Publié le 19 mai 2005 à 18:51:39 dans Actualités croix-roussiennes | Commentaires (0) | Permaliens
Publié le 19 mai 2005 à 15:51:10 dans Reportages et photos | Commentaires (0) | Permaliens
Le 3 juin 1862 la ficelle de la rue Terme était inaugurée. Ce lieu est sur le parcours de la bambane organisée samedi à 14 h dans le cadre de Village en Fête. A 16 h je conduirai une autre promenade dans le quartier Serin. René Clocher invite aux mêmes heures à retrouver "les colères de l'histoire de la Croix-Rousse". A partir de 10 h je serai en compagnie de Jean Butin et Marc Josserand pour signer nos livres.
Publié le 19 mai 2005 à 07:11:34 dans Les bambanes | Commentaires (0) | Permaliens
Extraits de la Semaine de la Fenotte, ouvrage paru aux Editions du Mot Passant. Les contes de Perrault revus et corrigés.
LA CHATTE MAITRESSE OU LA GREFFIERE BOTTEE
Il était une fois un canut qui défunta. Ainsi va la vie. Sa famille, ses amis, le mirent dans un grand trou après l'avoir pleuré dix minutes en énumérant ses innombrables qualités que personnes jusqu'à présent ne soupçonnait. Sur la tombe on sema des pissenlits afin qu'au printemps il puisse les fumer par la racine. Une fois les tire-jus imbibés de larmes aux origines plus ou moins crocodilesques, séchées, on parla d'héritage. Veuf, le tisseur défunté n'ayant que trois enfants, la procédure fut vite expédiée.
Dans un coin de la salle de l'auberge « Chez la Marie-Thé » ses trois garçons eurent tôt fait de se partager les biens, sans notaire en cravate, sans juge en hermine, sans témoin oculaire. L'aîné hérita de l'atelier et de métier en parfait état, le cadet eut une charrette qui servait à transporter les ballots de soie et le plus jeune dut se contenter d'une chatte grise à la queue blanche. L'aîné régla les consommations, le cadet laissa un maigre pourboire que le plus jeune subtilisa en douce pour acheter des boîtes de ronron et du mou chez le tripier du marché de la Croix-Rousse. Les trois frères se firent peter la miaille comme il sied entre frères, de timides bisous sur des joues mal rasées, et ils se séparèrent. L'aîné rejoignit l'atelier, le cadet la charrette, le benjamin prit sa chatte sous le bras en maugréant : « Mes frangins vont gagner leur vie honnêtement en se mettant de collagne, tandis que moi, lorsque j'aurai mâchonné la greffière et que je me serai fait une casquette de sa peau, je n'aurai plus qu'à m'inscrire aux Restos du coeur. »
Une fois arrivé dans sa cabiotte, il déposa son héritage sur le divan et s'apprêta à regarder son émission favorite sur son téléviseur.
- On a autre chose à faire que de borgnasser des gognandises, miaula une voix.
Surpris il tourna la tête.
- Faut que j'arrête de boire.
- C'est une bonne idée, mais ça n'a rien à voir. C'est moi qui cause.
- Voilà que les chattes parlent maintenant ! railla le gone. Tu me prends pour un niguedandouille.
- C'est possible... mais avouez que vous êtes en train de barjafler avec moi !
L'argument était irréfutable. Il ne réfuta point. Il se servit un grand verre d'arquebuse de la Déserte et attendit résigné.
- Puisque tu parles, qu'as-tu à me dire ? Je t'écoute, je suis tout ouï.
- J'ai une grande affection pour vous et je compatis à votre douleur.
- Arrête ! Mon père était un vieux con, il battait sa femme et nous a élevés à grands coups de grolles dans le darnier ! Alors ma douleur...
- Je ne parle pas de celle-ci, interrompit la chatte. Je parle de votre maigre héritage concrétisé par ma modeste personne. Du moins à première vue.
- Pour ça tu l'as dit ! Ce n'est pas pour te vexer, mais entre un atelier de canut que l'on peut revendre à des bobos et une chatte grise à queue blanche, y a pas photo numérique !
La chatte, sans s'offusquer, bondit hors du divan et vint se frotter aux fumerons du gone.
