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Présentation

Robert Luc, historien de la Croix-rousse.

Les Bambanes, les traboules de Lyon et les canuts de la croix-rousse.

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La Semaine de la Fenotte

Extraits de la Semaine de la Fenotte, ouvrage paru aux Editions du Mot Passant. Les contes de Perrault revus et corrigés.

LA CHATTE MAITRESSE OU LA GREFFIERE BOTTEE

 

Il était une fois un canut qui défunta. Ainsi va la vie. Sa famille, ses amis, le mirent dans un grand trou après l'avoir pleuré dix minutes en énumérant ses innombrables qualités que personnes jusqu'à présent ne soupçonnait. Sur la tombe on sema des pissenlits afin qu'au printemps il puisse les fumer par la racine. Une fois les tire-jus imbibés de larmes aux origines plus ou moins crocodilesques, séchées, on parla d'héritage. Veuf, le tisseur défunté n'ayant que trois enfants, la procédure fut vite expédiée.

 

  Dans un coin de la salle de l'auberge « Chez la Marie-Thé » ses trois garçons eurent tôt fait de se partager les biens, sans notaire en cravate, sans juge en hermine, sans témoin oculaire. L'aîné hérita de l'atelier et de métier en parfait état, le cadet eut une charrette qui servait à transporter les ballots de soie et le plus jeune dut se contenter d'une chatte grise à la queue blanche. L'aîné régla les consommations, le cadet laissa un maigre pourboire que le plus jeune subtilisa en douce pour acheter des boîtes de ronron et du mou chez le tripier du marché de la Croix-Rousse. Les trois frères se firent peter la miaille comme il sied entre frères, de timides bisous sur des joues mal rasées, et ils se séparèrent. L'aîné rejoignit l'atelier, le cadet la charrette, le benjamin prit sa chatte sous le bras en maugréant : « Mes frangins vont gagner leur vie honnêtement en se mettant de collagne, tandis que moi, lorsque j'aurai mâchonné la greffière et que je me serai fait une casquette de sa peau, je n'aurai plus qu'à m'inscrire aux Restos du coeur. »

 

  Une fois arrivé dans sa cabiotte, il déposa son héritage sur le divan et s'apprêta à regarder son émission favorite sur son téléviseur.

-         On a autre chose à faire que de borgnasser des gognandises, miaula une voix.

  Surpris il tourna la tête.

-         Faut que j'arrête de boire.

-         C'est une bonne idée, mais ça n'a rien à voir. C'est moi qui cause.

-         Voilà que les chattes parlent maintenant ! railla le gone. Tu me prends pour un niguedandouille.

-         C'est possible... mais avouez que vous êtes en train de barjafler avec moi !

  L'argument était irréfutable. Il ne réfuta point. Il se servit un grand verre d'arquebuse de la Déserte et attendit résigné.

-         Puisque tu parles, qu'as-tu à me dire ? Je t'écoute, je suis tout ouï.

-         J'ai une grande affection pour vous et je compatis à votre douleur.

-         Arrête ! Mon père était un vieux con, il battait sa femme et nous a élevés à grands coups de grolles dans le darnier ! Alors ma douleur...

-         Je ne parle pas de celle-ci, interrompit la chatte. Je parle de votre maigre héritage concrétisé par ma modeste personne. Du moins à première vue.

-         Pour ça tu l'as dit ! Ce n'est pas pour te vexer, mais entre un atelier de canut que l'on peut revendre à des bobos et une chatte grise à queue blanche, y a pas photo numérique !

La chatte, sans s'offusquer, bondit hors du divan et vint se frotter aux fumerons du gone.

      -    Eh ! Doucement ! Tu vas peut-être te transformer en princesse des mille et quelques nuits ! Je veux pouvoir choisir la couleur de la toison parce que si elle ressemble à ton pelage...

 La chatte se mit à miauler un rire rassurant.

-         Aucune crainte, je n'aime que les femmes.

-         Moi aussi, on est fait pour s'entendre.

 La chatte retourna sur le divan en tortillant du darnier, la queue droite comme une bugne. Elle passa sa patte sur son oreille et s'adressa au gone avachi dans son fauteuil.

       -    Cessez de jouer les blasés et écoutez-moi. J'ai de quoi vous rendre heureux jusqu'à la fin de vos jours. Après ça ne me regarde plus. Vous allez me donner un filochon, me confectionner une paire de bottes pour que je puisse me lantibardaner dans les broussailles et vous verrez que vous n'êtes pas si malheureux que vous croyez.

   Le maître de la chatte se leva en se grattant le coqueluchon. Voilà une demande bien curieuse. Il se pinça plusieurs fois le bras pour s'assurer qu'il ne rêvait point. Après tout les chats sont des animaux mystérieux, leurs exploits en tous genres ne cessent d'alimenter la chronique.

-         Allez, je n'ai rien à perdre dans l'histoire.

   Il courut chercher la matière pour réaliser une paire de bottes, trouva un sac sous un cuchon de chaussettes qui attendait patiemment que la machine à laver daigne arrêter sa grève perlée de gouttes de rosée. Une heure plus tard il remit son ouvrage à la chatte.

-         Merci. Maintenant restez là, soyez zen, cool, pénard, sage. Je m'absente une quinzaine de jours. A la revoyure !

      La chatte entreprit de chausser ses pattes de derrière, mit la corde du filochon autour de son cou, s'admira dans le miroir et releva ses babines.

       -    Voilà qui me botte ! dit-elle en sortant.

Publié le 18 mai 2005 à 08:31:20 dans Textes croix-roussiens | Commentaires (0) |

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