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Présentation

Robert Luc, historien de la Croix-rousse.

Les Bambanes, les traboules de Lyon et les canuts de la croix-rousse.

robert.luc2@wanadoo.fr
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Promenade inattendue

Voici le texte lu par Aude Pellizzoni et écrit par Robert Luc le 20 mai 2005 lors de la promenade sur les pentes de la Croix-Rousse en prologue au spectacle donné par le Théâtre du Mouvement dans les jardins du Palais Saint-Pierre le lendemain.

 

 

Esplanade de la Grande Côte :

 

Je sais... il me faut parler des canuts, de leur vie et de leurs révoltes, des rubans en sautoir et des chasubles d'or, fruits de leur travail au cours de journées interminables rythmées par le bruit incessant du battant.

 

Bis tan clac pan...

 

 Je sais... évoquer leur teint pâle, « celui d'un navet » écrivaient les lettrés venus vous observer, au milieu des couleurs de la richesse... et leurs joues creusées par la misère... et le drapeau couleur de deuil de 1831 qui débaroule de la colline par la montée de la Grande-Côte... et le sang rouge qui glisse le long des pentes...

 

 Je sais... pourtant, avant de les suivre puisqu'il reste dans les sombres traboules les échos de leurs courses, de leurs espoirs et puis quelques cris colorés par les pleurs d'enfants, de femmes et d'hommes, je veux cueillir du regard le ciel lyonnais, l'ocre nouveau venu chasser la suie qu'avait peint le brouillard sur nos façades, le vert du repos serein des soirs d'été.

 

Là... où nous sommes... je sais des maisons aujourd'hui disparues, abritant la misère. Hommes du sud des années 50 quand le bitume de la Grande Côte reflétait vos peurs de la rafle, vos angoisses du contrôle d'identité, quand le racisme prenait les couleurs de la République et que les frontons de nos écoles et de nos mairies mentaient, quand le vert et le blanc accueillant un croissant rouge embrassant une étoile, se cachait au fond de chambres de sueur, je veux vous dire que vous m'avez offert quelques lignes d'espoir...

 

 Ils n'étaient pas tisseurs sur soie mais manoeuvres enchaînés à la chaîne, terrassiers terrassés par les éboulements d'une terre étrangère ; ils n'étaient pas canuts mais le marteau piqueur saccadait leurs membres, le mépris s'affichait, se déclinait et le vocabulaire de la peur de l'autre et de ses justes espérances, s'enrichissait et l'étoile jaune prenait une autre forme... même pas...pas besoin... le teint, les cheveux, l'accent qui faisait rire... suffisait.

 

Le blanc de la lune sur la chaussée glissante les nuits d'averses et le soleil qui frappe dru à l'aplomb des façades lépreuses, la chaleur étouffante pour des nuits blanches. Aujourd'hui on tente de vous ressembler en bronzant sur les bancs... Vous êtes partis... on vous a aidé... enfin... un peu... l'herbe, les plantes et vous plus loin... vers de nouveaux villages sur une carte de l'Est Lyonnais...ou du Nord... ou de l'Ouest... Minguettes... Rillieux... La Duchère... C'était mieux que ce qu'on avait... m'as-tu dis en riant. Le rire d'un enfant aujourd'hui, vague cousin d'une lointaine tante, hésitant entre deux passés, deux aujourd'huis, pour un avenir singulier...

 

 C'était la Grande Côte...

D'avant le jardin et ses gouttes de pluie lumineuses sur des feuilles qui attendent l'or de l'automne.

D'avant les commerces et les soirées sur les chaises de pailles jaunes

D'avant les tisseurs pliant sur les rouleaux de soie précieuse

D'avant les chefs d'ateliers et les compagnons, bras dessus bras dessous descendant ensemble réclamer un peu de dignité,

D'avant les premiers coups de feu...

 

Place Colbert

 

Les pages blanches se noircissent et le ciel se cache. De puis des jours ils travaillent, là-bas, du côté de la place des Jacobins, à la Préfecture... Peut-être sont-ils face à face autour d'une longue table. Les vêtements soigneux des soyeux, les tissus élimés des tisseurs sous le regard du préfet Du Molart... Contraste sous les lambris de la monarchie de juillet. On négocie depuis le 8 octobre 1831, l'ensemble des tarifs. Ceux des draps de soie, des satins rayés, des serges et des gros de Naples, des velours façonnés, unis et peluches, des taffetas pour l'apprêt, des mouchoirs brillantinés, des châles brochés et des fichus crépon, des écharpes, mouchoirs, rubans. On négocie. Nous sommes le 25, il est 11 heures. 80 000 ouvriers dont l'existence se rattache à la fabrication des étoffes de  soie attendent.