- Eh ! Doucement ! Tu vas peut-être te transformer en princesse des mille et quelques nuits ! Je veux pouvoir choisir la couleur de la toison parce que si elle ressemble à ton pelage...
La chatte se mit à miauler un rire rassurant.
- Aucune crainte, je n'aime que les femmes.
- Moi aussi, on est fait pour s'entendre.
La chatte retourna sur le divan en tortillant du darnier, la queue droite comme une bugne. Elle passa sa patte sur son oreille et s'adressa au gone avachi dans son fauteuil.
- Cessez de jouer les blasés et écoutez-moi. J'ai de quoi vous rendre heureux jusqu'à la fin de vos jours. Après ça ne me regarde plus. Vous allez me donner un filochon, me confectionner une paire de bottes pour que je puisse me lantibardaner dans les broussailles et vous verrez que vous n'êtes pas si malheureux que vous croyez.
Le maître de la chatte se leva en se grattant le coqueluchon. Voilà une demande bien curieuse. Il se pinça plusieurs fois le bras pour s'assurer qu'il ne rêvait point. Après tout les chats sont des animaux mystérieux, leurs exploits en tous genres ne cessent d'alimenter la chronique.
- Allez, je n'ai rien à perdre dans l'histoire.
Il courut chercher la matière pour réaliser une paire de bottes, trouva un sac sous un cuchon de chaussettes qui attendait patiemment que la machine à laver daigne arrêter sa grève perlée de gouttes de rosée. Une heure plus tard il remit son ouvrage à la chatte.
- Merci. Maintenant restez là, soyez zen, cool, pénard, sage. Je m'absente une quinzaine de jours. A la revoyure !
La chatte entreprit de chausser ses pattes de derrière, mit la corde du filochon autour de son cou, s'admira dans le miroir et releva ses babines.
- Voilà qui me botte ! dit-elle en sortant.
Publié le 18 mai 2005 à 08:31:20 dans Textes croix-roussiens | Commentaires (0) | Permaliens
Je fis signe à mon téléphone qu'il pouvait bien s'agiter de nouveau, j'étais résolu à aller voir les raisons du comportement étrange de la rue Burdeau. Dehors je cherchai des yeux la camera et le cuchon de techniciens sensé s'affairer autour d'elle. Rien. Je me dirigeai du côté de la rue du Griffon et c'est alors que je tombai sur l'écrivain Jean Butin en grande conversation avec un homme assez corpulent. Nous nous secouâmes vigoureusement les mains comme il est de tradition, puis il se tourna vers son interlocuteur.
-Je te présente Henri Béraud...
-Ah, ah ! Comme l'écrivain ! dis-je assez fier d'étaler mes connaissances littéraires.
Pour toute réponse le père Butin m'écafoira les arpions avec son grollon et me pétafina l'embuni avec un coup de coude qui me plia en deux voir en quatre. Puis se saisissant par la peau du cotivet il me redressa, m'assena une grande claque dans le dos qui me projeta à trois centimètres de la miaille du sieur en question et barjaqua dans mon oreille comme si j'étais en train de lantibardaner du côté de Brindas :
-C'est lui-même !
J'aime bien Jean Butin. Homme de grande probité, de grande culture, convivial et néanmoins sérieux, pas comme ces babians toujours prêts à, disait ma grand-mère, peter plus haut que leur cul ! Une espèce loin d'être en voie de disparition. Et bien là, je vous avoue que pour la première fois, je doutai de l'esprit de mon ami. Overdose de chaleur, consommation immodérée de soleil, abus de marche à pied, que sais-je ? Car Henri Béraud, mes belins, belines, il est mort... à l'île de Ré... en 1958 !
Le Jean Butin fit comme s'il ne voyait pas ma mine décomposée et, s'adressant à moi :
-Il est revenu sur les lieux de son enfance. Rue Pouteau...
Je hochai la tête distraitement. Mes pensées étaient dans un tel désordre qu'il aurait pu m'annoncer n'importe quelle nouvelle saugrenue, la paix dans le monde par exemple ou la justice partout, que j'aurai agité mon coqueluchon de haut en bas et vice et versa. Et voilà que le soi-disant Béraud ouvrait la bouche.
