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Quelques lettre de lecteurs de l'Echo de la Fabrique du mois d'octobre 1832 concernant le concours pour remplacer le mot de canut :
Lyon, 30 août 1832.
Monsieur,
Le mot polymithes (μιτοσ) polymitus peut-il remplacer celui de ferrandinier, pour désigner la classe générale des ouvriers en soie ?
Quoi qu'il n'y ait point de synonymes parfaits, il semble, néanmoins, que deux langues se trouvent dans la même langue. Les mots anciens, et les mots nouveaux d'une langue sont synonymes. C'est ainsi que jusqu'alors Ferrandiniers a été regardé comme synonyme des ouvriers en soie, quoi qu'il y ait une grande différence entre ces mots ; le premier, considéré mot collectif, a été adopté parce qu'il est fort inutile d'avoir plusieurs mots pour une idée, et qu'il est avantageux d'avoir des mots particuliers pour toutes les idées qui ont quelque rapport entre elles. On juge de la richesse d'une langue par le nombre des pensées qu'elle peut rendre, et non par le nombre des articulations de la voix. Or les mots : Ferrandinier, satinier, taffetatier, etc., lorsqu'il ne s'agit que de faire entendre l'idée commune, sans y joindre ou sans en exclure les idées accessoires, peuvent être employés indistinctement, puisqu'ils sont tous propres à exprimer ce qu'on veut faire entendre. Mais ils ne peuvent être employés pour exprimer une idée générale, puisque chacun d'eux a une force particulière qui le distingue de l'autre.
La classe générale des ouvriers en soie me parait pouvoir être désignée par le terme polymithes que je propose, parce que dans ce seul mot je trouve plusieurs significations, telles que : fil, trame, tissu, broderie, et par cela même me paraît le plus propre à désigner la classe des ouvriers en soie, sous la dénomination de Classe polymithérienne. Cette expression est une synecdoque, ou si l'on préfère, une métonymie, puisque je donne une signification générale a un mot qui en a quatre particulières.
J'ai l'honneur d'être, etc.
BITRY.
Lyon, le 12 octobre 1832.
Monsieur,
Désirant concourir pour la fixation d'un terme désignatif de la classe générale des ouvriers en soie, voici ce que j'ai l'honneur de proposer :
Puisque par le mot soieries l'on entend toutes les diverses sortes d'étoffes de soie, je pense que de ce terme générique doit naturellement dériver celui qui doit désigner en masse les divers ouvriers qui les fabriquent. Conséquemment, on devrait les nommer soieriniers, soierineurs ou soierinistes. On dirait soieriniers en général, comme on dit spécialement satiniers, rubaniers, jacquardiers, veloutiers, etc. Soierineurs pourrait se dire comme on dit indienneurs, chineurs, tourneurs, etc., et soierinistes comme on dit tulistes, ébénistes, lampistes, etc. Les deux premières terminaisons sont celles le plus généralement adoptées dans les mots appellatifs des ouvriers des divers états. Celle en ier me semble la plus euphonique ; celle en iste, la plus sonore et la plus noble.
[5.1]Quant au sericarius des latins, on aurait tort d'en faire séricariens. En néologie on doit toujours prendre pour guide la méthode suivie dans les cas analogues à celui dont on s'occupe. Que voyons-nous dans la transformation de mots latins en français, dans le genre en question ? Que de matériarius on a fait charpentier : du carbonarius, charbonnier ; du serarius, serrurier ; de vestiarius, tailleur ; de coriarius, corroyeur, tanneur, etc. Il est donc certain qu'à cet égard, le génie de notre langue est de donner à la terminaison latine arius celles en ier et en eur comme équipollentes. – Nul ne s'est jamais avisé, je pense, en francisant les termes latins précités, de dire : Matérarien, carbonarien, vestiarien, coriarien, etc. Dans notre langue, cette terminaison en ien n'est presque jamais affectée aux noms d'individus employés à travaux purement manuels ; elle semble réservée principalement pour ceux qui s'appliquent aux intellectuels. Exemples : Mathématiciens, physiciens, logiciens, métaphysiciens, etc. ; ou pour les noms de peuples : Égyptiens, Indiens, Lithuaniens ; Alsaciens, etc., ou ceux de partisans d'opinions religieuses ou philosophiques : Païens, Chrétiens, Ariens, Pharisiens, etc., d'une part ; et de l'autre : pythagoriciens, platoniciens, stoïciens, péripatéticiens, cartésiens, etc., d'où je conclus que séricariens ne saurait être admis. Mais que si l'on tient à une dérivation immédiate du latin, il faut suivre la méthode employée par nos devanciers en néologie, méthode à laquelle je me suis conformé pour les dérivés que j'ai tirés du mot soieries, qui lui-même en est un de la racine latine, et par conséquent dire : sericariers ou sericarieurs, ou sericareurs ou sericaristes, ou sericarinistes, si l'on rejette soieriniers, soierineurs et soierinistes, mots qui me semblent, avec leur physionomie toute française, bien plus présentables à l'acceptation, et qui, surtout, laisseraient dans l'esprit, qui sans difficultés aucune pourraient les analyser, une idée bien plus juste que celui de séricariens.
J'ai l'honneur d'être, etc.
Un Veloutier."
Publié le 03 décembre 2005 à 07:50:53 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (0) | Permaliens
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