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Présentation

Robert Luc, historien de la Croix-rousse.

Les Bambanes, les traboules de Lyon et les canuts de la croix-rousse.

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Guignol

Portraits des autres personnages de la troupe de Guignol

 

Gnafron :

On peut s'interroger : Guignol serait-il encore parmi nous si Gnafron n'avait pas existé ? Ce philosophe assoiffé est essentiel dans le théâtre de marionnettes. Il donne du relief, de l'épaisseur aux dialogues et le spectateur ne craint point de s'identifier à lui. Justin Godart évoque sa personnalité : « ...Gnafron, l'intrépide consommateur, qui, grâce au Beaujolais, maintient sa verve en éveil, méprise les embiernes de l'existence, garde l'âme sensible, l'esprit fraternel, et arbore fièrement sur son nez les couleurs de sa belle : la vigne. » Profession : « gnafre », c'est-à-dire « regrolleur »... savetier... bref... cordonnier ou de façon plus élégante : bijoutier sur le genou ! Un haut chapeau, le « bugne », un vieux tablier de cuir gras. Sa voix est sans doute ce qui donne du caractère à la marionnette, son charisme. En 1908 Etienne Charles l'explique en ces termes : « Cette laryngite chronique due au brouillard aggravée par un éraillement terrible, résultat d'un abus excessif de vin. » Il a les dents « laquées par le jus de tabac » et sa trogne est rouge, colorée uniquement par le Beaujolais.

Madelon :

Camisole blanche, bonnet aux larges canons, voici Madelon, épouse de canut, épouse de Guignol. A ce double titre la vie ne l'a guère épargnée. Résultat, son caractère est aigri. Elle ne cesse d'houspiller Guignol qui a tendance à délaisser son métier à tisser. Mais si Madelon est le type de la mégère acariâtre, elle reste, malgré les coups de tavelle de son époux, fidèle à Guignol. Elle veille sur les finances du ménage. Peu importe les fins de mois difficiles, Madelon sera toujours proprette avec son tablier bleu et blanc.

Monsieur le Bailli :

Maire, juge, notable, c'est en quelque sorte le symbole du pouvoir judiciaire et politique. Grosses lunettes et favoris blonds.

Canezou :

C'est le propriétaire, vêtu de son bonnet grec et de sa robe de chambre. Très présent dans le répertoire de Guignol et pour cause : Si le canut du XIXème siècle est souvent propriétaire du métier à tisser, c'est un chef d'atelier, il est locataire de son atelier logement. En cas de crise, il ne peut payer son loyer et risque de se retrouver à la rue.

Le gendarme :

C'est bien entendu un des personnages clés du théâtre même si à Lyon, il est moins rossé qu'à Paris.

Dondon :

La jeune fille, « apprentisse » et bien entendu canuse. Sa présence permet à Guignol de décliner le vocabulaire amoureux du parler lyonnais, très riche en ce domaine. Le tisseur sur soie, pour des raisons économiques, n'épousait qu'une canuse...

Robert Luc

Texte paru dans Pays de Rhône Alpes n°10 de septembre 2005

Publié le 20 octobre 2005 à 08:01:21 dans Textes croix-roussiens | Commentaires (0) |

Le 20 octobre....1790

Le roi renonce, pour éviter de tomber sous l'influence du comte d'Artois et des princes, à venir à Lyon. Ce projet, organisé par le salon français et les milieux royalistes lyonnais animés par Imbert-Colomès, est délaissé en faveur d'un départ pour l'Est.

Publié le 20 octobre 2005 à 07:47:10 dans Ce jour là.... | Commentaires (0) |

Guignol

L'esprit de Guignol

Guignol est pratiquement devenu le nom de tout théâtre de marionnettes. Pourtant  l'esprit Guignol est particulier. A-t-il survécu aux imitations et au politiquement correct ambiant ? Et d'abord qu'est-ce qui est unique chez ce personnage éternel ?