-«Tu iras à l'école de la rue Pouteau... » m'avait-on dit. Vous pensez, j'entends cela comme dans un rêve... Aller tout seul, quatre fois par jour, à l'autre bout de la ville, en plein pays croix-roussien...
-De la « Gerbe d'Or », la boulangerie des parents Béraud, au 8 de la rue Ferrandière, il y a trente bonnes minutes de chemin, précisa à mon intention Jean Butin admiratif.
Le gone qui se prenait pour Béraud eut un sourire.
-A Lyon, on appelle cela une rue. C'est manière de parler. Il s'agit d'un escalier haut comme cinq ou six maisons l'une sur l'autre. En bas c'est la ville des soyeux ; en haut c'est la ville des canuts. Quatre cents marches à grimper, entre deux rampes de fonte, que l'usure des mains fait briller comme des anguilles. Toutes les cinquante marches, il y a un palier. Quand on lève la tête, on voit, sur ce palier, rouler des voitures. Au sommet il y a la Croix-Rousse. Les derniers degrés affleurent la crête, sous la place des Bernardines.
-Bravo ! Vous savez votre texte par coeur, nom d'un rat ! m'écriai-je.
J'avais compris. Il s'agissait d'un acteur pour un film qui devait historique si j'en croyais les tenues des canuts et les véhicules qui se croisaient dans un indescriptible désordre. Mes compliments n'eurent sur son visage aucun signe de manifestation. Il haussa les épaules et tourna les talons. Il n'avait fait que quelques mètres quand, se ravisant il revint en arrière et se planta devant moi.
-Vous me traiter d'acteur... ce n'est pas une injure et j'en ai essuyé d'autres. Qu'importe. Mais je voudrai vous parler du quartier du Griffon bien avant qu'il se transforme en un marché de location d'amour virtuel et d'ombres titubantes rotant la bière dans les petits matins où pointent déjà des regrets. Si je ne devais laisser au monde que quelques phrases, retenez celles là : » De hautes maisons couleur d'averses et d'avarice y traçaient déjà ce gluant labyrinthe où, pour mieux se cacher, la fortune emprunte le visage de la misère. Chez nous, rien ne change, ni le ciel, ni la pierre, ni les âmes. Sur les pavés toujours gras, qui semble renvoyer au ciel plus de clarté qu'ils n'en reçoivent, le jour tombe à plomb comme une pluie de cendres. Sans relâche, un relent de latrines s'exhale des cours et des impasses, où les gens glissent en silence, comme des noyés. C'est le Griffon. C'est le quartier des millionnaires. »
Il disparu, Jean Butin le suivit. Je restais planté sur le bord du trottoir, les images déclanchées par ses mots ne s'étaient pas encore évanouies. Le quartier des soyeux... comme c'est loin... même les phrases du père Valla évoque un temps à jamais disparu.
« Tolozan les heures de presse
Ca bouge, ça bruite, ça carriole
Ca s'engueule. »
Certes, mais pour une place de parking, un regard de travers... Que dit-il encore notre poète :
« Et puis ça deale déjà
Les étoffes, les matières et les teintes
Le métrage.
Griffon
L'arrière du décor
Et dans les ruelles, les cafés pleins, les restaurants
Les passants, les amours, Mathurins et Pernelles. »
Ouais... Je me massai le menton, signe d'une réflexion rondement menée à l'intérieur de mon cabochon. Quelques boutiques évoquaient vaguement le passé glorieux de ce qui était le centre économique de l'industrie de la soie mais combien elles me parurent fragiles. A tord peut-être... mais le chaleur ne m'encourageait peu à l'optimisme. Je haussai les épaules et jetai un coup d'oeil du côté d'une autre scène que les acteurs de l'économie soyeuse avaient arpenté. La Ficelle Croix-Pâquet...
(La suite est dans le livre publié aux éditions du Mot Passant "les Pentes de la Croix-Rousse au fil du Temps". Livre vendu dans les librairies qui ne pratiquent pas l'exclusion régionalisme... si, si ça existe...
Publié le 16 mai 2005 à 17:56:46 dans Textes croix-roussiens | Commentaires (0) | Permaliens
Depuis le 05-04-2005 :
47332 visiteurs
Depuis le début du mois :
317 visiteurs
Billets :
453 billets
Commentaire