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Présentation

Robert Luc, historien de la Croix-rousse.

Les Bambanes, les traboules de Lyon et les canuts de la croix-rousse.

robert.luc2@wanadoo.fr
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Les Pentes... 4ème chapitre

Je m'étais donc pincé... et j'avais toujours le même spectacle sous le regard, une rue piétonne, bruyante de conversations, d'appels et de cris. Quelques hommes portaient sur leurs épaules de longs et lourds rouleaux de soie. Certains remontaient en direction de la rue Pouteau, d'autres se dirigeaient vers le quartier de la rue du Griffon. Je décidai de descendre, persuadé que l'on devait tourner un film, comme c'est souvent le cas sur les pentes croix-roussiennes. Je n'eus pas le temps de franchir la porte de ma cabiotte, le téléphone se manifesta de nouveau, un sourire en coin qui ne me disait rien qui vaille. Je décrochai. Aussitôt des effluves parfumés envahirent la pièce. Parfums de mangues et de goyaves, de citons verts et de rhum blanc. J'étais habitué, les pentes sont le territoire de ses fragrances venues d'ailleurs, mais en discernant une odeur iodée, je sus que mon éditrice était à l'autre bout du fil, le regard perdu sur l'horizon bleuté.

  -Allo ?

  -C'est moi.

  C'était elle, je vous avais prévenus.

  -Oui ? 

  -Tu avances ?

  Franchement, elle exagère !

  -Heu... oui ! mentis-je.

  -Bien. Mais tu n'oublies pas de parler d'Horace Pitrat.

  -Vous pouvez compter sur moi !

  Elle raccrocha.

  Pitrat ! Je fermai les yeux, ouvrai les oreilles et une chanson demanda poliment à mes tympans de l'entendre.

  « Babolat, sais-tu la nouvelle ?

La tour Pitrat vient de s'abouser !

Bah ! J'crois que tu peux te gausser,

N'y a qu'un moment j'étais sur elle

Ous'que j'voyais le soleil de près,

Et comment qu'il avait l'nez fait ! »

  Horace Pitrat, un gone qui avait fait fortune au XIXème siècle en construisant les immeubles des canuts sur le plateau croix-roussien, ces immeubles capables d'accueillir les grands métiers Jacquard, était propriétaire d'un terrain à l'emplacement de l'ancienne clinique Saint-François d'Assise. Il se mit dans le coqueluchon, l'idée de construire une tour assez haute pour qu'en son sommet, on puisse voir la mer. Trois cents pieds, qu'elle devait faire ! Hélas, à mi-chemin de son rêve, il dut constater les dégâts. Elle s'écafoira sur les pentes du Mont Sauvage, tuant au passage, une fillette qui berçait sa poupée de chiffon... Les rêves des uns font le malheur des autres...

 

Publié le 15 mai 2005 à 17:29:57 dans Textes croix-roussiens | Commentaires (0) |