 

On ne peut parler de l'esprit de Guignol sans s'arrêter sur la marionnette elle-même. Contrairement à ses homonymes télévisuels, Guignol, Gnafron, Madelon et les autres ont un visage fixe. Pas de mouvement de lèvres, de clignements d'yeux, de gestes souples permettant d'exprimer une multitude de sentiments. C'est ici qu'intervient à la fois le savoir-faire du fabriquant de la marionnette et celui du marionnettiste. Laurent Mourguet a établi les grands traits de Guignol qui perdurent aujourd'hui. « ...la face imberbe et arrondie, plutôt empâtée aux mandibules, avec un nez court, dont le dos s'efface au niveau des joues. Les pommettes saillantes, les yeux grands ouverts, très cernés de cils noirs, les sourcils arqués et relevés, donnant l'expression de l'étonnement, de la candeur, doux apanages de la jeunesse ; les commissures de la bouche relevées et pointées, exprimant la jovialité et l'insouciance » écrit le docteur Gros en 1909. A l'évidence, si l'habit et la coiffure ne changent pas, il n'y a pas qu'un seul visage de Guignol et l'on peut avoir ses préférences. La première marionnette de Guignol, celle de Laurent Mourguet, a le sourire plus discret et une présence du regard qui, je l'avoue, me fascine.

Cette tête de bois sans vie, ce buste revêtu de la redingote qui cache la gaine par laquelle le marionnettiste introduit son avant bras et ces deux bras rigides, vont devoir s'animer. Là est le talent, là est l'art. On ne s'improvise pas marionnettiste. Oh certes, il est aisé d'agiter pendant quelques secondes ses doigts, faire bouger de haut en bas la tête et faire applaudir notre Guignol ! Mais après ? Un peu succinct notre répertoire d'attitudes. L'esprit de Guignol est aussi dans la capacité de l'artiste à nous faire oublier ce qui est rigide et sans expression, donner de la fluidité aux gestes d'amour et d'amitié, de la tension dans les mouvements d'événements. Il faut que les gones et les fenottes assis sur les bancs, qu'ils soient hauts comme trois pommes, mère de famille nombreuse, « pédégé » d'une multinationale ou peintre en bâtiment, croient durs comme fer que Gnafron est en colère, que Guignol a peur des gendarmes et Madelon inquiète pour paiement du loyer. Caché, l'artiste marionnettiste, tout en tenant à bout de bras ses acteurs, leur donne une âme, leur offre la vie. Gérard Truchet se souvient avec fierté d'avoir su captiver l'attention du public en faisant traverser le castelet par la marionnette du pape Jean-Paul II, dans un silence... religieux. L'esprit de Guignol réside aussi dans la manipulation. Pierre Rousset, marionnettiste de talent du XIXème siècle disait : « Je n'étais pas moi, j'étais Guignol... Dans les passages émouvants quand Guignol faisait pleurer, j'avais des frissons dans les doigts. »

Le castelet, ce petit théâtre où se joue un spectacle de marionnettes, étant dressé, les personnages prêts à intervenir devant le décor représentant le plus souvent un quartier de Lyon, les trois coups peuvent être frappés et l'esprit de Guignol s'incarner par le verbe et l'accent. Ah l'accent « yonnais » ! Peut-on concevoir un spectacle de Guignol sans lui ? Sujet de polémique s'il en est. Etant incapable d'assister à une pièce de Shakespeare dans le texte, je me garderai bien de grogner en écoutant Gnafron jurer « avé l'accent du Midi » et Guignol plaisanter avec celui du Titi parisien. Mais pour les mêmes raisons, je ne saurai trop conseiller de goûter à un spectacle où  l'utilisation du parler lyonnais s'accompagne du « ton canus, traînard et lourd » comme l'écrit à son propos le Larousse du XIXème siècle. Cette musique particulière restitue sans doute une partie importante de l'esprit de Guignol. Une partie, pas l'ensemble.

En dehors du répertoire patiemment collecté par Onofrio où l'on retrouve les grands classiques du théâtre de Mourguet comme « Le Déménagement », « Le Pot de Confiture », « Les Couverts Volés », et qui fut par la suite enrichi par de nombreux auteurs, l'esprit de Guignol acquiert toute sa dimension dans les impromptus. Une trame permet aux acteurs de suivre une direction générale mais brusquement, sans crier gare, Gnafron ou Guignol inventent, bien avant les chansonniers parisiens coutumiers du fait, l'interpellation du spectateur. Ils sont attentifs à la salle, soucieux de mettre les rieurs de leur côté. Une pratique qu'ils adaptent également pour les spectacles destinés aux enfants, toujours sollicités et qui répondent avec un enthousiasme jamais démenti. A ce propos, il n'est pas inconcevable de penser que la longévité de Guignol s'explique également dans cette faculté de s'adresser sans bouleversement important, aussi bien aux enfants qu'aux adultes. Ce n'est pas le cas pour tous les homonymes de Guignol.