Sur les pages blanches la promesse d'une vie plus digne, moins affamée... Ils sont d'accord ! L'enthousiasme est à son comble et des larmes coulent sur les visages, des larmes de bonheur...Pas pour longtemps...

Le 21 novembre, les chefs d'atelier et les compagnons ne se font plus d'illusion. Les négociants, les plus influents d'entre eux, ont refusé le nouveau tarif. Les tisseurs discutent, cherchent une solution pacifique, obtenir justice par la modération. Ils marchent sans arme. Ils descendent en direction du quartier du commerce, place Croix-Pâquet, place du Griffon, place Tolozan ! Ils descendent sans arme !

Sur l'orange des façades des immeubles ateliers le noir d'un drapeau affirme vouloir vivre en travaillant ou mourir en combattant. Face à eux les gardes nationaux de la 1er légion, négociants eux-mêmes ou fils de soyeux.

Sur les galets ocres des rues le rouge du sang.

Sur la place Colbert les corps sans vie des tisseurs et des soldats.

Sur les pages de l'Histoire l'odeur de la mort.

Trois jours sans sommeil et un deuil éternel.

Et l'accord déchiré, piétiné et les rubans en sautoir de Philippe Egalité et les chasubles d'or du prêtre parlant au nom du charpentier... au même prix...

 

Cour des Voraces

 

Dans la nuit des ombres glissent du plateau en silence.

Dans une cour à la montée d'escalier monumentale, un petit local.

On parle d'idées interdites.On utilise des mots qui font peur à ceux d'en bas, ceux du quartier des négociants... Justice sociale, mutualisme, solidarité.

Des mots du siècle dernier...Egalité, fraternité, liberté...république.

Les Voraces lisent, écrivent, discutent. Ils sont chefs d'ateliers.  Ce sont des tisseurs, des canuts propriétaires de leurs moyens de production, fiers de leur savoir-faire, qui partagent avec  les  compagnons qu'ils emploient les longues journées de labeur, les drames des semaines sans travail.

Pourquoi Voraces ? Compagnons du devoir... mais aussi une obstination.

1846... Quelques ouvriers canuts voyant que les cafetiers de la Croix-Rousse ne pouvaient se résoudre à servir le vin au litre, se liguent pour obtenir cette réforme. Ils se rendent par petits groupes dans les cafés et demandent un litre de vin. Le patron répond  invariablement : « Nous ne servons qu'à la bouteille. » Et les canuts de sortir et d'aller dans un établissement voisin renouveler l'expérience. D'où le nom de Voraces. Oui... mais aussi et surtout :

Ce fut là le début de cette société  distincte des autres organisations ouvrières du quartier, des Ferrandiniers et des Mutualistes. Le Voraces commencent à se réunir périodiquement chez Mme Maréchal, à l'angle de la rue Austerlitz et du Mail. Le samedi et le lundi. Au début de 1848 ils décident d'admettre dans ces réunions que des républicains. Ils sont  300 à la chute de la Monarchie de Juillet.

Le 24 février,  ils descendent à Bellecour sans armes, sans uniforme, pour s'emparer du poste, puis  se rendent à l'Hôtel de Ville dont ils font le siège.

Ils donnent l'assaut à coup de pierres. Ils sont maîtres de l'Hôtel de Ville. Puis de la Préfecture place des Jacobins.  Tout cela dans la soirée.

Le lendemain ils sont  au  fort St Laurent. Ils prennent les armes. Ils s'emparent du  séminaire du bas de la côte St Sébastien. Puis le bastion en face du Mont Sauvage. Le sang coule. Il y a deux morts.

Ils tiennent le bastion des Bernardines, le fort de Montessuy, le fort St Laurent, le Palais de Justice... Ils sont maîtres de la Ville... Oui... mais :

Le 18 mars Arago vient à Lyon. Il les persuade qu'il ne vient pas pour renverser la République. Les Voraces se retirent des forts. Les sociétés disparaissent.

