans y joindre ou sans en exclure les idées accessoires, peuvent être employés indistinctement, puisqu'ils sont tous propres à exprimer ce qu'on veut faire entendre. Mais ils ne peuvent être employés pour exprimer une idée générale, puisque chacun d'eux a une force particulière qui le distingue de l'autre.

La classe générale des ouvriers en soie me parait pouvoir être désignée par le terme polymithes que je propose, parce que dans ce seul mot je trouve plusieurs significations, telles que : fil, trame, tissu, broderie, et par cela même me paraît le plus propre à désigner la classe des ouvriers en soie, sous la dénomination de Classe polymithérienne. Cette expression est une synecdoque, ou si l'on préfère, une métonymie, puisque je donne une signification générale a un mot qui en a quatre particulières.

J'ai l'honneur d'être, etc.

BITRY.

 AU MÊME.

Lyon, le 12 octobre 1832.

Monsieur,

Désirant concourir pour la fixation d'un terme désignatif de la classe générale des ouvriers en soie, voici ce que j'ai l'honneur de proposer :

Puisque par le mot soieries l'on entend toutes les diverses sortes d'étoffes de soie, je pense que de ce terme générique doit naturellement dériver celui qui doit désigner en masse les divers ouvriers qui les fabriquent. Conséquemment, on devrait les nommer soieriniers, soierineurs ou soierinistes. On dirait soieriniers en général, comme on dit spécialement satiniers, rubaniers, jacquardiers, veloutiers, etc. Soierineurs pourrait se dire comme on dit indienneurs, chineurs, tourneurs, etc., et soierinistes comme on dit tulistes, ébénistes, lampistes, etc. Les deux premières terminaisons sont celles le plus généralement adoptées dans les mots appellatifs des ouvriers des divers états. Celle en ier me semble la plus euphonique ; celle en iste, la plus sonore et la plus noble.

[5.1]Quant au sericarius des latins, on aurait tort d'en faire séricariens. En néologie on doit toujours prendre pour guide la méthode suivie dans les cas analogues à celui dont on s'occupe. Que voyons-nous dans la transformation de mots latins en français, dans le genre en question ? Que de matériarius on a fait charpentier : du carbonarius, charbonnier ; du serarius, serrurier ; de vestiarius, tailleur ; de coriarius, corroyeur, tanneur, etc. Il est donc certain qu'à cet égard, le génie de notre langue est de donner à la terminaison latine arius celles en ier et en eur comme équipollentes. – Nul ne s'est jamais avisé, je pense, en francisant les termes latins précités, de dire : Matérarien, carbonarien, vestiarien, coriarien, etc. Dans notre langue, cette terminaison en ien n'est presque jamais affectée aux noms d'individus employés à travaux purement manuels ; elle semble réservée principalement pour ceux qui s'appliquent aux intellectuels. Exemples : Mathématiciens, physiciens, logiciens, métaphysiciens, etc. ; ou pour les noms de peuples : Égyptiens, Indiens, Lithuaniens ; Alsaciens, etc., ou ceux de partisans d'opinions religieuses ou philosophiques : Païens, Chrétiens, Ariens, Pharisiens, etc., d'une part ; et de l'autre : pythagoriciens, platoniciens, stoïciens, péripatéticiens, cartésiens, etc., d'où je conclus que séricariens ne saurait être admis. Mais que si l'on tient à une dérivation immédiate du latin, il faut suivre la méthode employée par nos devanciers en néologie, méthode à laquelle je me suis conformé pour les dérivés que j'ai tirés du mot soieries, qui lui-même en est un de la racine latine, et par conséquent dire : sericariers ou sericarieurs, ou sericareurs ou sericaristes, ou sericarinistes, si l'on rejette soieriniers, soierineurs et soierinistes, mots qui me semblent, avec leur physionomie toute française, bien plus présentables à l'acceptation, et qui, surtout, laisseraient dans l'esprit, qui sans difficultés aucune pourraient les analyser, une idée bien plus juste que celui de séricariens.

J'ai l'honneur d'être, etc.

Un Veloutier."

Publié le 03 décembre 2005 à 07:50:53 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) |

Le mot canut (1)

L'Echo de la Fabrique en 1832 organise un concours pour trouver un autre nom remplaçant le mot de canut. Extrait du numéro d'octobre 1832

 

"Suite du rapport de M. Marius Chastaing, Sur le concours etc.

Pour vous fixer sur l'adoption du mot que vous cherchez pour remplacer celui de Canut, il convient ce me semble, vu le grand nombre de ceux qui vous sont proposés, de procéder par voie d'exclusion afin de ne délibérer, que sur celui ou ceux qui vous paraîtront propres à remplir le but que vous vous êtes proposé.

Pour marcher avec ordre dans cette investigation il faut bien se pénétrer que le mot qui doit remplacer celui de Canut doit avoir les qualités suivantes et dans cet ordre : 1° être simple ; 2° euphonique ; 3° complet : simple il doit n'être qu'un mot composé de peu de syllabes ; euphonique, il doit être agréable et facile à prononcer : complet, il doit désigner suffisamment l'ouvrier en soie actuel qui tisse alternativement toutes sortes de matières. Partant de ces bases, je vous propose d'exclure les mots cotés sous les nos 11, 16 et 22 proposés par MM. Cheneval, Charnier et Topin pour défaut de simplicité ; je pense devoir aussi vous proposer de repousser pour défaut d'harmonie les mots cotés sous les nos 1, 2, 8, 9, 10, 13, 21, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 37, 39 et 40 et proposés par MM. Meziat, Cornillon, Cl. B....t, Leborgne ; anonyme, veloutier, Thevenin et Gulliot.