Comme ses homonymes, la marionnette lyonnaise se tient au courant de l'actualité et fait intervenir un grand nombre de personnalités locales ou nationales. Et on peut imaginer les dites personnalités assez fières d'apparaître sur scène. D'autant que les sujets ne sont jamais atteints dans leur dignité. L'esprit de Guignol est frondeur certes, il est tout naturellement du côté du peuple, ses origines canuses sont là pour le lui rappeler, mais c'est sans méchanceté, sans agressivité haineuse qu'il brocarde. C'est plus sûrement le bon sens des gones qui le guide pour asséner quelques vérités sans fard. Ainsi dans les pièces, il est contre les pouvoirs. Ceux des gendarmes mais il est loin d'être anarchiste. Ceux des propriétaires mais Guignol ne revendique pas l'abolition de la propriété et après bien des tours et des détours... paie son loyer. Ses imprécations contre les « scélérats de regrattiers » ne le conduit pas à faire exploser la maison du régisseur d'immeuble. Justin Godart, ministre de la santé, maire provisoire de Lyon à la Libération et... président des Amis de Guignol (jadis les hommes politiques étaient sérieux puisqu'ils avaient de l'humour...) disait de Guignol : « C'est la bonne gognandise (plaisanterie un peu grivoise NDLR), c'est la saine gaîté, c'est la franchise, c'est la tradition de nos bistanclaques laborieux, sobre. Lyon, Guignol, Guignol, Lyon, ça se tient comme les dix doigts de la main. Nous avons donc à conserver et à faire aimer tout ce qui est du Lyon populaire familial qu'évoque Guignol : les coutumes, les moeurs, la canuserie, les choses, les aspects. »

Ainsi l'esprit de cette marionnette est bien dans l'esprit du peuple lyonnais. Une juste mesure, un subtil équilibre même dans les plaisanteries et jeux de mots un peu lestes. Si l'amoureux Lyonnais de Guignol est prêt à entendre sur le castelet un autre accent que le sien, il n'est pas certain qu'il goûte certains mots... trop réaliste et il préfèrera toujours les « embiernes » aux « emm....ment du Parisien » comme l'écrit Nizier du Puitspelu, l'auteur du Littré de la Grand'Côte.

Et le seul juron que prononce Guignol est plutôt anodin : « Nom d'un rat ! » Pas de quoi boucher les oreilles de nos chérubins habitués à un autre langage télévisuel.

Aujourd'hui, les successeurs de Mourguet, les Zonzons, Daniel Streble, le Véritable Guignol de Lyon, pour ne parler que des Lyonnais, ont su respecter cet esprit particulier. Chacun avec sa personnalité ce qui ne peut qu'enrichir le domaine de Guignol. Comme tout ce qui est vivant, le théâtre de Guignol n'est pas figé dans la cire et il n'est pas tout à fait celui de Mourguet et de ses proches successeurs. On aurait du mal aujourd'hui à applaudir Guignol quand il administre des « volées de picarlat » à sa femme ! Soyons honnête : Dans la tradition, Guignol fait taire Madelon à coups de « racine d'Amérique » et ce sont « les théâtres du Luxembourg et des Champs-Élysées » précise Tancrède de Visan en 1908, qui ont popularisé le bâton de Guignol à l'adresse des gendarmes. A Lyon, « ce n'est que pour le bon motif » que la maréchaussée est atteinte dans sa dignité.

Bien entendue, le succès de Guignol, son enracinement dans le patrimoine va intéresser beaucoup de monde et comme les grandes marques, Guignol est en proie à la contrefaçon. Rançon de la gloire ? Certes. D'autres créations lyonnaises subissent ce désagrément comme les fameux « bouchons ». Déjà, le mot de guignol est employé dans un sens bien éloigné de la spirituelle créature de Mourguet. Mais que dirions nous si la célèbre émission de télévision s'était intitulée « Les Polichinelles de l'Info » ? Il est vrai que certains théâtres de marionnettes qui arborent sur leurs affiches l'éternelle tête de bois, n'ont qu'un lointain rapport avec elle et son esprit. Mais je sais aussi l'émotion qui vous étreint quand au détour d'une rue d'un lointain village breton, vous tomber nez à nez avec l'icône lyonnaise !