 

 

Traboule (près de la rue des Tables Claudiennes)

 

On se croise sans arrêt dans les traboules qui résonnent des rires des apprentis, des blagues des compagnons, du bruit des pas des  tisseurs. On s'interpelle joyeusement. On échange des bonjours, des nouvelles de la famille, on se donne des rendez-vous de fête. Sur les marches des escaliers, le flot continu de ceux qui vivent de la soie n'arrête pas. On se croise si différents et si proches. Dessinateurs et cartonniers, dévideuses et passementiers, clients parlant des langues étranges, négociants aux redingotes usées d'avarice, chefs d'atelier soucieux. On travaille et les jours d'angoisse du silence sont oubliés. Le bistanclac  résonne partout sur la colline. Les galets du Rhône, nos têtes de chats, renvoient au ciel l'éclat d'un rouleau de soie pourpre. On débaroule au risque de se pétafiner le coqueluchon. Qu'importe le métier bat. Qu'importe les nuits courtes, les interminables journées, on vit en travaillant. C'est vrai nous tissons pour les riches, nous  tissons pour les puissants qu'ils soient de l'Eglise ou du Palais, mais nous tissons. C'est notre fierté.

 

 

 

Passage Thiaffait

 

Lumière d'aujourd'hui contre noirceur du passage d'hier.

Mode, frivolité, séduction contre travail qui cerne les yeux, fait gémir les muscles.

Labeur d'hier, création d'aujourd'hui...

Pourquoi ne pas se laisser enivrer par les mots, jusqu'à plus soif d'un prestigieux savoir-faire, dans un débordement de couleurs, de matières et de créations ?

Pourquoi ne pas crier pour le simple plaisir d'entendre rouler dans ce lieu, le vocabulaire du  superflu mais qui me donne tant à rêver ?  

Satin liseré, damassé fond bleu, décor bleu, blanc, rouge, satin lancé et velours  au sabre, fond satin en camaïeu de brun, orange et noir, pongés imprimés à losanges noirs, bordeaux, roses, rouges, blancs, satin damassé fond brun à décor rouille, beige et or à flammes, tourbillons de fumée et salamandres en procession... et là encore :

Ce décor beige dans le goût antique à aiguières et vases laurés disposés en quinconce sur un fond semé de palmes, d'ornements végétaux et de foudres ailées...

Et celui brodé d'or sur fond d'étoiles et de paillettes or à courant d'épis de blé et de graminées avec des ornements au talon...

Et j'en appelle à votre langage, à vos mots :

L'armure et le brocher, le battant, la canette et le brocart, la chaîne, l'espolin, la chenille et la cordeline, détrancaner, dévider, l'ourdissage et la passementerie, le peigne et la pièce... mots d'hier pour le plaisir d'aujourd'hui...

 

 

 

Rue René Leynaud

 

Nous sommes le 22 mai 1944, un homme referme le portail de sa maison du 2 de la montée de Dijon. C'est Eugène Pons, il a 58 ans, marié, père de 7 enfants. Il est imprimeur. Son imprimerie La Source est sur les pentes de la Croix-Rousse, ici... 21 rue de la Vieille Monnaie (rue René Leynaud) Membre du Sillon et de Jeune République,  il commence à travailler pour la Résistance en fabriquant des faux papiers et des tracts. La première action importante est la réalisation du tract, imaginé par Jean Stetten-Bernard pour apporter une réponse aux interrogations du président Roosevelt sur la capacité des Français à résister. Fin 41 il diffuse Les Cahiers de Témoignage Chrétien et il imprime outre les Cahiers : Franc-Tireur, Combat, le faux Nouvelliste, Les Cahiers Politiques du CGE, les publications du MUR. Tous ces travaux s'effectuent en dehors des heures normales de travail, du samedi matin au dimanche soir. L'équipe est composée de Pierre Barnier (son gendre) d'Henri –Fernand Vernier (chef d'atelier et linotypiste), Charles Planchet (ouvrier de l'imprimerie), de Germaine Philippon, Marcel Colin et des étudiants : Fernand Belot, Alphonse Drogou, les frères Miguet. Le 22 mai 44 la police l'arrête avec Charles Lang (ouvrier d'origine Alsacienne) et Gaston Guillaume (étudiant) Interrogé par la gestapo il est mis à part avec d'autres pour être relâché car la perquisition de l'imprimerie n'a rien donnée. Charles Lang, considéré comme allemand est gardé prisonnier. Eugène Pons pour avoir protesté, rejoint le groupe des prisonniers. Interné à Montluc, il est transféré au début de juillet dans le camp de Compiègne puis déporté dans le camp de Neyengamme. Il meurt d'épuisement.