Quant à M. Labory, qui a proposé le mot de Canut, enregistré sous le n° 23 ; et M. Correard qui a fait la même proposition ; ces deux messieurs se sont exclus eux-mêmes du concours puisqu'ils n'ont cherché à en remplir aucune des conditions.

En cet état il ne reste plus que dix-huit mots à examiner et à vérifier s'ils remplissent la 3me et dernière condition du concours la plus importante : ces dix-huit mots sont les suivants :

N. ° 3. Tissericien ; n.° 4 tisseur, n.° 5 tissoie ; n° 6 arachnéen ; n.° 7 polymithe ; n.° 12 tissutier : n.° 14 tissoyer ; n.° 15 bombixier ; n.° 17 tissoyen ; n.° 18 tissoierien ; n.° 19 pamphilarien ; n.° 20 bombitisseur ; n.° 24 soerinier ; n.° 25 soierineur ; n.° 26 soieriniste ; n.° 36 seritisseur ; n.° 38 bombicinaire n.° 41 omnitisseur.

De ces divers mots six seulement remplissent la condition dont s'agit de présenter une idée complète des travaux de l'ouvrier en soie, savoir :

N° 4 tisseur ; n. ° 6 arachnéen ; n. ° 7 polymithe : n. ° 12 tissutier ; n.° 19 pamphilarien ; n.° 41 omnitisseur.

Trois de ces mots empruntés : deux à la mythologie, (arachnéen et pamphilarien), et l'autre aux abstractions d'une étymologie savante (polymithe) ne me paraissent pas pouvoir être adoptés par le fait seul qu'il sont trop en dehors des idées reçues ; on ne pourrait s'en servir que d'une manière scientifique, où dans un langage poétique. Je crois qu'il serait difficile de les transporter dans la langue vulgaire.

Arachnée fut une habile ouvrière sur les tissus, et osa défier Minerve et même la surpassa, la déesse irritée la changea en araignée.

Pamphila, de l'île de Cos, connut la première l'art d'ouvrer la soie.

Voila les bases sur lesquelles MM. Colomb, père et fils, se sont appuyés pour vous proposer d'adopter ces mots.

Le nom de polymithe serait encore moins compris. M. Bitry, qui le propose, en donne les racines dans une lettre qui est sous vos yeux. On trouve dans ce mot fil, tissu, trame, broderie, il en conclut que l'ouvrier qui emploie tout cela est polymithe comme l'écrivain qui traite divers sujets, s'appelle en littérature polygraphe.

Si vous n'adoptez aucun de ces trois noms il vous restera à comparer le mérite des mots, tisseur, tissutier et omnitisseur proposé le premier par M. Charbon, le 2e par N. Renigu, le 3e par M. Bouvery. Si vous me demandez mon avis je voterai pour le mot de tisseur.

Enfin, Messieurs, comme je ne dois omettre aucune des combinaisons qui se présentent, si vous teniez moins au sens complet du mot que vous choisirez qu'à son euphonie ; si vous pensiez qu'il n'est pas nécessaire de s'occuper de la désignation des matières diverses dont l'ouvrier en soie fait ses tissus et qu'en indiquant la classe des ouvriers en soie on a satisfait au concours, le cercle s'agrandit. Vous avez douze noms à choisir, qui tous se rapportent au tissage de la soie, par des étymologies à peu-près justes, et tirées de la matière même. La soie en latin serica, ou du ver qui la produit, et dont le nom latin est bombyx.

Voici ces douze mots : du mot français soie :
N° 5, tissoie proposé par M. Domaine jeune.
N° 14, tissoyer idem Vettard
N° 17, tissoyen idem Morel
N° 18, tissoirien idem idem

de serica, (soie en latin.)
N° 3, tissericien proposé par M. Méziat.
N° 36, seritisseur idem Guillot

de bombix (ver en soie.)
N° 15, bombixier idem Janin
N° 20, bombitisseur idem J.. H..
N° 38, bombycinaire idem Guillot.

Une dernière combinaison s'offre, c'est celle qu'un anonyme qui signe un veloutier a détaillée avec esprit dans la lettre ci-jointe, et qui consiste à prendre pour racine du mot nouveau, à former le mot technique et connu de soie, et de lui donner une désinence également connue et en usage, et d'appeler par conséquent l'ouvrier en soie : soierinier, soierineur, soieriniste. (N° 24, 25 et 26).

En résumé j'appellerai votre attention spécialement sur les mots suivans :

N° 4, tisseur
N° 24, soierinier
N° 26, soieriniste
N° 36, seritisseur.

Quant au mot de polymithe, trop savant pour être adopté, la langue française devrait se l'approprier pour s'en servir dans le langage poétique ; je pense qu'avant de prendre une détermination aussi grave que celle que la grande majorité de vos collègues attend de vous, vous voudrez entendre les concurrens eux-mêmes et recevoir les lumières d'une commission que je vous propose de nommer à ce sujet. i

Je vous demanderai la permission de faire insérer dans le journal, à la suite de ce rapport, 1° la lettre de M. Labory sur le mot canut ; 2° celle de M. Bitry sur celui de polimythe ; 3° celle de M... veloutier sur les divers mots qu'il a proposés de soierinier etc. Je pense que l'impression des autres lettres serait inutile. Votre commission aura à cet égard son libre arbitre."

Publié le 03 décembre 2005 à 07:46:50 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) |

3 décembre....1831

Le duc d'Orléans entre à Lyon : "Tout ce que nous pourrions dire serait moins expressif que l'élan de toute la population se pressant sur son passage, et faisant retentir l'air de vivas prolongés et d'acclamations unanimes. S. A. R. a été reçu par les autorités civiles et militaires."

Publié le 03 décembre 2005 à 07:36:27 dans Ce jour là.... | Commentaires (0) |