Alors tant que les compagnies de marionnettes lyonnaises sauront conserver comme elles le font, l'esprit hérité de Mourguet et de ses successeurs, tant que les Amis de Lyon et de Guignol veilleront sur lui et continueront à promouvoir sa spécificité, nous pourrons encore goûter au parfum subtil des plaisanteries de Guignol, se régaler de la voix rocailleuse de Gnafron...  et sans modération, nom d'un rat !

Texte paru dans Pays de Rhône Alpes n°10 de septembre 2005

Publié le 19 octobre 2005 à 10:23:54 dans Textes croix-roussiens | Commentaires (2) |

Le 19 octobre....1793

Barère de Vieuzac, membre du Comité de salut public et un des organisateurs de la Terreur, propose et la Convention décrète que les biens des révoltés de Lyon seront considérés comme des biens d'émigrés.

Publié le 19 octobre 2005 à 08:13:44 dans Ce jour là.... | Commentaires (0) |

Guignol

Nom d'un rat ! Quelle aventure les gones ! Près de deux cents ans de vie et Guignol tient toujours tâti. Pourtant, par sainte Marie des Terreaux, plus d'une fois la marionnette de bois a failli s'écafoirer au pied du castelet et défunter pour toujours ! Explications.

 

Je me souviens... un après-midi et la main de ma grand-mère  que je tenais serrée... une salle surchauffée au 30 du quai Saint-Antoine et la voix de Gnafron qui me faisait trembler. Je me souviens ... assis sur un banc sous les ombrages du parc de la Tête d'Or avertissant Guignol de l'arrivée des gendarmes... Et puis aujourd'hui je me surprends à rire au détour d'une réplique ridiculisant un notable de la ville. Je m'interroge, moi le grand-père, nanti d'expériences et de rationalité : Comment cette tête de bois, censée être immobile, réussit à me faire croire qu'elle remue les lèvres, qu'elle exprime un sentiment ? Par quel miracle m'oblige-t-elle à lui reconnaître une existence et à me faire oublier ceux qui invisibles, la manipule ?

-C'est ça l'art de la marionnette, grand gognand ! Et j'en suis un des plus célèbres représentants.

Guignol m'interrompt en frappant de son bras rigide le bord du castelet comme il sait si bien le faire. Il poursuit :

-L'art n'est-il pas ce qui permet à l'imaginaire de celui à qui on s'adresse, de s'exprimer ? Le spectateur met son grain de sel, complète par lui-même ce que l'objet inanimé ne lui fournit pas ! Et Laurent Mourguet, mon créateur, était un gone qui savait y faire. La preuve, ses clients a qui il arrachait les dents oubliaient la douleur.

Colporteur, forain, arracheur de dents, c'est vrai, Mourguet fut tout ça. A propos, ta date de naissance mon cher Guignol ?

-Officiellement le 26 octobre 1808. C'est à cause d'un « journâble » qui avait fait un reportage sur ma prestation, parut ce jour là. Fallait bien une date ! J'ai faillit ne jamais venir au monde. Savez-vous que le 12 octobre 1793, après le siège de Lyon, les Conventionnels jetèrent en prison Laurent et son père. Ils ne devaient en sortir, innocentés des soupçons de « muscadins », que fin janvier 94. J'ai toujours eu de la chance...

La marionnette a raison. Gérard Truchet, président des Amis de Lyon et de Guignol, en est persuadé. Il exagère, le digne successeur de Justin Godart, André Thomasset et Louis Ludin ? Pas vraiment quand on se penche sur les deux siècles de vie de cette marionnette connue dans le monde entier. De sa naissance à notre époque assoiffée de réalisme, les obstacles à son immortalité n'ont pas manqué. Et entre nous, c'est Laurent Mourguet qui serait étonné de voir le nom de sa poupée destiné à distraire le Lyonnais, passer dans le langage commun.

« Après tout » nous confie Gérard Truchet « la naissance de Guignol correspond d'abord à l'obligation pour ce fils de canut de trouver un moyen efficace de faire entrer un peu d'argent dans sa famille nombreuse ! Avec Jeanne Esterle son épouse, il va avoir... 10 enfants !»