 

 

 

Place du Griffon

Le tisseur est inquiet. Ses épaules meurtries du poids du rouleau de son oeuvre de soie le font souffrir mais ce n'est pas cela qui l'inquiète. Il doit franchir les portes sombres des immeubles où règne le négoce. Comme l'écrit Béraud :

 « De hautes maisons couleur d'averses et d'avarice y traçaient déjà ce gluant labyrinthe où, pour mieux se cacher, la fortune emprunte le visage de la misère. Chez nous, rien ne change, ni le ciel, ni la pierre, ni les âmes. Sur les pavés toujours gras, qui semblent renvoyer au ciel plus de clarté qu'ils n'en reçoivent, le jour tombe à plomb comme une pluie de cendres. Sans relâche, un relent de latrines s'exhale des cours et des impasses, où les gens glissent en silence,  comme des noyés. C'est le Griffon. C'est le quartier des millionnaires. »

Les commis impitoyables, dévoués corps et âmes au soyeux, accepteront-ils son rouleau ? Et puis remontera-t-il sur son plateau croix-roussien avec une autre commande ou devra-t-il annoncer à son compagnon, sa femme, ses enfants qu'on est entré dans une période de crise ?

Sur les dalles claires d'aujourd'hui, il m'a semblé apercevoir l'ombre voûtée d'un canut inquiet.

 

Place des Terreaux

Place de vie, de joie, de colère. Place de l'inutile et place de l'essentiel. Ombre des condamnés du siège de Lyon, ombre de l'horrible croix noire sur fond rouge, ombre d'un vieillard vendant son âme, ombre d'un général incarnant la résistance et la libération, ombre des révoltes...

Marceline Desbordes-Valmore, poétesse de talent habite en 1831 au 10  de la place des Terreaux. Elle est là, elle témoigne :

 

« Quand le sang inondait cette ville éperdue,

Quand la tombe et le plomb balayant chaque rue

Excitaient les sanglots des tocsins effrayés,

Quand le rouge incendie aux longs bras déployés,

Etreignait dans ses noeuds les enfants et les pères,

Refoulés sous leurs toits par les feux militaires,

J'étais là ! Quand brisant les caveaux ébranlés,

Pressant d'un pied cruel les combles écroulés,

La mort disciplinée et savante au carnage,

Etouffait lâchement le vieillard, le jeune âge,

Et la mère en douleurs près d'un vierge berceau,

Dont les flancs refermés se changeaient en tombeau,

J'étais là : j'écoutais mourir la ville en flammes »

 

Aujourd'hui la Garonne de Bartholdi accompagne le repos des Lyonnais cueillant le soleil de la fin d'après-midi. Contraste de l'Histoire... Duel sans cesse présent dans le regard, impossible solution d'oubli : 

 

« Savez-vous que c'est grand tout un peuple qui crie !

Savez vous que c'est triste une ville meurtrie,

Appelant de ses soeurs la lointaine pitié,

Et cousant au linceul sa livide moitié,

Ecrasée au galop de la guerre civile ! »

 

Nous n'avons plus d'argent pour enterrer nos morts.

Le prêtre est là, marquant le prix des funérailles ;

Et les corps étendus, troués par les mitrailles,

Attendant un linceul, une croix, un remords.

Le meurtre se fait roi. Le vainqueur siffle et passe.

Où va-t-il ? Au Trésor, toucher le prix du sang.

Il en a bien versé... mais sa main n'est pas lasse ;

Elle a, sans le combattre, égorgé le passant.

Publié le 20 mai 2005 à 22:46:13 dans Textes croix-roussiens | Commentaires (0) |

Fête au Village

Rendez-vous samedi matin sur la place de la Croix-Rousse.

Publié le 20 mai 2005 à 08:26:09 dans Actualités croix-roussiennes | Commentaires (0) |

Fête au Village

Marc Josserand, écrivain et lauréat du prix de la République des Canuts, sera présent samedi matin sur la place de la Croix-Rousse.

Publié le 20 mai 2005 à 08:24:22 dans Actualités croix-roussiennes | Commentaires (0) |

Fête au Village

Jean Butin, écrivain, sera place de la Croix-Rousse, samedi matin pour dédicacer ses ouvrages.

Publié le 20 mai 2005 à 08:22:32 dans Actualités croix-roussiennes | Commentaires (0) |

Fête au Village

Rémi Depoorter, écrivain, sera présent samedi matin sur la place de la Croix-Rousse pour dédicacer ses livres.

Publié le 20 mai 2005 à 08:20:36 dans Actualités croix-roussiennes | Commentaires (0) |

Dédicaces

Maurice Jeanniard, notre poète croix-roussien sera dimanche matin chez Fusch, notre libraire du marché de la Croix-Rousse, pour dédicacer son ouvrage "Le chemin des révoltés". Superbe !

Publié le 20 mai 2005 à 07:43:41 dans Actualités croix-roussiennes | Commentaires (0) |