-Encore la chance cette famille nombreuse, interrompt Guignol. Tenez, en 1820, son fils Etienne 1er tient les rôles de voix aiguës et sa fille Rose Pierrette celles des femmes. Et dans la famille, on a le virus. Sans cela... serai-je encore à parler avec vous ? Même les gendres comme Claude Louis François Josserand, il va épouser Rose Pierrette, vont succomber à cet amour du théâtre de marionnettes et ce pendant très longtemps. Gone, je te ferai connaître le Jean Guy Mourguet qui tient bien tâti comme moi !

 

Grâce à cette famille soudée, toute tournée vers le castelet et les personnages qui l'animent, le succès va grandissant en ce milieu du XIXème. Mais Laurent Mourguet, pas plus que Lambert Grégoire Ladré alias le père Thomas, le modèle de Gnafron, celui qui fut le premier collaborateur, n'écrit les pièces qu'il joue. Un canevas et en fonction de l'ambiance, de la réaction des spectateurs, les dialogues se tissent truffés de mots lyonnais souvent emprunté au jargon des canuts et peint de l'accent qui a cette époque se portait haut et fort. Les « â » alourdis pour des « o » légers comme des bugnes. En fait nous ne devrions avoir aucune trace du répertoire. Que s'est-il passé ?

-Encore la chance, mon gone ! M'affirme la voix douce, juvénile à l'image des grands yeux en amandes et de ce visage sans agressivité, reflétant la candeur de Guignol.

-Comment ça ?

-La chance s'appelle Onofrio. Jean Baptiste de son petit nom et président de la chambre et de la Cour d'appel de Paris, conseiller à la Cour de Cassation et président de la commission des Hospice de Lyon ! Et oui... un notable participant à mon immortalité, ce n'est pas rien ! Je le voyais bien ce gone assis à chaque représentation dans un coin de la salle. Il notait, il notait qu'il m'en donnait le tournis. Mais je ne savais pas qu'il enregistrait et un jour, pan sur le cotivet, que vois-je en 1865 ? Un recueil des pièces que j'avais jouées. 5 ans plus tard, et pan sur le cabochon, un deuxième ! Ah si Laurent et Jeanne Mourguet avaient été là ! Hélas, lui est mort en 1844 et elle l'a accompagné 8 mois plus tard.

Pas de doute, Guignol, Gnafron et la Madelon ne seront plus à dater de ces années, strictement Lyonnais. La France entière fait connaissance avec la vagnotte (la redingote) marron à boutons dorés, l'invraisemblable coiffure qui est un bicorne aux bords rabattus sur les côtés et sur la nuque une natte rigide, parodie du catogan que Guignol nomme « son sarsifi ». Ce succès va entraîner une multiplication de troupes de théâtre de Guignol... et comme on le voit encore aujourd'hui, certaines fidèles à la tradition, d'autres fort éloignées de ce qui est l'âme de la création de Mourguet.

-C'est comme les bouchons lyonnais, mon belin !

Guignol agite son sarsifi pour bien me faire entendre que souvent le patrimoine populaire est en danger. Et à propos de danger, la liberté de parole des improvisations de Guignol ne laisse pas indifférent le pouvoir politique. J'interroge Guignol :

-On t'avait à l'oeil sous Napoléon III ?

-Ben mon gone pas qu'un peu ! D'abord le nombre de théâtres est limité à quatre. Ensuite on est surveillé comme des grattons dans la poêle. Ecoute ce que l'administrateur du Rhône écrivait au sous-préfet de Villefranche : « ... Ces établissements ne sont en général fréquentés que par ce qu'il y a de plus infâme dans la classe ouvrière et la mère de famille hésite souvent à y mener sa fille tant elle appréhende le germe des mauvaises pensées que la jeunesse y puiserait infailliblement s'ils cessaient un instant d'être de la part de l'administration l'objet d'une surveillance active... »

Les successeurs de Laurent Mourguet tiendront bon et la marionnette échappera à une mort annoncée par les censeurs. Mieux, à la fin du XIXème siècle, l'oeuvre de Mourguet trouve des défenseurs vigilants. Outre Onofrio, Clair Tisseur plus connu sous le nom d'écrivain de Nizier de Puitspelu, donne au patrimoine populaire lyonnais dont Guignol fait partie, ses lettres de noblesse. L'Académie du Gourguillon accueille de nombreux auteurs qui vont écrire pour Gnafron et Guignol, pendant qu'en 1888 le marionnettiste Pierre Rousset ouvre le Théâtre de Guignol du Gymnase, au 30 de quai Saint-Antoine. Le début du XXème siècle, il est repris par Pierre Neichtauser et son épouse Eléonore Josserand qui n'est autre que... l'arrière petite-fille de Laurent Mourguet.

-Tu vois mon gone, la famille ! La famille ADN comme vous dites aujourd'hui, mais aussi la famille des amis, amoureux de ma verve, de mon bon sens et de mon parler et de tous ceux qui m'entourent. C'est eux qui vont nous accompagner tout au long du XXème siècle...

-Les Amis de Guignol, veux-tu dire !

-Exactement ! Depuis leur premier mâchon du 24 février 1914, ils ne cesseront de me faire connaître et de défendre mon esprit. Et encore aujourd'hui, ils veillent les bons gones et c'est sans doute grâce à eux qu'aujourd'hui, je reste le même... au moins chez ceux qui s'inspirent du génie de Laurent Mourguet.

R Luc

(texte paru dans Pays de Rhône Alpes n°10 de septembre 2005)

 

 

Publié le 18 octobre 2005 à 21:18:12 dans Textes croix-roussiens | Commentaires (0) |

La vogue

La vogue : son origine.

En 1848 une chanson évoque la vogue :

« Dans un bonnet de coton,

Saint-Denis, notre patron,

Au paradis ce matin,

Ronflait sur son traversin.

Saint Denis, Saint Denis,

Descendez du paradis

Saint Denis, Saint Denis,

Tous vos paroissiens sont gris.

Mais tout à coup réveillé,

Il quitte son oreiller,

Et se levant en sursaut,

Sur son lit il fait un saut.

(Refrain)

Que diable font-ils là-bas,

Dit-il, est-ce le sabbat ?

J'entends le bruit du canon,

Vite prenons mon lorgnon

(Refrain)

Qu'est-ce donc de toute part,

La foule accourt au hasard,

Les femmes et les maris,

Les enfants grands et petits !

(Refrain)

Dieux ! Quels cris j'entends pousser,

Mes vitres vont casser ;

L'un souffle dans un piston,

L'autre sonne du clairon.

(Refrain)

Voilà l'hercule du nord

Qui me paraît assez fort ;

Mais l'hercule du midi

Me paraît bien fort aussi.

(Refrain)

D'où sort ce grand chameau,

Et ses bosses sur le dos ?

Ce lion du Sahara

Avec ce serpent boa.

(Refrain)

C'est la géante à sept pieds

Avec le nain à ses pieds ;

Près d'elle, un tambour major

Paraît tout moncard encore.

(Refrain)

Pour faire sauter ces poignards,

Il faut n'être pas pochard,

Et ce malheureux jongleur

Parfois me fait vraiment peur

(Refrain)

L'un sur un cheval de bois

Pour un sou tourne trois fois ;

Dieu ! Qu'il est bon écuyer,

Il monte sans étrier.

(Refrain)

Cette fille a bien bon air

A prendre ainsi le grand air

Si sa maman le savait

Quel vacarme elle ferait !

(Refrain)

Ces honnêtes citoyens

M'ont l'air d'être entre deux vies,

Qu'est ce que leurs femmes diront

S'ils se font mettre au violon !

(Refrain)

Je trouve chers paroissiens,

Que vous aimez trop le vin ;

Qu'on m'en apporte un canon,

Je vous dirai s'il est bon.

(Refrain)

Je ne sais plus où j'en suis,

Est-ce ma fête aujourd'hui ?

Ma foi, je croirais plutôt

Que c'est la fête des pots.

Saint Denis, Saint Denis

Descendez du paradis,

Saint Denis, Saint Denis

Tous vos paroissiens sont gris. »

Publié le 18 octobre 2005 à 09:07:28 dans Chroniques Croix-Roussiennes | Commentaires (2) |

Le 18 octobre....1790

Une Caisse patriote est organisée pour faciliter le paiement des mains-d'oeuvre et l'achat de comestibles. On divise les assignats en mandats de 6 livres.

Publié le 18 octobre 2005 à 07:53:37 dans Ce jour là.... | Commentaires (0) |

Le passage Thiaffait

Le passage Thiaffait entre la rue Burdeau et la rue René Leynaud. Aujourd'hui il est occupé par les boutiques du Village des créateurs. Sur la droite on remarque la loge du concierge. On peut noter également la présence de deux soyeux, fabricants de chales. 

Publié le 17 octobre 2005 à 14:13:54 dans Images du passé | Commentaires (0) |

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